gruyeresuisse

19/04/2019

Les brouillages subtils de Guillaume Dernervaud

Denervaud.pngGuillaume Denervaud, "Zones furtives", Collectifs Rat, Tsar, 76 p., 2019, CHF 26, Vevey. L'artiste présentera son livre à la galerie Balice Hertling, Paris.

Dans "Zones furtives" , les dessins de Guillaume Dénervaud dialoguent avec deux textes de fiction : "Coming of Age: Robotique" de Mark von Schlegell et "Callum Hills" de Barbara Sirieix. A sa façon l'oeuvre transforme le fétichisme de l'image et la loi des textes comme si l'artiste en montrait d'invisibles composants ou anfractuosités.

Denervaud 2.pngIl poursuit ses différentes expériences et tentatives afin de casser une forme de conscience perceptive par le renouvellement de dispositifs stratégiques de la structure de ses images "végétales" reprises dans un travail graphique aussi impeccable que perturbant dans ses débordements.

L'ensemble reste néanmoins parfaitement maîtrisé dans la fragilité de ses formes et de ses couleurs. Les découpes foisonnent en un dynamisme grouillant.

 

Dernervaud 3.png Sous le mouvement des formes se cache une vision plus âpre suggérée par les deux textes. Ce travail joue du rassemblement comme de la déliaison. Contre la rigidité du monde, la souplesse des formes propose un système de féerie originale et dérangeante.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/04/2019

Tristan Félix contre l'idôlatrie de l'apparence

Ovaine.pngTristan Félix rameute par la fiction une présence qui n’a rien de forcée. Ovaine est bien plus que son double. Ses métamorphoses sont là pour pénétrer d’une manière non discursive bien plus que les secrets du coeur de la créatrice. Elle nous met en "repons" avec un monde multiforme. D'où l'impression d'un voyage, d'un aller sans retour pour espérer rebondir plus avant par un tel manuel de "félixité".

 

Ovaine 2.jpgLa chronologie ne crée pas ici une continuité analogique sinon de type surréaliste. Au milieu de rapprochements inexplicables (?),  l'être  peut non seulement la bête mais se la doit. Le roman devient un bestiaire à travers des chemins qui semblent mener nulle part. Mais un tel propos hirsute réduit le "rêve de d'Alembert" à un divertissement d'ilotes.

Tristan Ovaine.pngS'élabore une procession fabuleuse dans un discours polyvalent où grâce à la vie animale la fiction devient la "théorie des exceptions" romanesque mais aussi un poème en prose polyphonique. Existe là une franc-maçonnerie esthétique et hérétique. L'héroïne comme son auteur n'y avance pas masquée mais impossible de les voir aller "une" et tout droit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tristan Félix, "Ovaine La Saga", Tinbad Roman, Editions Tindbad, Paris, 228 p., 23 E, 2019.

 

09/04/2019

Cécile Xambeu : en général les histoires d'amour finissent mal.

Xambeu 3.jpgCécile Xambeu, « Angèle n’a pas de sex appeal et craint pour ses ailes », Editions des Sables, Genève, 25 CHF

Créatrice polymorphe et performeuse - au sein de sa compagnie genevoise « C’est quand qu’on va où » qui séduit actellement le canton suisse et ses environs. Le spectacle fait connaître de grands textes fondateurs de la poésie contemporaine  et des musiques majeures (de Ravel aux compositions du percussionniste Lucas Duclaux-Loras) et ce avec une belle santé - Cécile Xambeu est aussi la poétesse enjouée et grave des sentiments universels.

Xambeau 2.pngAu théâtre, son texte "Mater d'Asile" (monté il y a quelques années à Genève) mettait en exergue l'amour filial et les personnes âgées en déshérence. Dans sa vie d'Angèle (largemennt autobiographique?...) elle fait partager ce que nous éprouvons dans nos histoires d'amour. Leur "usage" n'est pas forcément facile, facile (euphémisme). Et parfois l'auteur le rappelle à travers ce qui se passe (ou ne se passe plus) : "M’asseoir un moment pour assécher mes yeux / les sentir insensibles à la beauté des lieux / Cacher ma peine sous les fagots de bois. / Oublier ma déraison, mes émois /Tu n’es pas amoureux /ça me plie en deux." Tout est dit.

Xambeu.jpgNéanmoins pas question de renvoyer l'amour à une fin de non recevoir et qu'importe s'il entraîne parfois ses éclats de voix. Va pour le Pierrot d'amour. "Moi sa peau, elle me console / c’est un peu mon eldorado / je va lui oter sa camisole / Vu que j’aime bien ses défauts /Y me fait craquer, même habillé /je va quand même jeter son costard / voler son coeur, /le pousser dans l’plumard". Cécile sait xava xavaça (comme disait Queneau) pas durer toujours. Mais sans flacon comment trouver l'ivresse ? Il faut préférer qu'il se casse plutôt que de renfermer son propre cœur dans une urne de porphyre. Et qu'importe après tout si certains porcs le font frire.

Jean-Paul Gavard-Perret