gruyeresuisse

08/04/2019

Franck Smith et Julien Serve : causeries des lits las

Smith.pngFrank Smith et Julien Serve, "Pour parler", Éditions Créaphis, 2019, 256 p., 22 E..

Le livre est le fruit d'une "co-errance" faite ou défaite de 15 sonnets de Franck Smith et de centaines de dessins de Julien Serve intégrés dans les textes. L'objectif est de trouer le logos et les images dans leur manière de signifier et de représenter : "quelque chose a été laissé de côté / il y a dans les faits pour ainsi dire une / lacune un ciel où les astres n’auraient / pas été peints en tableau incomplet". Si bien que l'ensemble crée une formation défaite en vue d'un sens dont l'attente sera forcément déceptive.

Certes il faudrait pourvoir espérer une advenue mais demeure un manque habilement "mis en scène" dans une déflagration corrosive. Le livre permet de "quitter" une certaine vision de la poésie et de l'image pour une nouvelle idéologie au messianisme hors de ses gonds en rupture avec une certaine idée de la littérature et de l'art. Dans son relief particulier l'opus s'ouvre à sa propre évolution en gardant un force de crise. Elle permet de réviser la "situation" (en sens sartrien) d'une esthétique canonique où malgré tout elle aurait il aurait pu se prendre les pieds. Si bien que ce travail à quatre mains n'a rien d'une expérimentation inachevée. Au contraire même.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Flynn Maria Bergmann : tropismes intempestifs

Bergmann.jpgFlynn Maria Bergmann, "Flynnzine #1", art&fiction, Lausanne, 64 p., 25 CHF.

 

Dans ce nouvel opus au format XL Flynn Maria Bergmann propose un grand déversoire ou ce qu'il appel "un gros bordel dégoulinant" là où tout se mêle : dans la partie "blah-blah-blah" mots hors de leurs gonds, dans la partie "splash" "des dessins et collages d'objets sortis  de leur utilisation pratique. Le tout "en anglais please, because fuck Donald Trump et les zombies de la Silicon Valley of Death". Même si l'artiste et auteur ne fait rien à motié il ne se soucie pas de la lecture éventuelle de son livre  : au pire celui-ci pourra servir de manière plus brutale car "on a tous besoin, un jour ou l’autre, de papier journal pour allumer un feu."

Bergmann 2.pngCe qui serait néanmoins dommage. Existent là des béances sémillantes, des constellations sauvages au sein d’une dérive tropicale que Bergmann organise afin de sortir des gammes immuables de la représentation pour retrouver une insécurité fondamentale. Qui dit que le monde est déjà découvert ? Certainement pas l'auteur. Dans sa randonnée, des chemins déambulent en vertiges. S'y parcourent des paysages qui deviennent la géographie d’une histoire de prises où il convient de se perdre lorsque les arbres s’approchent les uns des autres. Images et mots se cotoient comme des grands singes ou des bêtes curieuses. Et cela prend l'aspect d'une farce corrosive.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/04/2019

Patricia Terrapon Leguizamon : revision des poncifs

Terrapon.pngPatricia Terrapon Leguizamon, "Préliminaires", Villa Dutoit, Genève, jusqu'au 30 mars 2019. 

Il n’y a plus accroc dans la soierie des corps que Patricia Terrapon suggère dans une des cérémonies secrètes qui font la force de son travail pour "Prélimaires" et que souligne avec un érotisme puissant le poème de Barbara Polla.

Et si jadis des ogres tirèrent par les pieds les femmes et voulurent malaxer leur terre pure pour y planter leur tente, il ne s'agit plus pour eux de parader devant la grotte espérée en habit d'officiant. L’artiste et la poétesse remplacent les orgues à prières des mâles dont le latin résonnait comme des gazouillis d’oiseaux par temps d’orage et d’opprobre.

Terrapon 3.jpgDes ogres l'artiste ne redoute plus le tonnerre. Elle est sortie d'un théâtre masochiste où elle descendait sur la pointe des pieds. Elle surprend les mâles par tout ce qu'elle offre et bravant l’interdit le plus terrible : être un corps jouissant qui n'est plus au service de l'autre mais de soi-même en un partage volcanique où abondance de "biens" ne nuit pas. Au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret