gruyeresuisse

15/06/2018

Quand J-L Godard taclait Jane Fonda

Godard.jpgJean-Luc Godard & Jean-Pierre Gorin, “Lettre à Jane”; Edition Alfredo Jaar, New-York, 4O p., 10E., 2017.


Prenant pour point de départ une photographie de l'actrice Jane Fonda au Vietnam dans l'article “Retour de Hanoï” publié par L'Express, Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin offrent une réflexion sur le rôle des intellectuels dans le processus révolutionnaire. Parue en 1972 dans la revue Tel Quel, cette Lettre à Jane, rééditée par Alfredo Jaar a valeur aujourd’hui de document sur lequel on aimerait l’avis du cinéaste.

 

Godard 2.jpgIl s’agit d’un des derniers textes textes du Groupe “Dziga Vertov” et reste autant un rituel d’humiliation de l’actrice, qu’une attaque de la bonne conscience de gauche et la prétention d’une starification de la cause révolutionnaire via une incarnation sexy. Jane Fonda ne comprit pas cette lettre. Elle aurait traité Godard de macho qui le prit mal. Les deux se fâchent en particulier lorsque le réalisateur reproche à l’artiste d’afficher son image au détriment du peuple vietnamien. Mais cette lettre s’insère dans le contexte plus large d’une révolution mondiale (cause palestinienne comprise).

Godard 3.jpgLes deux cinéastes décidèrent néanmoins d'utiliser cette image pour promouvoir leur film “Tout va bien” sorti la même année et où figure la star. La lettre servit également de trame au court métrage “Letter to Jane”, post-scriptum à “Tout va bien”. Existe là une réflexions sur la force de l'image au moment où la collaboration entre Godard et Gorin se termine. Que conclure de leur position d’un côté, de celle de Fonda de l’autre ? Les « torts » peuvent être partagés car deux stratégies s’opposent. Chaque camp prétend au vrai sens de l’image eu égard à la révolution. Néanmoins la photo comme sa critique restent encore un bel objet de réflexion même si les deux paraissent surannées par rapport aux iconographies, aux discours, à l’état du monde, aux illusions marxistes et aux modèles révolutionnaires (ou contre révolutionnaires) actuels.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/06/2018

Jacquie Barral : l’espace du dedans

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Jacquie Barral poursuit son travail de reprise des images. Ici avec quatre photographies et un assemblage original en relief sous une boîte d’archives noire. L’artiste propose une histoire de plans : s’y mêle celle du temps à travers le dialogue entre le texte de la poétesse Valentine Oncins (alter-ego de la plasticienne) et Saint Jean de la Croix (un des piliers de sa sagesse).

 

 

 

Barral.jpgUne nouvelle fois l’artiste impose sa carte et son territoire en offrant des images troublantes et troublées. Animée d’une pulsion créatrice elle prolonge son expressionnisme et son impressionnisme qui du figuratif passe ici à l’abstraction propre à une visée implicitement mystique.

 

 

Barral 3.jpgLa « maison de l’être » chère à Bachelard est donc revisitée, reprise et corrigée non sans faire allusion au « Château » de Kafka là où tout tient des mystères de l’âme. L’artiste leur donne sa propre vision et un effet de vitrail opaque et sidérant. Le livre d’artiste acquiert une puissance de feu entre signes, indices et jointures d’un lieu-dit à la topographie inconnue mais auquel Jacquie Barral donne une extériorité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jackie Barral, « Le Château intérieur », Texte inédit de Valentine Oncins accompagné d’un extrait de Saint Jean de La Croix, Collection Boites d’archives, Edition 2+3=5, 2018, 120 E.

01/06/2018

Philippe Guiguet Bologne : l’alerte spirituelle

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L’élégance ne se décrète pas : l’écriture de Philippe Guiguet Bologne la possède. La voix du poème devient un palmier sur le ciel, des lèvres qui chuchotent un retard, un retour. Le souffle est retenu, le jour ne bouge pas, mais monte un moment de grâce avec de larges coulées de murmure, « un envol couvert d’une guipure de traits » qui allongent pleins et déliés où féconde une sorte de démence douce.

 

guiguet 2.JPGAu sein d’une inconstance native, le poète une nouvelle fois arrive à prendre pied, refait une sorte d’histoire d’amour à peine éclose dans la fournaise des jours et du sud sans doute. Ecrire devient un devoir. Il s’agit de s’aventurer dans l’ailleurs, vers le silence ou les bruits étouffés et la musique impossible, pour contempler des vérités mutilées. Au secret d’une telle voix, le poète n’est plus sourd à lui même et à l’autre. Entre les deux se porte le chant d’un secret.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe-guiguet-bologne, « Ferle », Littérature Mineure, Rouen, 2018, 8 E..

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