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12/06/2020

Le lac Léman et ailleurs - Dominique Preschez

Preschez.pngPour Dominique Preschez et plus que jamais l'écriture est le moyen d’écarter  les mâchoires d'un carcan dans lesquels l’être est pris et lui permettre de se remettre en tentation. Et ce à la suite de deux tribulations majeures. Une personnelle qui mena l'auteur sur les berges de l'Achéron et l'autre plus générale et proche de nous : le confinement coronaïque.

Le premier est pour l'auteur plus important que le second car le voyage fut plus long et périlleux. Mais sortant de ce joug Preschez reprend corps en s'interrogeant - entre autres - sur la raison raisonnante et loin de ses chemins. C'est une sortie de la nuit de l'être pour vivre une renaissance. Sans reprendre ostinato une trop vieille rengaine.

Preschez 2.pngDans ce but le langage "nouveau" de Preschez déplace les lignes de vie et ce partout où il se trouve au bord du cirque de Morèze ou au bord du lac Léman. C'est moins pratiquer - par fragments - la tabula rasa que raffiner l’humain trop humain par la "voix". Celle de la dérision au besoin. Plus que supports de supplications une telle œuvre cherche à retrouver le réel afin de ne pas en perdre la "viande" chère à Artaud.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dominique Preschez, "Parlando, Z4 éditions, 2020, 142 p., 12 E..

11/06/2020

Gilles Heuré : Jospeh Kessel, l'homme et l'oeuvre

Kessel.jpgGilles Heuré a édité en 2010 le volume Quarto des œuvres de Joseph Kessel (Gallimard). Et au moment où "Jef" rentre dans La Pléiade, il publie "l'Album" qui lui est consacré. Kessel y revit à travers le texte et un corpus d'images. Il décrit toute la complexité de celui qui traversa de l'Irlande fracturée à l'Afghanistan en charpie un siècle tourmenté Vivant ses enquêtes comme des romans et donnant à ses reportages une puissance de fiction" Kessel se retrouve ici dans sa vie intime, ses combats et ses traversées

Kesel 2.pngEn parcourant la vie de l'auteur, Gilles Heuré illustre comment la narration mentale se produit parfois dans les errances de l'Histoire et de la fiction. Non dans la volonté de produire le fantasme de monde mais pour tenter d'en comprendre son "corps" premier, génétique et génésique au sein des situations de résistances et de répressions et dans lesquelles Kessel n'oublie jamais les victimes et permet d'entrer dans leur combat et souffrances.

Kessel 3.pngLes diverses dimensions de l’espace chez l'auteur, ses épopées aussi épiques que poétiques sont rassemblées dans cet album. Il rapproche de celui qui, sorte de héros à la Hemingway dans les années 60-70, fut souvent recouvert de clichés. Gilles Heuré offre ainsi une archive narrative et visuelle unique. La littérature dite "d'aventure" et le travail de journaliste habité permirent à ce "désespéré" de déshabiller les concepts tout fait et de montrer les maîtres du monde comme des rois nus. Loin de la bienveillance de parade, il défit bien des ferraillages. Il découpa sans cesse les ambiguïtés des maîtres qui sélectionnent ce qui arrange au détriment de l’être spolié. Ce dernier reste chez lui comme chez Heuré celui qui n'existe jamais assez.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Heuré, "Album Kessel", Bibliothèque de la Pléïade, Gallimard, Paris, 2020, 256 p. Joseph Kessel,  "Romans et récits" 2 tomes, Idem.

08/06/2020

Les transversalités de Henri Raynal

Raynal.jpgChez Henri Raynal apparait une dimension particulièrement "sanitaire" de l'amour. De la physique il passe à une méta-physique. Ici les êtres ne sont pas au fond d’un puits mais entre éther et nuages, leurs cercles se multiplient comme si l'amour le plus charnel pouvait devenir cosmique.

 

Les hommes pénètrent en une sorte d'Abbaye de Thélème d'un genre nouveau où les silènes deviennent prétresses et gouvernantes. Rendent-elles l’homme timide ? Pas sûr car il existe du feu en lui. Et au nom des rêves dont chacun est fabriqué, il veut s'intégrer en une rencontre presque (le presque est important) impossible. Mais les seuils ne sont pas infranchissables.

Raynal 2.pngHenri Raynal joue de l'obsession et de la transgression. Elle retire la cape de ténèbres dans ce qui tient du conte philosophique qui évoque des bourrasques d’où naissent des éclairs ; d’étranges portes s’entrouvrent mais l'éros demeure suggéré. Restent ses stigmates. Et c'est aussi habile qu'ironique.

Raynal 3.pngComme auparavant et chez le même éditeur "Aux pieds d'Omphale" et "Dans le secret", ce livre est celui d'une initiation. Certes il feint une forme d'ascétisme. Mais il ne faut pas se laisser prendre : dans le froissement des robes d'abbesses le narrateur un rien masochiste glisse vers elles pour qu'elles le libèrent de ses entraves psychiques là où rien n'est essentialisé : les sens gardent la part belle dans la duplicité de certains labyrinthes optiques où une co-naissance a lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Henri Raynal, "L’accord", Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 160 p., 20 E..