gruyeresuisse

08/01/2020

Une Vaudoise trop discrète : Catherine Colomb

Colomb 2.png"Tout Catherine Colomb", édition sous la direction de Daniel Maggetti, Zoé Editions, Chêne-Bourg, 2019, 1680 p., 39 E..

Catherine Colomb (1892-1965) développe une œuvre inclassable et avant-gardiste. Pour autant lors d'un entretien accordé à la TSR en 1961, elle avoue ne pas connaître les auteurs de Nouveau Roman auxquels on ne cessa de la comparer. Et avec malice plus que naïvet elle dit avoir un faible pour les romans policiers et les revues de potins comme "France- Dimenche"... Cette  femme de la bonne société vaudoise, mère attentive et épouse d'un avocat respecté poursuivit une activité littéraire quasi clandestine et singulière peu éloignée des oeuvres les plus importantes du XXe siècle.

Colomb.pngExiste dans ses romans tout un travail sur et de la mémoire proche de celui de Proust, ainsi que divers déroulements des mouvements qui rappellent ceux que propose Virginia Woolf et qui annoncent Nathalie Sarraute. Certes l'auteure ne se fit pas de cadeau : « Catherine Colomb ? Elle est vraiment impossible à comprendre. Il y a un tel fouillis de personnages... À la quinzième page, on ferme le livre, on renonce. Savez-vous pourquoi ? Elle ne se comprend pas elle-même. Elle écrit au hasard, sans plan, sans but." écrit-elle.  Mais c'est bien la preuve qu'il ne faut jamais croire la vision d'une auteur par elle-même.  Son objectif était à la fois plus simple et plus compliqué : suivre la vie de ses perdonnages sans ne répond jamais conformément à un plan puisque l'existence n'en possède pas.

Colomb 3.pngLa mémoire intervient sans cesse dans l'oeuvre. Elle ouvre une vie parallèle à celle qui est vécue "objectivement'". Et ce, pour l'effacer et la broder. Son chef d'oeuvre "Châteaux en enfance" l'illustre. Elle y rompt radicalement avec le roman traditionnel et inaugure une forme qu'elle n'a eu cesse de creuser. Tout fonctionne dans un art de la digression et des associations d'idées là où le temps fait son oeuvre. Une telle technique narrative ouvre le roman à ce que Bergson nomma la vision panoramique des mourants. La création illustre donc bien le passage du temps et la transformation des souvenirs qui plutot que de raviver le passé l'éteint.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Bourgeade : le pourquoi et le comment

Warum.pngDans ce roman terminal donc définitif (republié à bon escient aujourd'hui) Pierre Bourgeade prope sous forme de raod-trip un dernier voyage. En dépit d'une certaine impuissance qui l'enkylose le narrateur ne pose pas en Narcisse mélancolique. Il recueille des gouffres rendus instables par le maladie de l’idéalité comme de l'amour de la femme.  Au nom d'une d'entre elle qu'il va rejoindre.

Warum 3.pngSur le parcours certaines rencontres charnelles tarifées sont encore de mise juste avant l'ouverture de la nuit définitive. Et Bourgeade retrouve sa verve dans un processus nomade de réseaux, de fragments. Hors sentiers battus, hors doxa émergent des visions à multiples entrées et comme en apories.

 

Warum 2.pngIl faut en effet souligner ce sentiment du mystère qui loin de guider vers l’au-delà se "contente" de faire revenir vers l’en-deçà. A sa manière Bourgeade rappelle tout ce qu’un corps féminin contient non seulement d’intime mais du cosmos. Emerge une compréhension plus juste de l’humain trop humain toujours complexe et riche de toutes les questions qui l'anime. L'auteur  les rappelle en cette fin de course au bout de son chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Bourgeade, "Warum", Tristram, Auch, 2020.

22/12/2019

Mélanie Leblanc : effet du prince (charmant)

Leblanc.jpgMélanie Leblanc écrit le poème des attentes : « Je sais que tu es tout près – presque je vole – j'ai peine à respirer – ne restent que quelques pas – là derrière cette porte – je vais te trouver – j'essaie de reprendre mon souffle – en vain – voilà que j'ose – je gratte à peine – j'entends ton pas qui approche – suspends mon souffle. » Preuve que chercher à être reste plus important qu'être.

 

 

 

Leblanc 2.jpgL'énergie est attente et latence. Plus même. C'est la recherche de quelque chose de pur et de premier qui effacerait certaines pages du passé. C'est. Ce qui dépouille pour oser la nudité devant un regard d'homme. Bref Mélanie Leblanc descend dans le silence des femmes. Leur blancheur touche les mots presque impossibles, ceux d'avant.

Leblanc 3.jpgC'est son calendrier d'immédiateté. C'est. L'approche du nous qui dépasse. Il crée un savoir des images "avenir" dans la langue. C'est la préséance de l'Aleph, du A de l'amour et de son paradis. Peut-être avant l'enfer car nul ne sait de quoi est fait le charnel obsédant. C'est le récit impossible de ce qui peut arriver. La femme est attente. De ce qui n'existe pas encore. Ou trop.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mélanie Leblanc, "Presque je vole", Editions de la Salle de Bains, Rouen, 2019, 5 E..