gruyeresuisse

29/06/2019

Michèle Bolli et l'approche de la sagesse

Bolli.jpgMichèle Bolli, "Îliennes", peintures de Catherine Bolle, Éditions d'art Traces, Lausanne.

Michèle Bolli est née à Porrentruy. Elle vit à Lausanne et a travaillé entre autres dans l’enseignement théologique. Explorant les rapports du féminin et de l'écriture, elle s'est spécialisée dans l’étude du langage et des traditions sapientiales en théologie. Elle s'est intéressée à la représentation de la Sagesse de Dieu dans le monde vétérotestamentaire ainsi qu'en théologie contemporaine. Elle est également l’auteure de plusieurs recueils de poèmes dont "Transparence enluminée" et "Îliennes". Les deux avec des peintures de Catherine Bolle.

Bolli 4.jpgL'écriture de l'auteur est profonde, faite de chair et de rêve comme de résilence et de spiritualité. Celle-ci s'est enrichie de ses voyages pour appréhender des religions et des rites forains (en Inde par exemple). La figure de l'autre est donc envisagée dans sa complexité comme dans le "souffle" des femmes et leurs espoirs souvent et encore écrasés. Elle a entre autre revalorisé la présence des femmes dans la Bible afin de dégager la lecture du livre sacré de bien des ostracismes.

Bolli 3.jpgLa vraie Sagesse est à ce prix. Et les poèmes de Michèle Bolli sont fait pour la consacrer à travers des voies qui unissent les pensées mythiques et celles du temps. D'où des textes d'illuminations que Catherine Bolle a su magnifier par son travail d'artiste et d'éditrice. Les deux femmes sont dans de telles oeuvres en avance sur leur temps : des formes archaïques y deviennent capables d'oser de nouveaux paris esthétiques et existentiels.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/06/2019

Andreas Becker : l'homme et la mère

Becker.jpgObéissant à des exigences interieures mais aussi "de terrain", Andreas Becker fait de la littérature moins une affaire de livre que de fable là où la violence du propos s'oppose à une certaine "mollesse" de son personnage. Pour se dire,  la langue se tord dans les corps déformés.

C'était le cas déjà avec "L'effroyable", "Nébuleuses" et "Gueules". C'est encore plus le cas avec "Ulla ou l'effacement". Un effacement paradoxal. Car le corps de la mère échoppe enflé et au bord de l'existence sur un canapé.

Becker 2.jpgCette mère n'indigne pas le fils ; il expose son corps loin de tout puritanisme ou confort. Obèse de ses renoncements la mère finit de se détruire. Le narrateur la décrit sans chercher à la mépriser ni à la purifier. Dans ses scansions il note cette déchéance là depuis toujours ; "au début et à la fin il y avait le fin, et après ça, ça était même pas le vide".

La mère continue de "se digérer", déchirée par les affres de son existence. Sur le "canapé vert bouteille" elle se liquéfie au nom des disparus qu'elle va rejoindre dans son agonie. Et Becker dit à la fois la chair mais aussi l'aura d'un corps dont les mots matières retiennent l'émotion .Celle d'une femme épuisée et qu'il tente de repriser.

Jean-Paul Gavard-Perrret

Andréas Becker, "Ulla ou l'effacement", Éditions d’en bas, Rue des Côtes-de-Montbenon, Lausanne, 2019, 64 p., 8 E..

26/05/2019

Denis de Rougemont : l'Europe une idée neuve ?

Rougemont.pngDenis de Rougemont, "Faires des Européens - Essais sur l'Ecole et l'Université", Editions La Baconnière, Genève, 272 p., 20 E, 23 CHF,

Figure de proue - à côté d'Emmanuel Mounier - du personnalisme, Denis de Rougemont a pensé l'Europe très tôt sans tomber, avant guerre, sur ce que le Nazisme voulait en faire et, après la Guerre, en défendant un mouvement fédérateur face aux USA et à l'URSS. Le tout au nom de valeurs communes qu'il remet ici en perspective.

Rougemont 2.jpgL'auteur ne cherche pas une unité d'apparence et d'apparat d'une union de facto mais celle qui remonte à des fondamentaux. C'est ce qu'il nomme "une unité de base qui est notre passé, lequel conditonne et permet notre avenir commun".

Dès "méfaits de l'Instruction Publique" l'auteur dessine les contours de sa "Passion de l'Occident" qui le fit mal "voir" des penseurs rouges ou rose d'une certaine intelligentzia. Qu'importe les myopes : De Rougemont a le mérite de penser juste et hors slogans faciles. Il ne s'agit pas d'évoquer une "tabula rasa" qui n'est qu'une commodité de la conversation. L'auteur en appelle à une responsabilité que beaucoup de politiciens du continent ont du mal à assumer.

Jean-Paul Gavard-Perret