gruyeresuisse

05/10/2018

David Lemaire "lecteur" de Luisanna Gonzalez Quattrini

Gonzales bon.jpgDavid Lemaire, «Luisanna Gonzalez Quattrini. Accroupissements», art & fiction, Lausanne et Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds,2018, 24 CHF.

 

Réalisé à l’occasion de l’exposition "Accroupissements" au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (4 novembre 2018 - 3 février 2019) ce livre permet d’approfondir le travail de Luisanna Gonzales Martini. Née en 1972 à Lima, elle vit et travaille à Bâle. Elle a déjà présenté son travail dans plusieurs expositions - entre autres, à la galerie Bis Heute de Berne et au Swiss Awards, Messe Basel. David Lemaire est fasciné par les travaux immensesqu’elle réalise. Ils ont trait à la représentation mentale qui transforme le réel. Et cette question interpelle le directeur du Musée de la Chaux-de-Fonds.

gonzales.jpgAuparavant et en 2007 dans « Private garden » (Héros Limite), l'artiste publia de très courts récits aussi denses que fantasmatiques qui sont autant de souvenirs que des remarques elliptiques :« Pina veillait sur moi depuis que j’étais toute petite, dans mes rêves elle était ma mère. / Teófilo travaillait dans les jardins publics; aujourd’hui il n’arrose plus que mon jardin. / Antonia travailla durant cinq ans sans recevoir aucun salaire, elle avait demandé qu’on lui mette l’argent de côté pour après, il n’y eut jamais d’après. » Le principe de linéarité était abandonné au profit d’une utilisation visuelle des signes.


Gonzales 3.jpgLes oeuvres plastiques de Luisanna Gonzales Martini fomentent des suites à de tels récits. Existe dans ces peintures un onirisme tendre fait de repentirs visibles avec des touches d'humour. Le regard est mis en équilibre instable entre diverses impressions. Tout tient en instance de la délicatesse persistante tant par les formes que les couleurs. Leur étrangeté joue entre présence et régression. S'y dévoilent une rélexion sur la peinture et une mise en rapport de l'image au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

28/09/2018

Rémy Disdero : à feu et à "sans"

Disdero bon.jpgEst-ce où finit le ciel que commence la terre ? Pour sûr c'est en elle que son bleue se noie. Si bien que l'appeler planète d'une telle couleur reste une vue de l'esprit sauf peut-ête pour les cosmonautes en partance vers l'ailleurs. Sur elle Remy Disdero fait pleuvoir des mots en gouttes de nuit. La neige elle-même y semble sale. Le corps du temps s'y recourbe et parfois vibre de fragments de foudre. Des soifs voudraient écrire des sources pour nager vers l'arbre-prière sur la brise des échoués. Mais ne reste au bas de la ville "que le froid de la nuit qui vient à ronger les peaux des clochards".

 

Disdero bon 2.jpgLe sommeil n'est plus - sinon le grand. La terre n'est que désordre. On voudrait croire à des destins adoucis mais le poète et artiste Rémy Disdero est trop lucide pour ça. Même les petits bonheurs ne viennent plus de la nature. Celle-ci tourne à un certain désastre Peu de princesses de l'azur : dans le puzzle humains beaucoup de pièces sont noires. La paix est rarement au rendez-vous là où les chiens rodent. Difficile pour le poète qui a connu bien des galères de retrouver l'enfant qui sommeillerait dans chaque pli de sa peau vieillissante. Les perdants ne sont plus magnifiques : l'homme est le peu qu'il est avec son corps "en plâtre mou" et son nez d'alcoolique. Chacun est un bout de bouc. Le poète compris. Avec son goût de pas encore, de désaccords et de déjà tout.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Remy Disdero, "Oaristys et autres textes", Ediutions Cormor en Nuptial, 128 p., 2018.

22/09/2018

Jacques Cauda : le voyou magnifique

 Cauda.jpgJacques Cauda ose tout. Même ce qui ne peut être répété par les âmes bien nées. Elles ne se permetteraient pas de rappeler ce que le peintre et artiste affirme. A savoir que son esthétique est celle de la "séduction peindrebaiser". Cette pratique d'une bijection et d'une communauté plus ou moins inavouable oblige la petite culotte des femmes à tomber comme un cadavre sur le parquet de l'atelier avant que le pinceau de l'artiste - ou un ustensile plus veiné noeud - puisse les honorer par le nouveau Balzac.

 

Cauda.pngMais plus sérieusement (pas forcément d'ailleurs) Cauda rappelle que la nature de la couleur est affaire de longueurs d'onde. Il précise comment la matière les concocte. C'est précis, théoriquement juste et pourtant quasiment inédit. Mais Cauda a beau chasser son naturel primesautier : il revient au galop. Né non par le siège papal mais par l'oreille parturiente, l'artiste opte au besoin pour une dimension violence afin d'illustrer sa fabrique des images. Dans son atelier il joue le Satan en sarabande, il vole sur la viande qui le tient par une faim de loup lubrique.

Cauda 3.jpgOn comprendra que cet interview demeure à la vérité ce que Michel Onfray est  à la philosophie ou le ténia à l'âme. Mais c'est ainsi qu'il nous faut aimer Cauda :  non comme sa Geneviève dont l'abdomen jaune encerclé de noir ne manque pas de piquant,  mais comme adeptes d'une culture où le doigt divin n'a plus rien à faire. Comme lui  préférons celui du Calva qui rend l'artiste plus Had Hoc que Tournesol. Sa Letitia Castafiore, experte en tout, le monte au rang d' âme Capone et d'Al chimiste. Elle sait qu'il reste l'apôtre démoniaque de la "Surfiguration" dont Vénus est l'aile des désirs mais aussi le pilon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, "La te Lier", Z4 éditions, 2018. Et "Dimension violences", collectif, Rivière Blanche Black Coat Press, 2018.