gruyeresuisse

14/06/2018

Les mitrailles indociles de Christine Streuli

Streuli 2.jpgChristine Streuli, «smokescreen», Galerie Mark Müller, Zurich du 8 juin au 21 juillet 2018/

Avec « smokescreen » Christine Streuli poursuit son œuvre emplie de couleurs et de fausses ornementations sur de grandes toiles où les mirages de la représentation sont remplacés par d’autres arrimages dans un espace luminescent et un jeu de dégradations, de coulures. Des dermes évanescents de couleurs imposent leur règne.

 

 

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L’œuvre ravitaille en geysers colorés de danses des malachites. Des étoles permettent de soupçonner des effervescences et des jeux d’interférences. Le réel remue là où les couleurs créent une chorégraphie sauvage dont les formes n’ont rien d’emmuré. L’ensemble mitraille la surface de manière indocile. La peinture reste libre, elle déboute l’âpre comptine du réel en se décalant de tout effet du mime.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/06/2018

Magali Ballet : évanescences et silences

Ballet.jpgMagali Ballet saisit des instants, sait trouver la bonne seconde de l’aperture pour aboutir à l’immanence des êtres, des choses, de l’instant qui n’appartient qu’à leur évanescence. Cette recherche est celle non d’un temps cessé mais révélé dans un entrelacs de gris.

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En de tels laps le langage photographique est objet plus de retournement que de reflet. Le regard y contemple des possibles au sein d’un mouvement. La créatrice tente de restituer l’envergure d’un impossible entre équilibre, répétition, rupture. Des mirages glissent dans l’espace.

 

 

Ballet 3.pngExiste là une respiration, une suffocation, une inspiration qui devient connivence entre l’artiste, les autres et le monde. Celui-ci se récite à rebours selon des orées étranges et l’arche des arbres où un chemin avance. Il existe là des ombres d’enfance, des matins obscurs, des soirs livides. L’image répand, en noir et blanc, sa beauté et ses doutes sur une vacuité irréductible.

Magali Ballet, « Paysage soi », Editions Unes, Nice.

12/06/2018

Inge Dick : l’expérience de la couleur et du temps

Inge.jpgInge Dick crée des monochromes ou des polychromes photographiques qui transforment totalement le sens même d’un tel art. Celle qui étudia le graphisme design à Vienne réalisa d’abord des peintures. Elles prouvaient déjà son intérêt pour l’Art Concret, la lumière ; l’espace et le temps. De tels thèmes restent rémanents dans ses travaux. Mais ses mono et poly chromes ne sont pas de simples reproductions de ses peintures. L’artiste y condense en jeux de ligne ou de pans des effets où la lumière naturelle modifie les surfaces le long d’une journée shootée en intervalles réguliers et créent des nuanciers d’un ordre particulier.

Inge 2.jpgL’artiste trouve ses surfaces d’expérience dans son atelier ou dans les ateliers Polaroïd de Boston. Elle a créé par exemple avec sa série « Black » des tranches de variables en prouvant que le noir n’existe pas tant il est modifié par la température et le type d’ombres ou de lumière qui se portent sur lui. Et le Poloraoid permet de visualiser la lumière et l’espace beaucoup mieux que d’autres matériaux ou techniques. Ces expériences créent un univers aussi plastique que mental et poétique. L’univers s’y décline en de subtiles compositions.

Inge 4.jpgLe reflet du reflet crée une esthétique originale propre sans doute à bien des possibilités d’ouverture. Les œuvres doivent donc se lire et s’apprécier à divers degrés pour parvenir à entrer dans l’émotion délivrée par l’artiste. Troublantes et très souvent à la limite du paradoxe, les photographies génèrent beaucoup de jubilation chromatique mais, en passant à un degré supplémentaire de contemplation, voici qu’apparaissent tout l’intérêt et la complexité de telles créations. Les formes contredisent les glacis des couleurs et jouent de vrais rôles de composition aux irisations sans cesse changeantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inge Dick, « Licht weiss », Fotohof, Salzbourg, du 22 juin au 4 août 2018.