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02/11/2013

Ariane Laroux au fil des jours : poétique de l'attente

 

LAROUX.jpg Ariane Laroux, « Paysages Urbains »,  Editions de l’Âge d’Homme., Lausanne, 2013,  39.00 €

Ariane Laroux, « Paysages Urbain,  Europe – Chine : Exposition personnelle », galerie Red Zone, 40 rue des Bains, du 9 novembre au 23 décembre 2013

 

 

Pour « embrasser » le réel Ariane Laroux développe une stratégie particulière fruit d’une maîtrise consommée et impressionnante : elle peint, dessine, et grave directement sans de croquis préalable et sans modifier le geste premier. Sur le support surgit un assemblage toujours frappant où coexistent le plein et le vide : le blanc permet au trait et à la couleur de vibrer comme sur une mer. Chaque oeuvre devient donc un espace où le diaphane prend un rôle particulier et donne l’impression au regardeur d’entrer dans la toile. Fasciné il « entend » autant qu’il voit les courbes et les lignes en une sorte de poétique du surgissement et de l’attente.

 

Le voyage est constant : qu’il soit extra ou intra muros. On y découvre des architectures deParis, Londres, Berlin, Amsterdam, Bruxelles, Milan, Venise comme de Genève, Bâle, Zurich, Berne, Bienne, Lausanne, Fribourg, Chandolin, Gruyère, etc.  On retrouve théâtres et lieux publics. Brefs des espaces de rencontre et d’échange, de transbordements et de noeuds. En particulier les gares. La créatrice les affectionne particulièrement car elles symbolisent mobilité humaine et le mouvement. Ariane Laroux les anime non de manière réaliste mais selon une architecture utopique.

 

LAROUX 2.jpgPour autant elle ne commet pas l’erreur de certains peintres : ceux qui se prennent pour des métaphysiciens comme si l'art plastique devenait une science. Elle chercherait ses preuves non en son dedans mais au dehors.  Ils font de la peinture une “ vue de l’esprit ”. A l’inverse Ariane Laroux  développe l’esprit par la vue : l’art est pour elle affaire de lignes, d’affects, de couleurs  mise sous tension. Elle  n'est donc pas une métaphysicienne ratée mais une véritable poétesse. Elle réussit enaérant ses paysages d'une intensité paradoxale. Il y a là l’éveil des eaux dormantes :  éveil étrange car fait d’ouvertures mais aussi de retenues. L’œuvre devient charge et décharge. On peut la résumer par la volonté de faire le vide de ce qui est sans importance afin de ne laisser apparaître  que des lignes essentielles forées dans le silence et dans le bruit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

01/11/2013

Les jeux de Fréchette

fréchette.jpgMarie Fréchette, "Les oiseaux de plomb", Galerie Turestski, Genève, Novembre 2013 

 

Marie Fréchette est une artiste rare. Elle vit est travaille à Genève et au Québec dans une exigence rare. Soucieuse de perfection ses expositions sont toujours une surprise. Ses recherches sur l’imagerie de l’oiseau se poursuivent depuis plus de 20 ans et il fait suite à ses interrogations suer les mammifères marins. Toutefois l’artiste ne se réfère pas simplement à une vision ornithologique ou naturaliste mais bien plus à une réflexion sur les conditions de l’art et la question de l’être.

 

Après avoir renoncé à travailler la matière suite à l’incendie de son atelier elle est retournée à la photographie avant de reprendre la matière et à sa forgerie. Renouant avec le plomb en 2007 elle crée son premier envol d’oiseaux dessiné à même le mur à l’intérieur de contours rectangulaires. Deux dispositifs se sont alors imposés d’eux-mêmes : montrer les oiseaux selon une forme géométrique simple et présenter des suites de chorégraphies des mouvements migratoires des volatiles symboles des migrations de l’être.

 

Dans l’exposition se succèdent des flux d’oiseaux. Ils coulent, montent, descendent. Ils deviennent selon l’artiste « l’image d’un désir viscéral de liberté voluptueuse ». Néanmoins la volupté reste des plus pudiques. Elle est le fait de mouvements et d’assemblages en une diaphanéité de flots atmosphériques. Ils fixent des mouvements mais conservent la puissance de l’envol. La narration se transforme en poésie de l’insaisissable. Traces, images, empreintes viennent retourner le paysage et la vision ornithologique. Abstractif car moins figuratif qu’il n’y paraît ce travail offre jusqu’à la nature même un transfert par sa faune vers la condition humaine.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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31/10/2013

Les années de Plonk (et Replonk)

 

 

plonk 2.jpgReconnus d’inutilité publique (dixit les deux artistes) Plonk et Replonk clouent le bec aux mots et  images vampires en arpentant leur devenir illusoirement  intraitable par l’humour et la farce.  Ils empêchent le monde de grandir tel qu’il s’affiche. Tous ceux qui se gargarisent de galimatias et d’icônes parfaites sans s’éclaircir les idées trouvent la une bonne leçon. Dans des images faussement surannées  (par exemple un cycliste postier vient remettre sur la lune un télégramme de félicitation de Madame Pompidou à Monsieur Amstrong le 21.7.69)  les des deux frères Froidevaux de La Chaux de Fonds décalent le monde dans un parfait esprit dadaïste. Exprimant des choses qui apparemment sont nonsensiques,  mots et images soulèvent des questions qu’on n’imagine même pas se poser.

 

plonk 3.pngDans leur effervescence les oeuvres libèrent des bulles. Elles marchent sur les eaux, remontent à leur source. Et si mots et images deviennent fous ce n’est jamais ici sans raison. Une poésie drolatique  s’incarne sous effet sépia. Mais c’est l’avenir qui advient. Plonk et Replonk dans leur Pink-Ponk punk aèrent tout ce qui s’étiole en ce qu’on présente ailleurs comme des évidences. Soudain les mots ne sont plus des anges : ils se font « bêtes ». Quant aux images elles proposent de bons cours d’inconduite. Le tout dans la perspective d’un espoir insensé : celui de ne plus laisser s’échouer tout langage dans la débâcle de la normalité. Celui aussi que tout ne coule plus de source. A cette aune la pensée peut redevenir limpide et la vie ne se perd plus. Ne croyant plus au dieu du bon sens de telles œuvres recommencent à croire (un peu) en l’homme là où apparemment les Froidevaux lui font perdre pied.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

« Plonk et Replonk se plankent », Musée de la Poste, Paris jusqu’à la fin de l’année.

« Calendrier 2014 », disponible sur le site des artistes.

Plonk et Replonk, « De Zéro à Z », Editions Hoebeke, 2013.