gruyeresuisse

13/09/2020

Nicole Hardouin : mots dits pour une maudite

Hardouin.jpgAu centre de l’échiquier des poèmes de Nicole Hardouin s'ouvre toujours la crypte de mystères. Dans ce livre ceux de Lilith et de ses prétendus péchés de chair. L'auteure n'en a cure et elle devient sa "complice" afin d'en porter la puissance du cri et des actes : clarté en deçà, obscur au-delà. Mais d’une frontière qui ne cesse de bouger. Et ce pour une raison majeure : la poétesse dé-lie son "modèle" dans un mélange de raison et d'utopie. L'égérie n'est plus seulement dans son là-bas comme l'auteure ne se contente pas de son ici même. Si bien que l’écriture s’engendre au seuil de la venue ( à savoir du retour ) de Lilith pour laquelle les mots de Nicole Hardouin ne sont pas de simples abris. Elle hisse la prétresse sulfureuse au-dessus de son mutisme. A démembrer la course du grouillement des mots, se décèle le dire du ventre de l'héroïne éternelle comme se fragmente l’émeute d’intimes rassemblements

Hadouin 3.jpgY-a-t-il un périmètre à l’insurrection ? Le corps est-il une éphémère installation ? Pour répondre les mots de la créatrice deviennent des plantes-grimpantes. De celles qui courbent les sortilèges avant que les chimères ne griffent l’ombre blanche du miroir. Mais toutefois la femme fatale revient mais pour mieux se "lover dans la planète de Vénus, refuge dans ses lumineux abysses." Les mots-talismans sont désormais présents pour sortir la monstresse de son "reflet brisé (qui) n'est plus que l'ombre blanche du silence" et tisser les lueurs de son apparition depuis l'univers mésopotamien. Ils deviennent aussi des calices pour un offertoire "théoriquement" interdit. Leurs sirops sulfureux percent les ombres. Et celle qui au sein du stupre et de la fornication palpitait d’étincelles qu'on croyait éteintes se rapproche de notre monde.

Hardouin 2.jpgFidèle à sa poétique Nicole Hardouin navigue dans les dérives des traces d’un passé dont surgissent des dentelures d'un pubis que convoitaient des sexes avides. Entre lyrisme et parfois son contraire, l'auteure rappelle que pour les femmes aussi l’amour est sensuel mais qu'elles possèdent une âme. Il est regrettable que certains hommes n’en veulent pas. Certains pour s'en tirer la cache dans la sciure d’étoiles mais c'est pourquoi, bien plus que Lilith, ils agonisent dans des lames de ténèbres. C'est comme si le chaos retournait d’où il venait au moment où la Fatale reste une force qui va. Ce qui n'a pas échappé - chacun dans leur musique - à Bataille et Quignard comme à Nicole Hardouin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nicole Hardouin, "Lilith, l'amour d'une maudite", préface d'Alain Duault, couverture par Colette Klein, éditions Librairie-Galerie Racine, juin 2020, 82 p., 15 E..

07/09/2020

Barbara Polla : L'Evangile selon Paul

Ardenne 4.jpgHaro au superflu. Comme d'ailleurs au secret, au silence. En médecin (ce qu'elle est aussi) Barbara Polla en propose l'opération - entendons l'ouverture. Et ce au nom de l'admiration pour un homme et son écriture. Paul Ardenne est donc l'objet ou plutôt le sujet de ce livre. Barbara Polla a souvent travaillé de concert avec lui et leurs chemins artistiques n'ont cessé de se croiser même si Ardenne se fait souvent motard. Mais aussi homme de la terre, ventre (ce qu'il n'a pas)  et - cela est plus rare - oiseau.

Ardenne 3.pngCet ouvrage est un "drôle de livre" comme l'autodéfinit son auteure. Et elle ajoute fort justement que c'est "un apprentissage supplémentaire de l'écriture, écrire que ce qu'écrivent les autres, c'est de la traduction et presque un essai académique". Le "presque" est important car pour magnifier la prose personnelle de Paul Ardenne, Barbara Polla évite les chemins balisés et fait quelques entorses à la règle en évoquant entre autre l'ami artiste et motard lui-aussi : Ali Kazma.

Ardenne 2.pngMais elle parle surtout publiquement de la face cachée de Paul Ardenne. Car derrière le critique et historien d'art se trahit un homme avide d'écriture que l'auteure dévoile. Preuve que l'exercice d'admiration devient une révolution dont se dégagent multiples "fosses et thrènes". Certes Ardenne a besoin de secret pour que son renversement littéraire s'accomplisse. De plus, le regard et le commentaire de l'auteure dérangent l'ordre tenu presque secret. Ardenne bon.pngBarbara Polla se donne pour mission en quelque sorte de socialiser une écriture qui a pour but demain. Ardenne travaille en solitude mais non sans puiser ses racines dans l'ailleurs afin non de s'astreindre à des grilles théoriques mais inventer des fresques de l'imagination et bien des hoquetements de la pensée. Et l'auteure en multiplie les exemples dans les riches heures de son livre "d'amour", un amour "Atlantique" donc océanique comme celui du livre qu'Ardenne est entrain d'écrire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla, "Paul-pris-dans-l'écriture", Préface de Bruno Walskop, illustration de Julien Serve, La Muette - Le Bord de l'eau, 20 E. 128 p., 2020.

06/09/2020

Brought to Light : La Bâloise

La Baloise.jpg"Into the Spotlight, Art at Baloise", Ed. Martin Schwander, HatjeCantze, Berlin, 2020, 244 p., 38 E.

La compagnie d'assurance suisse"La Bâloise" a fait sa réputation bien sûr dans son champ d'expertise mais aussi dans l'art dont elle a contribué à étendre le patrimoine et l'essor. Elle a aidé bien des musées et a créé le ""Baloise Art Prize" à l'Art Basel qu'elle a contribué à développer.

Si bien qu'elle est presque autant connue pour son coeur de métier que dans ses activités envers l'art. Elle a créé depuis le milieu du siècle dernier une collection remarquable des artistes célèbres avec un gôut de plus en plus marqué pour les photographies et les oeuvres sur papier où se retrouvent Miriam Cahn, Simon Denny, Katharina Fritsch, Bruce Nauman, and Jeff Wall entre autres.

Ce livre est le premier ouvrage d'importance sur La Bâloise en son travail artistique et sa collection. Tout est mis en évidence à travers des écrivains d'art de renom dont Kathleen Bühler, Andreas Burckhardt, Roberto Gargiani, Isabelle Guggenheim, Dora Imhof, Brigitte Kölle, Ulrich Loock, Letizia Ragaglia, Dieter Schwarz.

Jean-Paul Gavard-Perret