gruyeresuisse

01/10/2019

Alexandre Loye le texte et l'image

loye.jpgAlexandre Loye, "Les tours" (carnets - février-juin 2017) , art&fiction, Lausanne, 60 p., 2019. A paraître en novembre.

Tours d'ivoire mais sans défense d'y voir, les jours sont là. Pour peu qu'on s'y attarde tournent leurs paysages. Il suffit pour cela chaque matin de monter l'escalier en colimaçon et rejoindre un lieu où tant d'artistes se cachent. Il se rejoint vers le soir à l'heure où il conviendrait d'en redescendre. C'est le "tour" que joue Alexandre Loye pour son septième volume d'"Une table à soi" où l'auteur continue ses réflexions concomitantes à son travail de peintre. Le valaisan désormais lausannois se consacre à ce projet tout en travaillant comme éditeur (ce qu'il avait entamé avec la Table des Négociations de 2004 à 2011), mais aussi - et en dehors de ces "carnets" - et auteur (L’Araignée jaune, Makar pris de doute, Un jour à la PC) .

loye 2.jpgSouvent à travers ses mots il oblige l’image à revenir à un état premier qui oblige à sa relecture. Elle donne une forme à une avant-forme à tous ces textes dont le lecteur doit «dévisager» les contenus. Dans ce qui peut sembler gouffre d’ombre, l’éclosion de miracles, l’ascension de merveilles ont lieu et affichent l’absolu de leur évidence à travers des fenêtres. Elles ouvrent le lieu clos  autant sur l'intérieur que sur l'extérieur. Car l'artiste ne voit pas seulement ce qu’il a devant les yeux mais en deçà et dans son dos d'autant que  "je ne peux me contenter d’une fenêtre sur un paysage immobile. Je veux peindre l’horizon qui ondule au rythme de ma marche, la verticalité de l’arbre qui s’écarte pour me laisser passer" écrit l’artiste. Sa tour n'est donc plus une fermeture. Et contrairement à la Sœur Anne du conte de garde il voit et donne à voir l'au-delà du possible.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/09/2019

Francine Wohnlich voyageuse immobile

Wonlhich.jpgFrancine Wohnlich, "Vivants", Art & fiction, Lausanne, 2019, 216 14,90 CHF.

Née à Genève et après une formation de comédienne à Montpellier, Francine Wohnlich est revenue en Suisse pour écrire et jouer plusieurs pièces - "Liqueurs de sel" entre autres - et écrire plusieurs fictions courtes ("Absence Prolongée") et des romans ("Larsen"). Dramaturge pour le Théâtre St-Gervais à Genève, elle a délaissé progressivement  ce métier pour la littérature tout en devenant codeuse-interprète auprès d’enfants et de jeunes adultes sourds en milieu scolaire.

Wonlich.jpgAvec "Vivants",  à partir d'un point de départ précis (enfin presque) : "C’était l’hiver, mon père nous avait quittés en toute brutalité et j’éprouvais le besoin de m’intéresser aux autres, de raconter des récits auxquels je n’appartenais pas", Francine Wohnlich a décidé d'aller à la recherche d'inconnus pour offrir chaque fois un portrait écrit et dessinée par lequel Francine elle repousse ses limites pour octroyer à chacun de ces instants un moyen de goûter un temps parfois absolu ou parfois déceptif.

Wonlich 3.jpgPour chaque portrait un contact est pris et une seule rencontre s'organise. L'auteure écoute sans chercher à orienter le propos. L'inconnu parle aves ses mots, ses attitudes, ses gestes, ses silences. Francine Wohnlich n'est pas pour autant neutre : elle met toute son énergie dans ce moment où se mêle - suivant les cas - attirance, complicité mais aussi parfois lassitude ou exaspération. Se retrouvent ici des visions à la Charles Juliet chez celle qui sans se chercher à se débarrasser d'elle-même pactise un temps avec les sentiments de l'autre, à savoir  ceux qui lui permettent ou à l'inverse l'empêchent de vivre. Il se peut qu'en retour l'écriture et le dessin lui servent à se frayer un chemin comme pour chaque lecteur des heures d'un tel voyage immobile.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/08/2019

Jean-Michel Esperet : l'enfer c'est les geeks

Esperet.pngJean-Michel Esperet, "Diabolus in futuro - Elégie", Edilivre, Saint Denis, 128 p., 12,50 E., 2019.

C'est au futur comme au furtif "mastodonte" que Jean-Michel Esperet nous guide. Et ce de l'imagerie médiévale de la "queue du diable" jusqu'à celle de celui qui en tire sinon la nôtre du moins notre esprit. A mesure de  croire rejoindre Dieu nous n'attirons que le Diable. Et qu'importe les croyances. Il est plus fort qu'elles puisque tout geek en devient l'otage et vit au dépend de celui qui le traque.

Esperet 2.pngLes nouveaux êtres connectés ou numérisés sont devenus des victimes volontaires et ignorantes. Leur "avènement vaguement prométhéen" n'est qu'une farce. Face à nos écrans nous déjeunons en l'honneur d'un nouveau déluge. Les mises à jour de nos machines ne sont que des mises en demeure non seulement du peu que nous sommes mais de qui nous devenons.

Esperet 3.pngLe Genevois pour autant ne dramatise pas. Il souligne le dépit dont nous n'avons même pas conscience en ce monde finissant sous ses leurres d'ouverture. Sous couvert de prétendues sécurisations nous sommes assiégés de partout. Nous nous prenons pour des papes de l'information assis sur les saints sièges pour pianoter devant nos machines célibataires. Elles ne le seront jamais autant que nous.

Jean-Paul Gavard-Perret