gruyeresuisse

22/01/2019

Mariken Wessels entre fascination et répulsion

Wessels.jpgMariken Wessels est obsédée par le poids; les rotondités. Nul ne peut dire si de telles formes la repoussent ou la fascinent. Les deux sans doute. Comme le prouve la première représentation de son nouveau projet "Arising from the Ground" composé de photographies et de sculptures. Le corps ne laisse pas son simulacre derrière lui il pèse de sa masse portée par la fatigue qui le conduit vers le calme.

Wessels 3.jpgLe titre de la série vient du photographe Eadweard Muybridge qui étudia le déplacement des hommes et des animaux. Les sculptures ont été réalisées à l'European Ceramic Workcentre (EKWC) en s'inspirant des femmes obèses photographiées par Muybridge lorsqu'elles tentaient de se lever (‘Nude woman arising from the ground" 1885). Les modèle d'hier ou d'aujourd'hui sont obligées de vivre au ralenti.

Wessels 2.jpgQu'essaye d'éclaircir Mariken. Wessels ? Fascinée par la qualité animale et scénique du corps en mouvement spécialement lorsqu'il est volumineux voire démesuré l'artiste non seulement le modèle : elle le photographie de manière sous-marine pour un étudier le mouvement et les formes. Reste toute l'ambiguité d'une regard quasi anorexique face à ce qui reste son absolu contraire. Ce que l'artiste tente de montrer est peut-être le rêve d'atteindre un point de fuite face à ce qui la charme et la terrorise.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mariken Wessels Expo Solo. The Ravestijn Gallery, Rotterdam du 7 au 10 février 2019.

21/01/2019

Frérécic Aquaviva : Isidore Isou l'oublié

 

Isou.jpgFrédéric Acquaviva, "Isidore Isou", Editions du Griffon, Neuchatel, 2019.

 

Trop méconnu par rapport à Dada, au futurisme et au surréalisme, le Lettrisme reste un mouvement majeur. Avec son chef de file Isidore Isou, grand oublié de l'histoire de l'art, une certaine poésie mourait parce que soudain elle fut démentie par une autre recherche. L'auteur d'origine roumaine la porta sur des fonds baptismaux. Hélas elle fut oubliée longtemps au détriment d'une “poésiequette” : celle-ci continue en servante en employant non seulement les vieux moules mais aussi les vieilles manières d’envisager le langage comme pour perpétuer un patrimoine littéraire littéral.

Isou 2.jpgIsou ajouta néanmoins  un autre visage à la poésie. Ou plutot il la remplaça par ce  qui fut pris  pour la déclamation et la musicalité de la poésie théâtralisée. Certes ces deux éléments ajoutent des gammes inédites propres à enrichir la poésie et épuiser une certaine façon de l’envisager.  Toutefois le lettrisme ne voulait exister que pour faire le ménage et s'effacer.

 

Isou 3.jpgCela se produisit. Mais pas comme Isou l'entendait. Le créateur est pratiquement gommé de l'histoire littéraire au profit ou au détriment d’une poésie moins rebelle aux canons classiques. Isou n’a donc pu casser que de manière provisoire les valeurs stables de ce qu’il nommait la “mélodie sèche” de la poésie habituelle. Mais cet essai lui rend ce qui lui revient. Frédéric Acquaviva a travaillé avec lui les dix dernières années de sa vie et fut avec Bernard Blistène le responsable de plus importante rétrospective sur le Lettrisme. Le livre remet les pendules du Lettrisme à l'heure et surtout le sort de "l'enfer" où elles demeuraient cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/01/2019

Marcia Hafif et les enjeux de l'art

Halif bon.jpgMarcia Hafif, "Inventaire", Mamco, Genève, du 27 février au 5 mai 2019.

Le 1er janvier 1972, Marcia Hafif fait - sans le savoir ou presque - un dessin emblématique. Il va devenir la base de son travail : une série de marques verticales commencées en haut à gauche au crayon  envahit progressivement tout l'espace. Elle déplace ensuite cette même technique en un autre support et en couleur. C'est pour elle le premier "pas du pas" afin de se dégager d'une forme d'écriture et toucher la vibration de la peinture en tant que seule figure de la figure.

 

Halif 3.jpgLa Californienne, aprés avoir enseigné en primaire et fait des études d'histoire de l'art arrive à Los Angeles et travaille à la Ferus Gallery. Selon son historiographie, une exposition de Morandi la pousse à partir pour l'talie. Mais son intérêt pour la Renaissance, la mosaïque n'y est pas pour rien. Elle y réalise - sous l'influence de l'architecture, de la signalétique et même ce Cinecitta 500 peintures, collages, sérigraphies dessins qu'elle "oublia" pendant trente ans avant qu'ils soient présentés au Mamco (entre autres) au début du nouverau millénaire.

Halif.jpgTout ce travail annonce se monochromes qu'elle définit comme des « peintures à une seule figure ». Sa peinture non-figurative plus qu'abstraite prend ses motifs dans le réel. Ils sont réinvestis selon une esthétique pop ou selon des coloris inspirés souvent par l'architecture de diverses villes. Elle devient une des artistes qui soulignent les mutations plastiques de l'art. "Inventaire" permet de suivre l'oeuvre en son épopée plastique.

Jean-Paul Gavard-Perret