gruyeresuisse

02/11/2016

Peter Knapp entre humour et érotisme

Knapp 4.jpgPeter Knapp, « Bleus, entre l’écume et les cieux », du 20 octobre au 27 novembre 2016, exposition de plein air, sur la plage de Deauville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Knapp.jpgLe festival de créations photographiques Planche(s) Contact présente cette année et entre autres une rétrospective des photographies de mode de Peter Knapp, réalisées à Deauville dans les années 1970. Pour les campagnes de Courrèges comme pour les commandes des magazines Elle ou Stern, les fameuse « planches » de Deauville, sa digue immortalisée par Lelouch, les Bains pompéiens et la plage ont fourni à Knapp des décors en corrélation avec son univers graphique, géométrique et coloré. Une installation monumentale sur la plage met en correspondance ces photographies et la série des monochromes bleus.

Knapp 2.jpgCelui qui est devenu le maître d’une créativité chic et inventive s’offre ici une ère de repos ludique. On ne sait si celui qui affirmait lors d’un ouvrage beaucoup plus tragique (l’illustration du livre de Jorge Semprun sur les camps de la mort « L’écriture ou la vie » : « Dans le fond, je suis artiste, mais au cours des dernières années je suis devenu, emballeur, déballeur, livreur, transporteur, voyageur et touriste. Je n’ai quasiment rien fait de nouveau, si ce n’est une ou deux petites choses qui m’ont satisfait », sera satisfait par cet hommage de Deauville. Toujours est-il que la photographie - même si elle est de commande - ne bâcle pas les données de la création au sens plein du terme.

Knapp 3.jpgDans le bain normand de révélation une confrontation agissante a lieu. Comme Jupiter le voyeur est avec Callisto mais ce n'est pas forcément Cupidon créateur du transfert, qui en est responsable. L'érotisme n'y est pas purement "ornemental". Et même si la fièvre acheteuse reste le propos implicite de telles photographies, Knapp crée néanmoins une distance entre son sujet et le voyeur. Les modèles brouillent les cartes admises des lois marketing pour pénétrer l'inconscient sans pour autant le guider uniquement vers la marchandise.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/11/2016

Felix Studinka : abstraction, reprise et métamorphose.

 

Studinka 2.jpgFelix Studinka, “Peintures et dessins”, Galerie Ligne Treize, Carouge, du 5 au 30 novembre 2016.

Dans les années 10 et 20 du siècle dernier la puissance de l'abstraction a extrait la peinture d'une multitude d'informations et du fouillis visuel. Cent ans plus tard, la nouvelle vision proposée par Felix Studinka - digne héritier des abstracteurs zurichois - la renouvelle. Là où jouaient une forme de sérieux et de gravité voire de tragique, le jeune artiste introduit légèreté, fantaisie, alacrité.

Studinka.pngL’abstraction prend un nouveau visage ou plutôt s’y invente une paradoxale « dévisagéité » de ce qu’elle est afin de la laisser plus libre. L’éther vague n’appelle plus forcément la métaphysique mais un simple plaisir formel sans pour autant remiser la peinture au statut de décoration. Il faut imaginer Félix heureux. Entre autre de faire partager une vision qui jouxte l’éphémère en offrant une ouverture des horizons picturaux selon des suites de variations qui - à l’inverse des Goldberg - ignorent la mélancolie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

31/10/2016

Valentin Carron : dépositions


Carron.jpgValentin Carron, « Deux épaisseurs un coin », Centre d'Edition Contemporaine, Genève, du 16 septembre au 26 novembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carron 2.pngValentin Carron joue du décalage des éléments de la culture populaire et muséale, du quotidien et même des médiums qu’il choisit. Cassant le décoratif - mais pour le remonter autrement - il propose une ironie faite de beauté et d’un brin de nostalgie. C’est habile et efficace. Au CEC il présente deux travaux inédits : « L’Exercice » film et « Sunset Punta Cana » (édition d’un livre accompagnée de « Deux épaisseurs un coin », sculpture issue d’une série de plaque de bronze. L’ensemble se compose de ce qui est à la fois exemplaire unique et la partie d’une série : ce qui sous-entend une absence.

Carron 3.jpgLe film (pas d’une marche sans fin en une sorte de néant), la reproduction d’une couverture de livre (soleil couchant) et la plaque (avec rebuts insérés dans le bronze sous formes de reliques) créent les portions d’une narration. Elle demeure ouverte à partir de tout ce qui est sensé appartenir à l’oubli. Reste le « coin » d’un et en manque. L’œuvre d'un des plus prometteurs artistes non seulement suisses  mais internationaux creuse autant l’attente que l’inachèvement pour leur dépassement en une forme d’huis-clos. La pensée s'y sent soudain poussée plus loi, hors d’un monde magique et pour l’avènement de celui où rien n'est jamais fini, où les pensées qu'on croyait mortes (avec le temps) persistent et où celles qu'on croyait incompatibles se mélangent.

J-Paul Gavard-Perret