gruyeresuisse

16/07/2020

Une ténébreuse affaire - Joël Dicker

Dicker.jpgLorsque l'Ecrivain (héros du livre) se rend dans le Palace de Verbier, dans les Alpes suisses à la fois pour passer des vacances et écrire un livre hommage à son éditeur (De Fallois) à qui il doit tout, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans une étrange affaire... A son arrivée, le futur héros remarque que la chambre 622 n'existe pas. Il existe une 621 bis mais les explications du groom pour préciser cette transformation ne convainquent en rien l'Ecrivain.  Comme son auteur il développe une passion pour Roman Gary, sa vie, son œuvre  mais surtout Alexandre Dumas et ses histoires qui rebondissent sans cesse sous une forme feuilletonesque qui se retrouve ici : ce qui va bien lui servir dans son aventure.

 

Dicker 2.jpgIl va  falloir au héros filer sa propre enquête et comprendre combien, vu le crime qui y fut commis et que l'enquête de police de dénoua pas. Ce qui poussa la direction à « débaptiser » la chambre par superstition et honte. Il est en effet malséant de venir se faire assassiner dans le plus sélect des hôtels de Verbier.  Et si  l'Ecrivain  espérait trouver calme et concentration,  ce" cold case" bouleverse tous ses plans d'autant qu'une femme -voisine de chambre s'en mêle"...

 

Dicker 3.pngA partir de là, il tombe dans les embrouilles  d'une des plus prestigieuses banques familiales suisses. Il existe là bien des troubles du déséquilibre, des ruptures des nerfs de scaphandriers d'eau douce du Léman. Peu à peu le déferlement du doute s'écope mais en rien les pulsions.  Et le Genevois Joël Dicker brille dans les fragments de lumière aux tremblements des phrases qui dénouent cet énigme, ses temporalités comme aussi les masques des personnages. L'auteur les dénude un à un. Et se ne sont pas ceux qu'impose le Corona Virus.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joël Dicker, "L'Enigme de la chambre 622"; Editions de Fallois, 669 pages, 23 euros

08:45 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2020

L'imagier "surréaliste" de Thomas Demand

Demand.png"La Carte d'après Nature" a été publié pour accompagner l'exposition dont Thomas Demand fut le curateur au Nouveau Musée National de Monaco. Son titre est tiré d'un magazine créé par Magritte entre 1951 et 1954. Il n'y eut que 14 numéros et chacun contenait une carte postale mettant en vedette des poèmes, des illustrations et des nouvelles. De la même manière Demand a sélectionné des travaux de 18 artistes qui sont reliés entre eux et comme chez le peintre belge de manière un peu dissipée et lâche.

Demand 2.jpgNéanmoins l'ensemble se connecte à deux idées majeures : la nature et le surréalisme à la façon dont Magritte les traita. Demand a choisi des oeuvres d'artistes de différentes générations : Saâdane Afif, Kudjo Affutu, Becky Beasley, Martin Boyce, Tacita Dean, Thomas Demand, Ger Van Elk, Chris Garofalo, Luigi Ghirri, Leon Gimpel, Rodney Graham, Henrik Håkansson, Anne Holtrop, August Kotzsch, René Magritte, Robert Mallet-Stevens, Jan et Joel Martel. Tous proposent leur construction du paysage.

Demand 3.pngL'artiste, avec l'aide de Naomi Misuzaki, reprend ainsi les associations libres de Magritte afin de combiner un large éventail d’œuvres dans une exploration élaborée d'une disjonction  essentielle : entre la représentation de l’art et la représentation elle-même. L'artiste illustre ainsi combien toute saisie de la nature est un similacre comme le prouve entre autre les paysages suisses et italiens de Ghirri ou les papiers sculptés de Demand lui-même. Toutes les images viennent chargées de paradoxes comme s'ils se transmutaient sous leur peau. Quant aux mots - parfois bêtes fatales qui maudissent l'artiste lorsqu'il dort - celui-ci  laissent leurs carcasses sous des couettes. Mais réveillé et même s'il est fatigué il les conduit bien.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Demand, "La Carte d'après nature", Mack, Londres, 144 p., 250 E., 2020.

03/07/2020

Thomas Hirschhorn, Robert Walser et Biel/Bienne

Hirschorn.jpgThomas Hirschhorn, "Robert Walser-Sculpture", Hatje-Cantz, Berlin, 68 E., 860 p., 2020.

Pendant 3 mois la ville de Biel/Bienne - citée la plus bilingue -  a proposé un genre très spécial d'évènement et de sculpture. Non seulement parce qu'elle est l'oeuvre d'un des plus grands artiste suisse contemporain (Thomas Hirschhorn) mais parce qu'elle est dédiée à un des plus grand écrivain suisse : Robert Walser. Au delà cette oeuvre devient la redéfinition de la sculpture elle-même. Elle est faite de matière basique plastique  et assemblage divers en des "sacres" qui délaissent en conséquence les matières nobles (pierre, acier et bronze).

Hirschorn 2.jpgCertes ce n'est pas nouveau mais cette forme de performance-installation en mouvement prouve comment une société peut s'unir pour un type festif d'ostentation. L'objectif n'est pas de monumentaliser pour l'histoire une statue sur socle  et donc de momifier mais d'ouvrir l'art à une communion aussi artistique, littéraire que conviviale. Dans ce but Thomas Hirschhorn et Kathleen Bühler ont développé des collaborations sur le terrain depuis novembre 2016 à Biel - la ville natale de Robert Walser.

Hirschorn 3.jpgEnsuite, pendant douze semaines, le projet a transformé la place de la Gare de Biel en un lieu de réunion et de découverte de l'oeuvre de Robert Walser. Lectures, conversations, ateliers, activités pour enfants, conférences, conversations, théâtre, bibliothèque, exposition et de nombreux autres événements confrontent quotidiennement le public à l'oeuvre de Robert Walser. Le résultat livresque est une sorte d'agenda multifacettes mémorial de cette "exposition". Le livre réunit de nombreux textes dont ceux de l'artiste et les photos de E. Munoz Garcia. Jamais auparavant une ville entière s'était investie dans la manière de créer un travail artistique de cette façon. Ce programme utopique unique reste à ce titre un modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret

La photo de la "Robert Walser-Sculpture" de Thomas Hirschhorn à Bienne est de Markus Schweizer, l'autre étant de Enrique Munôz Garcia).