gruyeresuisse

09/01/2019

Les jardins des délices de Sanam Khatibi

Khatibi 2.jpgSanam Khatibi remonte aux sources d'une sensualité innocente et bienheureuse. Le tout sans se soucier de qui fait quoi pourvu que l'ivresse soit présente. L'artiste cultive l’incongruité, l’audace, d’extraordinaires concrétions d'un porno-syncrétisme des figures et des situations. La notion d'érotisme redevient la seule morale élémentaire. Les noeuds familiaux n'y sont que des voeux pieux relayés par d'autres félins à fouetter - mais pas que. Car Sanam Khatibi ignore la violence. Une beauté insolite parce que première risque de faire frémir les tièdes, les pisse-froid, les blêmes.

Khatibi.jpgSe retrouve ici une peinture "indienne" au sens où Achille Chavée l'entendait. L'artiste ignore les pères et les repères. Que viendraient-ils faire dans ce jardin d'Eden ? Pour l'évoquer le créateur échappe au formalisme : demeurent les sensations fortes à force d’ironie cinglante et de débordements qui excèdent morale et normalité. Des tortillons de couleurs tendres éloignent de tout diktat moral : tout enjoint de ne pas louper ce qui est désormais estimé comme crimes ou sens interdits. Ils ramènent à la ruche où la femme n'est pas Eve fautive mais la portion de miel qui nourrit la nature et la spermatosphère. Elle règne plus en amante qu'en mère sur nos trous de mémoire où s’abreuvent au besoin l’inceste ou l'animal.L’humanité s’avance à croupetons en s'invaginant et tout compte fait ce n'est pas la plus mauvaise des solutions.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sanam Khatibi, "The Murders of the Green River", Galerie Rodolphe Janssen, Bruxelles. « My garden is wilder than yours », Posture Editions,n 2019.

 

05/01/2019

Jean Frémon "lecteur" de Louis Soutter

Soutter.jpgJean Frémon, "Les élus et les damnés", dessins de Louis Soutter, Fata Morgana Editions, Fontfroide le Haut, 2019, 72 p..

Ce qu'on nomme critique ou analyse ne se développe pas forcément en marge de la littérature. Jean Frémon le prouve par sa force poétique, ses différentes qualités d’esprit et de sensibilité qui révèlent ici les oeuvres dernières de Louis Soutter. Dans leur cri sourd se révèle une expérience douloureuse et une secrète vérité autour du mystère de l’image figure de l'enfermement de celui que l'auteur nomme "l'homme envoûté" mais autant habité.

Soutter 3.jpgSoutter resta relégué au sein du refuge de ceux dont il convient de se débarrasser sous le nom d'"Art Brut". Et ce d'autant plus facilement qu'il fut enfermé pendant 20 ans et jusqu'à sa mort dans un "asile" du Jura Vaudois sans le moindre suivi psychiatrique. Sans parcours n'est pas sans rappeler la vie de son contemporain et "pays" Robert Walser faite de solitude et d'adaptation. Mais à l'inverse de ce dernier il ne se mura pas dans le silence et continua à peindre et dessiner compulsivement jusqu'à sa mort pour évoquer le déclin et la disparition nées chez cet hyper doué d'une fixation à une image primitive et maternelle qui ne cessa de le hanter.

Soutter 2.jpgL'ambiguïté de la figuration souligne la douleur de celui qui dessinait à l'encre de Chine - à même ses doigts et sans outils - ses ombres déchirantes sans la recherche de l'effet mais de la seule expresivité de la douleur en une imprégnation primitive sur le papier selon une force instinctive. Ces oeuvres, écrit Jean Frémon "se sont mis à parler en moi, je n’ai fait que les écouter, accompagner leur litanie syncopée." Son livre transfigure l'artiste en Christ non de mais du papier au nom d'une vie de maudit qu'il sut métamorphoser dans le labyrinthe de ses créations esquisse d'une nouvelle comédie de Dante.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/01/2019

Maïa Mazaurette : sans y toucher - enfin presque

Mazaurette.jpgEtre seulement créatrice de tendance à la mode, Maïa Mazaurette - journaliste, blogueuse er romancière - ne s'en contente pas. Son job c'est pas de déshabiller seulement les corps mais de les faire désirer et jouir comme il faut. Coeur avec. L'objectif reste aussi  de secouer le cerveau, de démonter des gueule à l'amour, pour apprendre un peu plus d'égoïsme chez les femmes et un plus d'attention au plaisir de sa partenaire chez les hommes Et pas seulement les jours de fête.

Mazaurette 3.jpgChacun y gagnera. Jusqu'à la planète elle-même. A sa manière l'auteure impertinente est une Anaïs Nin. Elle se moque des tabous, joue des stéréotypes, les exhibants pour rebondir dessus. Elle rappelle que le désir se traverse et que l'amour lui même n'existe que s'il devient "l'âme à tiers" (Lacan)?  Bref, avec un peu de sagesse nous pouvons nous affranchir de tout - pour peu que l'amour soit sale et non un sale amour.

Mazaurette 2.jpgMaïa Mazaurette fait préférer le salace de fruits verts ou mûrs aux salages des interdits. Elle fait briller le dessous des carapaces: chacun chacune lui en rendent grâce et rêvent de se retrouver phagocytés par des baisers empoisonnés qu'une goutte de Chanel fait instiller avant de redevenir poussière et foutre désséché. L'amazone est plus déesse que sorcière. S'affranhissant de tout et avec le temps, elle sait que le plus important dans la vie ( avec le sexe et la tomate mozzarella ) demeure  d'assumer tout et d'être bienveillant avec toutes. Ce qui demande néanmoins un peu de technique kinesthésique.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Voir ses différents blogs sur Internet)