gruyeresuisse

26/04/2020

Hansruedi Rohrer : le visible et l'invisible

Roher 3.jpgHansruedi Rohrer est un photographe des plus délicats dont les oeuvres retracent autant la beauté des paysages que le mystère de scènes plus intimes où l'animal remplace l'humain en des jeux de miroirs. Mais il est tout autant capable de dépasser encore plus le regard dans des prises "abstraites". Le réel perd sa réalité d’apparence. Les surfaces sont renvoyées à des états de méconnaissance. Elles se trouvent atteintes par une turbulence et une vague de connaissances intempestives. Elles deviennent les preuves que tout cliché peut offrir une épreuve de vérité différente de ce que l'on croit.

Roher 2.jpgExiste la présence d'architectures naturelles ou créées par la main de l'homme. S'engage de la sorte divers dialogues entre le dehors et le dedans, l'intime et le cosmique, l'immensité ou le microcosmique pour illustrer la beauté et la fragilité d'une série d'entrelacs. Chaque tirage accentue les lignes de force des édifices : mais le noir et blanc crée un trouble conséquent en des reconstructions aussi sensibles qu’intelligentes.

 

 

Roher.jpgUne telle poétique de l'image sublime l’intensité d’attention. De telles visions sont capables de bouleverser notre perception là où l'épaisseur du réel est comme déplacé. L'oeuvre entraine une réflexion sur l’espace urbain en proposant des interfaces à l’extérieur (façades, paysages de montagnes) comme à l’intérieur. L’artiste s’empare des volumes dans ses jeux d'ombres et de lumière. Ils redéfinissent les espaces avec une grande subtilité et provoquent un moyen de changer le lieu tel qu'il se définit grâce à la photographie.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.hr-rohrer.ch/

25/04/2020

Remède à la mélancolie : Jean-Marc Scanreigh

Scanreigh 4.pngJean-Marc Scanreigh sait retenir des morceaux de corps et les dégager de leurs enveloppes de pauvres errants statiques plantés dans le paysage. Il offre au regardeur le pouvoir de remonter le temps vers des mythes inconnus en creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Scanreigh 2.pngL'espace - fécond et déchiqueté - est fendu de "crucifiés" ou d'animaux de nouvelles espèces. Ils n’ont peut-être rien à dire mais encore beaucoup à montrer. Il s’agit une fois de plus de penser l’être non en "omission" mais en  actions (parfois subies)  dans les palettes colorées et complexes et des lignes où tout s'agite selon de nouvelles façons de s’envoyer en l’air.

Scanareigh.jpgEst-ce le signal pour renoncer à la terre pour retrouver le ciel ? Pas forcément car l'oeuvre peut se lire de bien d'autres façons. De telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs «fruits» ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent.

Scanreigh 3.pngLes personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage dans les caprices du temps là où les hautes eaux semblent baliser l’espace. Pour leur échapper  il semblerait propice de sortir les épuisettes et aller pêcher la crevette. Mais Scanreigh préfère le tir de foire. Rocambolesques ses images font leurs tours de piste en des cirques improbables..

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Marc Scanreigh, "Frontière Noire" (avec Sylvain Cavaillès), Editions Mémoire Active, 2020, 15 E., "L'avaleur avalé" (avec Armand Dupuy), Editions Le Réalgar, 2020, 14 E. "Petites pièces en sous-sol", Librairie Pierre Barvo Gala, Paris, exposition du 14 au 24 mai 2020;

23/04/2020

Redécouvrir AMI

Ami.pngAnne-Marie Imhoof, dite AMI (1922_2014) fut une artiste impressionnante. Elle développa une poésie plastique prégnante dès son enfance nourrie par la musique (piano, violoncelle, chant), la couture et le dessin de mode. Elle connut ses premiers contacts avec la peinture dans l’atelier de sa tante Dora Lauterburg puis grâce son oncle Martin Lauterburg qui rentre de Paris avec ses tableaux  à l’aube de la guerre. Elle fit ensuite des rencontres déterminantes et entama ses premières oeuvres avec ses dessins de mode et dessins académiques au milieu des années 40. Elle réalisa ensuite ses premiers autoportraits et paysages autour du Lac de Neuchâtel. A genève elle devient l'amie de plusieurs artistes : Hans Berger, Emile Bressler, Jakob Probst et de nombreux artistes genevois et français.

Nus et natures mortes  de la créatrice prouvent combien son expression  fut libre, indépendante. C'était déjà une manière d'aborder le féminisme pour dégager le corps des femmes de certaines limites et normes. Ses nus aboutissent à une distillation qui dépasse les frontières classiques de la rationalité picturale discursive et ses schémas trompeurs car réducteurs. L'artiste ouvrit de nouvelles voies dont a hérité sa fille  Barbara Polla. Par ses diverses activités elle poursuit les possibilités que sa mère offrit en sa poésie picturale de la présence absolue. Et  la première de préciser : "je regarde le monde, comme elle. Elle est dans mon dos, je n’ai pas besoin de la regarder. Elle ne me regarde pas non plus. Je vis ma vie, dans ce tableau. Je peux en sortir quand je veux. Dans son tableau de femme-mère-artiste-libre, elle m’offre la liberté d’aller ailleurs, loin d’elle, dans cet espace de liberté qu’elle regarde pourtant. Toute oeuvre d’art est un autoportrait".

 

Jean-Paul Gavard-Perret