gruyeresuisse

19/01/2016

Black Box et Magic Woman : Marie-Laure Dagoit

 

 

Dagoit.jpgFeignant d’afficher devant le monde une forme d’indifférence contemplative même si elle est sensible à certains de ses plis Marie-Laure Dagoit a glissé dans sa boîte noire certains de ses secrets. La couleur est moins celle de Thanatos que des dessous-chics, de leur enfer et de leur paradis. La voyageuse obstinée joue des ombres portées par de sombres héros et de divers monstres délicieux. Le rêve n’est pas l’abstraction de la réalité mais son prolongement et son abîme. Dagoit 3.jpgChaque livre du coffret devient un label de cas d’X. La créatrice y joue au besoin les convulsionnaires ou les antipodistes. Elle sait que l'idée même de la liberté est peut-être une croyance : c’est néanmoins la seule qu’il faut retenir. Les fantasmes y jubilent et poussent comme du chiendent. Ils lèvent les interdits les transforment en absinthe là où  bascule l'astre du ciel (lune ou soleil qu’importe) sur l'abîme offert à la fournaise et la lumière blanche.

Dagoit 2.jpgL’œuvre dans sa boîte devient une chrysalide, l’ouvrir permet aux papillons du soir de chasser la détresse de l’idéalité et lancer par leur vol un défi aux étoiles. Créer c'est encore désirer : avoir la passion de la recherche et de l'exigence. Le coffret a donc du coffre. Un fleuve d'idées ou d’émotions le traverse en touchant à l'archéologie de l'impensable, en travaillant les traces corporelles au double sens de vestige et d'état naissant - points de vie, empreintes de ce qui ne se dit pas, mais qui permet une connaissance. Il en va d'une présence sensorielle du secret de la face cachée  du réel, celle où rodent les fantasmes en embranchements multiples et autant de rhizomes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Marie-Laure Dagoit, « Le coffret noir », Editions de la Salle de Bains, 2015, 280 E

18/01/2016

Les bonzés font du skiétisme

 

Bonzes.jpg

Le Bonze français fait mentir le fameux slogan publicitaire « Un Ricard sinon rien ». Il en faut deux de plus pour  proposer le trio infernal du paradis terrestre.  Il conjugue une recherche sur le palimpseste de sagesse en ce qui tient d’une surface de réparation. Le processus privilégie d’archaïques figures et quelques mythes sommaires. Le monde s’organise selon les concepts à la mode : résilience et indignation par association du rêve et de l’évidence. En avant les mots face aux maux de l’existence. Leur résonance se veut un coup de gong : ne subsistent que des lallations. Elles n’ont rien d’orgasmiques.

En théorie, la sagesse s’avance à pas de géants. Pont enjambant le fleuve de la vie, table d’orientation indiquant des solutions dignes, (avec trente ans de retard) une pensée new-age, il n'est jamais question d’avancer pas aux forceps dans le corps de la langue et du monde. Le livre fait avaler des couleuvres. Il est anesthésiant. Ses infimes particules permettent aux trois saumons qui veulent remonter la rivière du sens, moins de hisser la pensée à hauteur d’analyse que de nourrir l’économie de marché par un succès de librairies. Dans un texte bourriche les parleurs couvent des œufs de plâtre. La prétendue majesté de l’humanisme y reste artificielle. Là où les auteurs s’estiment en mission export, leur sagesse devient croquette. C’est un open bar dont le buffet à volonté est froid. Plutôt que d’affronter le réel le texte évite les entrechocs et cultive les échappatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André, « Trois amis en quête de sagesse », Coéditions L’Iconoclaste & Allary éditions, 2016.

 

 

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13/01/2016

Relire Foucault

 

 

Afoucault.jpgMichel Foucault, « Œuvres », Deux volumes, sous la direction de Frédéric Gros, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

Foucault n’a eu cesse de s’interroger sur les fondements des histoires (anonymes ou sociales) et leurs mythologies constituantes. Face aux malentendus des pactes sociaux l’œuvre résolument politique au sens profond du texte précise les archéologies des savoirs et des discours, les arcanes de l’enfermement (Surveiller et punir ; L’histoire de la folie à l’âge classique), de la médecine (Naissance de la clinique), des sciences humaines (Les mots et les Choses) et ceux de la sexualité (La volonté du savoir, L’usage des plaisirs, Le souci de soi).


Rassemblant les textes majeurs de Foucault ces deux volumes rameutent ses grandes idées et intuitions  dans leurs cycles d’exploration des exils où il existe même parfois, comme l'auteur l’écrit dans une conférence publiée dans le tome 2, des « continents, des univers dont il serait bien impossible de relever la trace (…) tout simplement parce qu’ils n’appartiennent à aucun espace ». A la douceur des utopies s’opposent les divers lieux qui prouvent que dedans comme dehors  nul « ne vit pas dans un espace neutre et blanc ». Traversant les domaines de connaissance, l’auteur fut un véritable pré-situationniste. Par ces travaux hétérogènes, dont les exils sont l’enjeu - celui du langage compris -, il démontre ce qui contamine et entrave l’être. Les deux volumes créent un champ immense qu’on n’a pas fini d’explorer. Il y a là une fugue inachevée, une forteresse volante.


Jean-Paul Gavard-Perret

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