gruyeresuisse

23/10/2020

L'esprit créateur de George Eliot

Eliot.jpgHenry James, Marcel Proust, Virginia Woolf, D. H. Lawrence et James Joyce lui-même ont souligné l'importance d'une oeuvre qui reste une expérience "frappante et magnifique" (selon l'auteur de "L'amant de Lady Chatterley) mais que les lecteurs francophones boudent. Beaucoup estiment la romancière étroitement victorienne.

De fait le génie de l'auteure est bien plus littéraire que moraliste. Et la Pléiade permet de redécouvrir celle dont "Middlemarch" (qui pour Woolf est « le premier roman moderne ») demeure en tête des romans les plus importants des deux derniers siècles pour les Anglais. Ils placent la créatice au même niveau que Dickens.

Eliot 2.pngFemme remarquablement savante George Eliot (comme Sand l'autre George) a autant chéri la nature qu'elle a connu et suivi les débats théologiques, scientifiques, philosophiques, éthiques de son temps. Ce sont eux qui nourrissent ses fictions. Toutefois leur valeur tient moins à l'érudition qu'à la force d'une expression littéraire qui fait d'elle une créatrice qui dépasse le temps. Figure essentielle de la vie intellectuelle du Londres victorien et de ses creusets littéraires elle reste une référence qu'il convient de réviser voire pour beaucoup de découvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret

George Eliot, "Middlemarch précédé de Le Moulin sur la Floss", Trad. de l'anglais par Alain Jumeau et Sylvère Monod. Édition d'Alain Jumeau. Préface de Nancy Henry et George Levine Avec deux essais de Mona Ozouf, Bibliothèque de la Pléiade, 2020, 1680 p., 66 E..

16/10/2020

Joan C. Williams : l'Amérique des nègres blancs

Unes.pngÀ travers une série de questions sociétales sur le travail, l'éducation et les valeurs, Joan C. Williams restitue les modes de vie et le parcours d'une classe ouvrière blanche en déclin démographique, touchée par la crise économique et épidémique, abandonnée par le Parti Démocrate.

 

 

Unes 2.jpgAprès avoir publié un essai dans la "Harvard Business Review" pour expliquer comment le mépris pour la classe ouvrière contribue à la montée du populisme, elle souligne ici l'importance des problématiques de classe et rappelle que la lutte pour les pauvres blancs d'Amérique n'est en rien incompatible avec la lutte pour l'égalité raciale ou le féminisme.

Unes 3.jpgTémoin du monde postmoderne, Joan C. Williams met en lumière le fossé de rancœur qui sépare les classes populaires blanches rurales ou périurbaines des cadres supérieurs des grandes métropoles. Cette polarisation touche une grande partie de l'Occident dont entre autre le "gilet-jaunisme est un symptôme. Cela implique un nécessaire effort de médiation afin qu'une dangereuse tectonique des classes glisse dans une opposition frontale et l'arrivée des totalitarismes selon un processus qu'Orwell avait parfaitement décrit.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Joan C. Williams, "La classe ouvrière blanche - Surmonter l'incompréhension de classe aux États-Unis", Traduit de l'anglais par Carole Roudot-Gonin, Collection Unes Idées, Editions Unes, Nice, 2020, 152 pages, 20 E..

10/10/2020

Silvia Baron Supervielle : de sa fenêtre

Baron Supervielle.pngAu-delà de toute identité close, "le regard inconnu" est le fruit d'un corps espace débordant, un corps étoile mais qui n'ignore rien de la densité de l'existence. Par chapitres qui se terminent par une poème conclusif et récapitulatif, l'auteure raconte une forme d'histoire parfois sensuelle où l'image poétique devient film.

La solitaire crée de quasi silencieuses coincidences entre le dehors et le dedans, le passé et le présent dans un retour amont - mais pas seulement. Le passé n'est là non en nostalgie mais de façon à régénérer la manière de voir, de percevoir les êtres et les lieux.

Baro n.pngEntre deux villes et deux fleuves Silvia Baron Supervielle n'évoque pas que des ombres dans ce livre nocturne où "les amours cèdent mais ne meurent pas". Existent dans la nuit des clairières là où le texte en prise sur les choses vues de la fenêtre tient d'une ode à la vie et de l'exercice spirituel animé du désir rilkéen de transformer le monde en paysage intérieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Silvia Baron Supervielle, "Le regard inconnu", Collection Blanche, Gallimard, Paris, 2020, 110 p., 12 E.

11:09 Publié dans Femmes, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)