gruyeresuisse

25/04/2018

Théâtralités et curiosités esthétiques de Guillaume Pilet

Pillet.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Galerie Joy de Rouvre, Genève et « I was born to be dramatic », Editions du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2017

Guillaume Pilet est un artiste multi-médiums qui explore à travers eux les potentialités de l’abstraction comme des formes plus anciennes (avec des références à l’art populaire, primitif ou brut), de reprises en reprises. Néanmoins la peinture demeure au centre de sa pratique car plus qu’ailleurs il est question ici du retour à l’essentiel : se confronter à la surface la plus simple afin de l’animer par la fixité de la matière.

pILLET 2.pngUn tel geste apparemment simple est toujours à reprendre. L’installation, la performance, la céramique, la vidéo sont un moyen de prolonger ce geste par delà la figuration en deux dimensions. Mais l’artiste revient toujours au geste fondamental en dépit d'envies et d'intérêts primesautiers.

D’année en année, le travail devient de plus en plus ambitieux. L’humour perdure car c’est là le moyen de créer une distance naturelle avec une pratique et d’en proposer une critique en acte à mesure que les formes qui se précisent créent en une remise en question des processus de création. Mêlant ce qu’on nomme hâtivement le beau et le laid, la haute peinture et l’art vernaculaire Pilet crée des décalages, ouvre des portes - au besoin en trompe l’œil – si bien que  lorsqu’on croit les franchir, on va droit dans le mur. A chaque regardeur toutefois de trouver son chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18:07 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

23/04/2018

Laure Gonthier la généreuse

Laure Gonthier.jpgLaure Gonthier, « Le Cadavre Exquis », à L-imprimerie, Lausanne, 4,5,6 mai 2018.

L’année dernière Laure Gonthier a accueilli dans son nouvel espace de travail au Séchey les 15 artistes de « L-imprimerie » pour participer à un cadavre exquis. Chacun(e) a créé une photographie, un dessin, une sculpture ou un texte inspirés par l'indice de l'artiste qui le précédait. La créatrice présente ce projet collectif. Apparaissent divers réseaux de veines et de racines. Certaines montent vers le ciel, d’autres s’enfoncent vers le sol mais pas forcément celles qu’on croit. Tout devient empreintes de corps ou de végétaux obscurs présentés dans divers changements d’échelles. Souvent les images créent le renversement d’une géométrie euclidienne pour déplacer les marges et les ordres de marche.

Gonthier bon.jpgLes œuvres sous leurs différents aspects retiennent un paquet de la force vitale par les empreintes rhizomatiques qui les innervent. De tels travaux produisent des écarts. Ils font jaillir un bouquet éclatant. Soudain une forêt explose de ridules ou de masses plus compactes. L’art devient aussi une aventure humaine, un arbre de vie, l'énigme, la mesure infinie du lien et du liant. Cette approche refuse l’empreinte trompeuse du « muséable ». Laure Gonthier la remplace par d’autres ruses. L’art s’ouvre et se place au centre d’un désir de voir, de découvrir, d’éprouver ce qui se passe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Garçon l’addiction ! - Pierre Molinier

Molinier.jpg« Qui n’est pas homme et femme est demi-corps » affirmait Molinier. Et fidèle à cette vérité le photographe agite des corps hybrides, armés d’une multiplication de membres. L’afflux gicle dans la fonte des soies et des huiles plus que des neiges. Existent là bien des diables et des diablesses qui ne se préoccupent pas forcément du lieu où leurs bas blessent. Par l’aide des cuisses s’exerce le danger. Doux est l’âtre en son chevêtre. Le change donne la bête aux enfers

Molinier2.jpgLes chorégraphies n’ont plus rien de féeries glacées. Au ciel des lits l'aubade grommelle là où certaines lunes sont de miel. Tout devient formes osées, incessants gisements. Chacun, chacune galopent avec lenteur autour de la grande corolle et de son rubis. Chaque Pénélope a ôté sa jupe afin qu’Ulysse devienne un sédentaire Pierrot d’amour qui la défait. Rois et reines s’en donnent à corps joie, gourmand de leur gourmandise. Les roses fragiles n’ont plus qu’à mal se tenir en accords tacites et à corps partagés pour sauts d'hommes et go more.

Molinier 3.jpgChez Molinier bras et jambes circulent. Ils ont besoin de place. Le corps est dans l'espace. Avec regard plein les yeux pour des passagères moelleuses, démesurées, grouillantes en tout ce qui s'entrouvre tant que faire se peut. La sexualité échappe ici à la fresque commune. L'artiste en a payé le prix. Longtemps ses clichés sont restés dans l’oubli. Quittant leurs muselières certains critiques l’ont sorti de l’ombre et des galeristes leur ont emboîté le pas. Désormais les voiles prennent le large et les noires sœurs entrent dans le désordre. Comme Jupiter ; le voyeur est avec Callisto. Mais Cupidon en n’est pas responsable. L'angoisse et le bannissement sont là où tout est possible. Et il n'est jusqu'à des religieuses à cueillir des pénis sur des arbres à phallus.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Molinier, « Vertigo », du 29 mars au 19 mai 2018, Galerie Gaillard, Paris.

14:46 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)