gruyeresuisse

02/11/2018

Georges Ambrosino et Georges Bataille à la recherche de la vérité

Bataille.jpgComplétées d’un essai inédit de Bataille sur Jean- Paul Sartre (1946) et de notes et manuscrits d’Ambrosino, ces lettres poursuivent le dialogue entamé avant guerre par les deux correspondants. Le philosophe et le scientifique manifestent un grand respect l’un envers l’autre. Ils cherchent à découvrir le monde et les hommes qui l’habitent, l’univers physique - celui des particules jusqu’au monde des étoiles. « Un monde formidable, si nouveau pour moi » écrit Ambrosino.

Bataille 3.jpgDans cette correspondance se retrouve le côté passionné des deux correspondants. Ils sont fort de leurs savoirs mais vulnérables affectivement. Ils abordent des thématiques essentielles. Pour eux les valeurs soumises à l’éclairage du temps flambent comme des allumettes depuis les origines de l’homme, du monde, des civilisations. Les deux correspondants à la fois s’opposent et se réconfortent. Tout ne va pas sans heurts. Ils font des efforts pour toucher au mystère de l’homme dont l’essence est ce qu’il nomme « poésie . Ils continuent de la chercher comme ils le firent avant guerre au sein des premières revues qu’ils fondèrent (dont « Acéphale ») et celles qu’ils créèrent ensuite (« Critique »entre autres).

 

Bataille 2.jpgLes deux épistoliers font preuve d’écoute même s’ils s’accusent de ne pas s’entendre. Les deux auteurs font preuve d’attention, de lucidité, d’évidente responsabilité de ce qu’ils font tout en préservant la primordiale nécessité d’être soi-même. Claudine Frank offre de ce dialogue une édition scientifique, pertinente. Entre le philosophe et le scientifique, se retrouvent - pour peu qu’on les décontextualise- des réflexions qui n’ont rien perdu de leur actualité. Entre autre sur la notion d’énergie. La réflexion prend dans un tel échange une dimension telle qu’elle pourrait aujourd’hui encore « nourrir » le débat intellectuel jusque dans ses nouvelles données spécistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Georges Ambrosino, Georges Bataille, « L’Expérience à l’épreuve, correspondance et inédits ( 1943-1960 ) », coll. « Hors Cahiers », Editions Les Cahiers, 2018

 

 

31/10/2018

Pierre-Yves Gabus : l'ancien et le nouveau

Gabus.jpgPierre-Yves Gabus, « L’homme en noir ou le roman d'un renard », Editions du Griffon, Neuchatel, 2018.

Pierre-Yves Gabus est le fils de Jean Gabus, explorateur, ethnologue et directeur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel auquel il a donné une renomée internationale. Esprit curieux l'auteur s'intéresse dès son adolescence au marché de l'art et plus particulièrement des antiquités. Dans ce but il voyage en Afghanistan et en Inde. Il constitue un fichier encyclopédique pour répertorier des renseignements en analysant les catalogues de ventes aux enchères de l’Europe.

Gabus devient ensuite un spécialiste de l’estampe ancienne et un bibliophile averti. Ayant pour modèle Ambroise Vollard, il crée à Bevaix une galerie où il propose de multiples expositions consacrées entre autre à l’art et aux traditions populaires de Suisse, à Cornelis Escher, Gustave Doré et offre la première exposition de Balthus en Suisse.

Gabus 2.jpgSon récit permet de découvrir des faces méconnues d'une personnalité aussi rationnelle que fantasque. L'auteur n'est pas seulement un historien et amateur d'art d'hier et d'aujourd'hui. Ses découpages-collages prouvent sa propre créativité et son imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/10/2018

Dunia Miralles la Sorcière bien aimée

Miralles.jpgDunia Miralles, "Folmagories", L'Age d'Homme, Lausanne, 2018.

"Cumulatrice de paradoxes", Dunia Miralles auteure, metteur en scène, performeuse, offre aujourd'hui de petits plaisirs soupoudrés de souffre. Le conte fantastique lui permet de poursuivre la recherche de ce qui se cache dans les plis de l'inconscient. Après "Swiss Trash", "Fille facile" et "Mich-el-le, Une femme d’un autre genre" (qu’elle a également adapté au théâtre) la punkette de la Chaux de Fond paufine un univers fantastique.

 

 

 

Miralles 2.jpgChaque texte devient un fol asile, une maison de coucous. S'y mélangent entre la réalité et le merveilleux (ou l'horrible), sorcières, vouivres, feux-follets, diables mais aussi d'autres chimères moins opaques (quoi que...). En hommage à la littérature magique et morbide qui a endiablé sa jeunesse (Andersen, Stephen King, Poe, Baudelaire... ) l’auteure retrouve et tricote (mais pas au point de croix) ses sujets de choix en un mixage d'angoisse, de folie (amoureuse - et pas seulement).

 

 

Miralles 3.jpgIl s'agit pour la créatrice de brouiller les cartes qui donnent l'atout en exercice de liberté. Les Vénus venus d'ailleurs brûlent d'amour sauvage pour le Taureau, le démon n'est pas une bête mais un être qui glisse son esprit dans l'instinct. C'est un principe actif comme tous ceux que la créatrice affectionne pour détruire la conformité des dogmes. Une fois de plus elle montre son dégoût de l'ordre et les idées qu'il recouvre. Sa littérature est un ailleurs : la porte qui y mène est le feu des enfers intérieurs.

Jean-Paul Gavard-Perret