gruyeresuisse

24/12/2016

Alain Posture : Badiou et la poésie

Badiou.jpgLe philosophe despote est rarement une lumière : surtout lorsqu’il se mêle de poésie. Badiou prouve combien un ratiocinant n’y comprend sauf bien sûr lorsqu’elle raisonne au lieu de résonner. C’est lorsque le poète est menteur dans un beau bar du sens que le rhéteur bat son beurre et dégoise son financement au culte. Le logos est ici comme les pains à la mode : à la farine d’apôtre. Il faut à l'auteur une poésie non vénale mais vénérable, sans varices et dans les orangeries poétiques aucun zeste déplacé. Bref en ces articles compilés Badiou fait du lui-même : un ramdam des scies belles. Il bat son faire pendant qu’il est chaud mais rien de nouveau sous le soleil du logos. La poésie y parait vieille, maquillée en faux cils. La grotte de la squaw poétique reste impénétrable au penseur. Sous prétexte de faire un tri sélectif il n’offre même pas un déca potable : à peine cinquante nuance d’earl grey digne d’un smart aphone, d’un Alainpérieux aux impérities de notable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Badiou, « Que pense le poème », Editions Nous, 2016

14/12/2016

Avec une poignée de lettres : Claude Luezior


Luezior.jpgLuezior avec un humour salutaire apprend à aimer la vie à travers ses lettres testamentaires aux destinataires intempestifs (citons entre autres la Maison de retraite, l’Ordinateur, la Contractuelle, le Masque, la Patience, la cousine, etc..) Et bien sur les poètes, ses semblables, ses frères. Les dix mille (Luezior les a comptés) qui « prennent la parole chaque semaine, en famille, devant mère-grand, le petit morveux » et qui déchirent quelques pages de leurs livres qui ne se vendent pas pour les envoyer à leur « belle-mère, banquier ou percepteur ».

Car il suffit de « dix grammes d’écriture » pour mettre le feu aux poudres d’escampette et aimer le vie comme « un prisonnier aime son bourreau. Comme une femme d’alcoolique pardonne tout à son conjoint ». C’est pourquoi au crayon ou à l’ordinateur le poète de Fribourg poursuit sa route et guérit les âmes après avoir soigné les corps.

Luezior 2.jpgSi dans son existence « s’entrechoquent les angoisses des uns, les errances des autres », en ses pages dansent « mendiants et paralytiques. Bruissements d’être et de camarde ». Bref Luezior avance encore, avance en ses diagonales du fou. Demeure le murmure de sa révolte et les battements de sa chair dans le rêve de mourir debout - entendons la plume à la main - lorsque la Sorcière voudra le retirer de son contexte et le confronter à la justice du suprême glaive. Pour l’heure un seul mot d’ordre : en avant, doute !

Jean-Paul Gavard-Perret

Claude Luezior, « Une dernière brassée de lettres », Librairie Editions Tituli, Paris, 2016

28/11/2016

Andreas Hochuli et Tristan Lavoyer : l’amour absolu ment ?

 

Hochuli.jpgAndreas Hochuli et Tristan Lavoyer, « Et Maman m’a dit », Circuit, Lausanne, 3 décembre 2016 au 28 janvier 2017.

Existe-t-il d'autres passages que le texte et ses images afin que l’éros glisse de l’individuel au collectif, du plaisir au politique ? La mélancolie du monde s’en trouve modifiée voire effacée. Le texte joue, sur ou contre les images (tout contre). L’éros fait merveille quoique puisse affirmer les mamans. Elles-mêmes y ont succombé afin que notre présence soit.

Hochuli 2.jpgHochuli et Lavoyer leur entament le pas tout en élargissant le propos, les messages. Un flot élémentaire emporte pour rétablir une unité. Qu'importe alors si le centre de l’amour ne coïncide pas toujours avec celui de la vie. Quand le coeur de l’être cherche asile il ne se réfugie plus en lui mais en son double. Il devient nu, purement matériel. Et dans le cas contraire la fiction et l’image comblent les vides du côté de l’insaisissable.

Hochuli 4.jpgLa sexualité est donc et à la fois faite d’ombres et de leur contraire. Son évanescence se désagrège parfois dans l'hypothèse du réel comme une promesse non tenue. Mais Hochuli et Lavoyer prouvent que tout jaillit d’une même « pierre » ou mère - philosophale ou non. Chaude, elle parvient à modérer le froid de la glaciation du monde sur l’île perdue du corps avant qu'il se change en poussière. Il devient alors « re-père ».

 

 

 

Hochuli 3.jpgLa critique du réel ne résiste pas (totalement du moins) au plaisir. Lui seul répond à sa violence comme à sa désexualisation programmée sous des apparences trompeuses. La seule certitude de l’art reste de changer le monde et que l’âme du corps social (du moins ce qui en reste) sombre dans la vie des corps. Il faut qu’ils retrouvent leur usage.. L’art désire le tu de l’amour absolu, organique pour faire abdiquer la violence organisée du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret