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12/11/2017

Dire Le corps : Mounir Fatmi

Fatmi BON.pngMounir Fatmi, « Union (im)possible », Galerie Analix Forever, Genève, jusqu’au 8 décembre 2017.

Dire ou montrer le corps c’est pour Mounir Fatmi encore ne rien affirmer, c’est poser des taches de postiches sur de l’obscur. Pour le faire éprouver et qu’il soit entaillé par l’image comme il faut un chemin de côté fait d’énergies renversée. L’artiste marocain est sensible à tout ce qui est l’être humain et ses blessures pour les transformer « Sans anesthésie, les nerfs à vifs. L’artiste cherche à instiller l’espoir d’un regard sensible sur la destruction perpétuelle, la mort, la disparition » écrit Barbara Polla.

Fatmi.pngFilmant la destruction des barres et des tours, le corps urbain il ouvrit les chambres à coucher où l’intimité des corps se pensait protégée. Il poursuit sa critique du monde par le reportage comme par la fiction à travers une « fantomachie » de l’amour ou ce qui lui ressemble. L’artiste ose les renversements des données du poétique et du visuel. L’image devient tout sauf l’infirmière impeccable de nos identités.

Fatmi bon 3.jpgFatmi ne cesse d’aller là où le « ça » travaille le plus laissant même aux yeux leurs couleurs, laissant à ce qui voit d’être vu. L’œuvre montre ce qui est à la fois proche et si étrange : l’implicite de l’inconscient aussi individuel que collectif. D’autant que les suites d’images mêlent divers types de sensations. Il reste à ce titre un « lanceur d’alertes » afin que la maison de l’être demeure habitable. Sur ce qu’il insémine, il y a des seuils qui signalent des voies de passages (possibles ou non) avec la volonté de résumer le visible et de secouer les idéologues sous lesquelles nous vivons.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/11/2017

Pierre Leblanc : quand le doute est permis

Leblanc 2.jpgDans« Showroom » (série de 10 diptyques) Pierre Leblanc interroge le désir et ses errances. Le décor ? Une chambre d’hôtel désuet. S’y succèdent professionnelles du sexe mais pas seulement. Si bien que face à cet art et métier se fomentent des parties qui ne semblent pas animées par un excès de désir. Le photographe en profite pour présenter des variations sur la pulsion amoureuse.

Leblanc.jpgL’homme semble un peine à jouir et devient la victime de sa propre embrouille des genres. La solitude et la gêne règnent bien plus que le partage fût-il facturé. Le désir "enfermé" dans le lieu fait pour ça, n'en devient pas plus profond. Il n’existe nulle célébration là où le photographe crée habilement un lien implicite entre le sujet vu et celui qui le regarde.

Leblanc 3.jpgLe corps photographié est sans doute désirable. Néanmoins rien ne se passe. Ou pas grand chose. Il y a là l’objectivation, la fausse unité et la théâtralité d’une société intime « du spectacle » propre à ravir Debord. Le désir dans sa métaphore opératoire a nécessairement un objet : mais est-il le bon ? Le corps qui emporte le regard n’est plus celui d'une béatitude mais d’un empêchement. Il ramène à une « nuit sexuelle » sans doute moins première que celle dont parle Quignard.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sam Porritt : « fantaisie militaire »

Porritt.jpgSam Porritt est un artiste britannique né à Londres en 1979. Il vit et travaille à Zürich. Son exposition à "Circuit" est sa première exposition personnelle et institutionnelle en Suisse. Ses sculptures, dessins (et parfois performances) prouvent comment toute image peut en cacher un autre.

A Zurich l’artiste a peaufiné son approche de l’abstraction et d’un certain cinétisme. Sa règle d’or est de déborder la subjectivité orphique. Tout joue entre perfection et drôlerie, chimère et consensus sévère. Existe ce que Bashung aurait appelé une « Fantaisie militaire ». L’artiste montre qu’il est inutile de se jeter « dans » la peinture pour en indiquer la profondeur.

Porrit 3.pngExistent dans l’oeuvre divers jeux de surfaces. Ils trouvent racines dans une histoire personnelle. Néanmoins, aux états d’âme, l’artiste préfère celui de la peinture et son ordre cérémoniel, organisé, organique ou subversif. Divers types de réconciliations trouvent leurs assises sourdement, petit à petit. Chaque pièce délimite un périmètre de sensations aussi intimes que générales et parfois ironiques. Elle n'ajoute rien, ne retranche pas plus mais ramènent à une méditation au sein d’une poésie optique à diverses entrées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sam Porritt, "The Golden Rule", Circuit - centred’Art Contemporain, Lausanne, du 18 novembre 2017 au 13 janvier 2018

09:17 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)