gruyeresuisse

06/07/2019

Jacques Cauda fabuleux fabuliste

Cauda.pngCauda entend les mouches barrir et les éléphants voler. Fort en travaux publics il ne se fait pas d'illusions sur les ingénieurs du génie civil. Ce sont pour lui de véritables têtes de pont. Plutôt que de les fréquenter et avant ques les poules aient des dents, l'artiste - auteur à fable - accompagne celles et ceux qui, l'écrivant, caressent en tout bien tout honneur l'animal dans le sens du poil.

Cauda 3.jpgRespectueux du titre de la revue qui l'invite il soigne partculièrement - et avec éthique - les tics et les insectes. Sans oublier néanmoins chats et chiens et quelques autres avatars : il y a la un gars plein de zèle et une ardente fugueuse aux jambes de gazelle.

 

 

Cauda 2.jpgAu centre d'une telle horde, Cauda devient patriarche. Pour autant il n'a rien d'un sage. Descendant de Cromagnon il possède - comme ses chiens - des crocs mignons et reste prêt à changer les mots en image comme Dieu l'eau en vin. Exit spleen, blues, bourdon. Le cafard d'Alexandrie contemple la bête qui se tapit en nous. Cauda la dessine. Elle croustille.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacques Cauda. Le Cafard Hérétique. Hors série - 3, Lunatique, Vitré, 2019, 140 p., 15 E..

 

03/07/2019

Par la voix des pierres : Alexandre Chollier

Chollier.jpgAlexandre Chollier, "Autour du cairn", Editions Héros-limite, Genève, 2019, 192 p, CHF 19,60.

Le cairn (mot d'origine celtique), est un amas artificiel de pierres placé à dessein pour marquer un lieu particulier. Ce type de tas se trouve la plupart du temps sur les reliefs, les tourbières ou au sommet des montagnes. Ce terme est souvent utilisé en référence à l'Ecosse mais il peut comme le fait Chollier être utilisé dans d’autres lieux. Autour de lui le poète genevois multiplie les points de vue. Il mélange dans ce but des repères et analyses anthropologiques, philosophiques et sociologiques et de nombreuses références. Le tout est rythmé par les dessins de Marc de Bernardis – peintre amoureux de la montagne et à l’origine de ce livre qui convoque lieux,  récits des philosophes et  poètes qui ont fait résonner la "voix" des pierres : Édouard Glissant, Jean Giono, Maurice Chappaz ou Roger Caillois bien sûr.

Chollier 2.pngLe cairn devient parfois une silhouette et ses divers noms sous divers cultures  créent un monde où l’humain et le non-humain deviennent solidaires : "galgal, clapier, montjoie, monticule, murger, tumulus, castelet, champignon, garof, segnavia, ometto, uomo di sasso, mound, Steinmann, Steinberg", etc., etc.. Les ensembles des pierres et des mots qui les définissent  créent un tout de l’Himalaya, aux Alpes en passant par la Laponie et les sentiers des territoires celtes ou des Indiens d’Amérique.

Chollier 3.jpgChaque Cairn devient une borne, un repère. L'amas reste toujours en danger d'écroulement. Mais cette œuvre collective est en constante transformation. Elle résiste au passage du temps parce qu’il est fragile, changeant et reconstruit perpétuellement. Alexandre Chollier crée, en géographe et écrivain, une reconstruction du monde. Des décombres de pierres en guingois il fait d'exquises et étranges schizes où le monde respire. Existe un contre-temps du monde dans cette orchestration plurielle et intense. Dans ces "incairnations" l'être vit au centre de lui-même et du monde. Il y est plus ou moins calé.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/07/2019

Arthur Tress et Michel Tournier

Tress 2.jpg"En 1972, j’ai envoyé un exemplaire de mon premier livre The Dream Collector à Michel Tournier, après avoir lu son livre Le Roi des Aulnes" écrit Arthur Tress. Et le photographe d'ajouter : "Il m’a invité aux Rencontres d’Arles". Et ce au nom d'une tradition qui unissait selon l'auteur du "Vent Paraclet" artistes et écrivains. Il était à l'époque un des rares qui appréciaient le "style surréaliste psychologique, qui se démarquait de la photographie « de rue » en vogue" écrit encore Tress.

Tress bon.jpgIl a photographié Tournier à la piscine municipale d’Arles avec un enfant dans une brouette, comme s’il était un personnage d’un de ses propres livres. Et Tress n'a cessé de le suivre pour saisir à travers lui le corps et son trouble et pour tourner en bourrique une certaine idée du portrait qui oscille ici entre humour et majesté.

Tress.jpgLe photographe reste paradoxalement (et comme son "modèle") un classique tout en transcendant les codes, styles, genres, cultures. Son œuvre sent le soufre mais de manière que les imbéciles n’aperçoivent pas de telles effluves. Cela reste du grand art et le moyen de s’extraire des pièges du réalisme. Patelin à sa manière Tress sut avec Tournier jouer les maîtres capables de réconcilier les êtres avec leur part d’ombre du féminin dans le masculin.

Jean-Paul Gavard-Perret