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06/11/2016

Lucas Olivet : in extenso

 

Olivet bon.pngLucas Olivet, « Black Water Ballad », JB Editions, Genève, 2016.

Lancement du livre au Centre Culture Suisse de Paris le 9 novembre 2016.

 

 

 

 


Olivet bon 3.jpgLucas Olivet quoique né à Vevey a souvent passé ses vacances et se rend toujours au Canada. Entre autre autour du Lac Noir près de Wentworth. Son livre (qui fait suite à son exposition sous le même titre) propose un véritable huis-clos dans un cadre de nature où l’être humain est confronté au domaine aquatique. Il y éprouve un rapport avec une spiritualité tacite.

Choisissant l’argentique le photographe capte ses images depuis le bord du lac ou sur un canot afin de proposer une proximité sobre, pacifiée et parfois (souvent même) mystérieuse sous forme de "narrations" en suspens. Chaque œuvre regorge d'une troublante curiosité dans sa précision de détails puisque rien n’est laissé au hasard.

Olivet bon 2.pngDe tels espaces-temps fascinent. Dégagé du piège d’un halo sentimental, une matérialité physique se découvre. Là où le paysage se fait étrange surgissent sourdement et comme en demi-teinte, corps ou objets. Existe un coulis lumineux subtile et prégnant propre à la méditation. N’est-ce pas là une manière de saisir de l'infiniment grand par un petit coin de nature ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/11/2016

Baptiste Oberson et le concept du livre

Oberson 2.jpgBaptiste Oberson, « Avenir / Savonnerie », Editions Tsar, Espace TILT, 3 rue neuve, 1020 Renens, ratscollectif.ch

Batiste Oberon crée des livres étranges en associant une feuille d’emprunt avec un dessin. Il estime qu'un ouvrage découvert offre de meilleures possibilités pour trouver la page idéale. Afin de la chercher il parcourut les librairies d'occasions et autres brocantes avant de ressentir une nausée face à tout ce qui s’édite et ce qui s’entasse. Ce qu’il avait déjà emmagasiné dans l’atelier lui suffit désormais. Il y trouve des volumes qui lui parlent par leur gamme de noir et blanc ou de couleurs.

Oberson.jpgLe concept de livre en est renversé. Les montages deviennent une envie de voir ce qui semble « possible en provoquant directement le contenu du livre par sa mise en forme. » Les dessins sans sujet apparent (a priori) permettent de tester comment taches et traits fictionnent, frictionnent et désormais savonnent chaque ouvrage. « Avenir / Savonnerie » est le plus récent état de ce qu’il nomme « opus incertum » en hommage à d’autres ouvrage irréguliers : « les murs érigés dans la Rome antique par empilage de pierres non-taillées sur du mortier ». Certes cette ambition elle-même reste un travail de déceptivité : les dessins que l’auteur estime « médiocres » ne donnent pas plus que ce qu’ils sont. Mais néanmoins si une image cohérente est divisée elle demeure ouvrage à part entière dont il faut admirer la structure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

03/11/2016

Silvia Bächli : nouvelles donnes

Bachli.jpgSilvia Bächli, Skopia, Genève, du 12 novembre au 23 décembre .


Travaillant toujours avec un minimum d’entraves et de contraintes afin de s’ouvrir à la surprise Silvia Bächli donne à ses œuvres minimalistes par différentes couleurs un autre ton. Ce sont comme de nouveaux instruments dans son orchestre ou un chant à plusieurs voix au moment même où les traits plutôt que de signifier leurs propres arrêts semblent se perdre dans l’étendue du support.

Jaillissent un silence, voire un humour décalé. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli qui reste une feuille qui se détache d’un arbre et que l’arbre oublie. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte comme l’arbre a besoin d’oublier ses feuilles afin qu’une douceur remonte, l’envahisse, renoue avec son cœur pour des renaissances au prochain printemps.

Bächli 2.jpgChaque fois l’artiste cherche à flairer les traces qui se rêvent sans qu'il soit possible de leur donner un nom. Créer est donc un processus ludique de mémorisation, d’invention et de sélection. Quelque chose, ignoré auparavant, fait surface. A coup de rythmes et de répétitions, la langue plastique glisse, dérape vers de nouveaux champs afin d’embrasser l’univers. C’est une manière de trouver juste une image mais une image juste.

Jean-Paul Gavard-Perret