gruyeresuisse

24/05/2016

Claude Luezior : le moi et ses étreintes

 

AAALUEZIO.jpgClaude Luezior, « Ces douleurs mises à feu », Coll. Florilège, Editions Les Presses Littéraires, 56 p., 10 E..


Le Fribourgeois Claude Luezior sait que ce qui se passe dans le domaine de l’écriture est dénué de valeur si cela reste “ esthétique ”, anodin. L’écriture n’existe que si joue en elle sinon une menace du moins une angoisse. Elle confère une réalité humaine à la poésie et lui évite de tomber dans les grâces vaines de ballerine.

Luezior sait que toute vie étant un naufrage, il faut pourtant faire avec l’écume des vagues qui prélude à son arrivée et tenir tant que faire se peut. Et lorsqu’on est encore sur la terre et sa forêt plus ou moins vierge, « traquer ses serpents, survivre aux morsures ».

AAALUEZIO 2.jpgLe poète ne nous donne plus de quoi « nous défiler » devant le péril de la traversée. Mais, d’une certaine manière, c’est rassurant. S’y inscrivent des gerbes divergentes en une proximité communicante - presque communiante. Nous en devenons partie prenante. Dans les méandres du dehors et du dedans, le livre signale le passage de la jouissance à la souffrance. Captif de ses forces et de ses faiblesses, « heureusement » (si l’on peut dire) l’être est inconséquent, il « absorbe sa honte » et sait au besoin remettre à demain sa dignité…

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Dessin de l'auteur par Jeanne Champel-Grenier.

15:55 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

20/05/2016

Le franc-maçon et son arpète - Jean-Luc Manz & Fabienne Radi


Radi 4.jpgJean-Luc Manz, « Sérigraphies », texte de Fabienne Radi, HEAD, Genève, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Luc Manz a tout dit non seulement de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». De quoi séduire sa commentatrice. Fabienne Radi - ne croyant pas à l’Ascension - considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que Jean-Luc Manz l’invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.


Radi.jpgBref l’auteur quittant son jardin des délices seconde son pote âgé pour faire le mur. Le BTP n’a qu’à bien se tenir, la belle de Cas d’X et d’autres dérives met sa main au ciment pour placer ses partitions légales entre les parties égales des parpaings rouges de Manz. Le duo devient capable d’engendrer la maison de l’être. Preuve que l’avenir est dans les briques. Et le couple de faire mentir ceux qui préemptent l’affirmation : «Pour cent briques t’as plus rien ». Que nenni : il suffit d’un talent de répétition et un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge maçonnique.


Jean-Paul Gavard-Perret

30/04/2016

Cicatrices entre deux rives : Marina Salzmann

 


Salzmann.jpgMarina Salzmann, « Safran », éditions Bernard Campiche. Et "Lectures du livre" dans le cadre de la 4e Nuit de la littérature le 28 mai 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

Née à Villeneuve Marina Salzmann a quitté la ponte orientale du Léman pour son occident. Entre deux rives de la main eau, la fluidité lutte pour ne pas se charger de limon de fin de monde. Situations simples mais décalées et circonstances étranges s’imbriquent là où contre le délétère l’auteur impose à ses personnages comme mot d’ordre la recherche du bonheur. Safran 2.pngLes nouvelles de « Safran » restent à ce titre un plaisir : sous l’apparence douceur l’auteur s’y fait mordante. Chaque texte déshabille un peu plus du corps dans le corps et l’âme sombre de ses désirs. Tant pis pour la tête parfois. Des doigts font leurs métiers. Le dehors passe dedans, des paysages sont soufflés entre les lèvres d’étranges animaux qu’on nomme êtres et qui n’ont d'être que leur ombre. Ils résistent cependant à l’apocalypse comme à ce qui les presse. Leur monnaie de l'infini fait durer leur dépense au jeu du nous. Touchant à leur limite et l'essentiel reste invisible mais de nouvelle en nouvelle il suit son cours.

Jean-Paul Gavard-Perret