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27/09/2017

Sophie Bouvier Ausländer : ciel et surface

Auslander.jpgSophie Bouvier Ausländer vient de recevoir le Grand Prix2017 de la Fondation Vaudoise pour la culture. C’est plus que mérité. L’artiste reprend le monde à sa main. Elle le plie, le froisse le défait selon diverses échelles et métamorphoses. Carte et territoire ne font qu’un sur le papier transformé par la paraffine en peau. S’y posent des bulles étranges où parfois cartes, lettres, horaires et autres matériaux créent par associations des halos où les apparences se dérobent. Elles tombent vers le ciel et nul ne peut les rattraper.

 

 

Ausalnder 3.jpgPlus que les sphères de Monk ; celles de Sophie et de son monde invitent à l’exil là où l’étendue menace de revenir au centre étrangler son élan. Investissant les lieux où les hommes guerroient, ensemencent la mort, soudain les rois auréolés de glaire tombent de leurs sièges. Restent d’étranges déserts. Le langage plastique y reprend tout son sens.

Auslander 2.jpgL’artiste par son travail globalise le monde pour en trouver la clé. Aux théâtres d’ombre font place des taches de couleurs : le ciel passe sur la surface infime du sol. Et sous la peau des images courent des faces sans visage. Plus question de froncer la robe des chimères. L’art n’est là qu’épine de roses qui saignent. L’image devient suaire. Mais à la place de fantômes un air neuf s’y respire et le soulève.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Prochaine exposition de l’artiste à la galerie Heinzer-Reszler, Lausanne

Rania Matar : résistances

Rania Matar2.jpgRania Matar photographie des adolescentes sans qu’elle puisse être soupçonnée de la moindre équivoque. Dans un milieu arabe il s’agit néanmoins d’un acte de quasi résistance. Mais par ailleurs la créatrice est fascinée par cet âge de formation. Les filles qu’elle photographie au Liban possèdent l’âge des siennes. Elle a d’ailleurs saisi ces dernières dans ses séries « A Girl and Her Room » et « L'Enfant-Femme ».

 

Rania Matar.jpgEn une approche d’essence autobiographique, l’artiste crée des narrations différentielles pour monter combien la féminité est semblable dans les diverses cultures. Elle suggère la vulnérabilité, la fragilité, les doutes et la beauté de l’adolescence sans frontière et transforme la représentation des femmes du Moyen-Orient loin des « visions orientalistes enracinées dans l'inconscient collectif de l'Ouest » d’autant que « les problèmes dominants entourant les conflits, la guerre ou les femmes couvertes par les hijabs continuent de valider les stéréotypes »

Rania Matar 3.jpgLe Liban lui permet par ailleurs de traverser diverses communautés religieuses et économiques. Libanaise, américaine et palestinienne, la photographe donne une vision panoramique de son pays d’origine sans oublier les réfugiés palestiniens souvent ignorée et qui vivent dans des camps. Leurs filles d’une quatrième génération d’exclus est comparables aux filles plus favorisées. Plus qu’une autre l’artiste est sensible au langage du corps et du vêtement. Néanmoins existe dans ce travail un respect et une ode à l’être loin de tout effet de charme factice et racoleur : c’est pourquoi le seul ordre que l’artiste donne à ses modèles est de ne pas sourire. Par ce biais Rania Matar semble atteindre le cœur des personnages dont la photographie prolonge la pulsation.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’œuvre de l’artiste est actuellement visible entre autre à la « Biennale des photographes du monde arabe contemporain » de Paris du 13 septembre au 12 novembre 2017.

 

26/09/2017

Ilya Bukowski : poulpe fiction

Klepchenko 1.jpgAvec le top model Maria Klepchenko, Ilya Bukowski crée des images publicitaires mais bien plus. Un monde « sea, sex and sun » » est plein de chaleur et de marges de clairs-obscurs. Au corps se mêle le plus souvent en une lisière indécise le poulpe. Existe aussi des piments (ce qui pourrait sembler une redondance), des coquillages et parfois des bananes transformées en armes afin que la métaphore fruitée se retourne contre elle-même. Les ondes érotiques restent comme le modèle en une zone de flux et de reflux. Chaque photo mixe l’état d’éveil et de rêve là où les femmes semblent saisies d’une langueur ineffable.

Klepchenko 2.jpgLe voyeur y est soumis au piège des images, à leurs labyrinthes plus qu’à leurs évidences. Il est lui-même emporté à l’hôtel des songes. Tout demeure pourtant impénétrable. Chaque femme est prisonnière consentante de son propre « jeu ». Une inquiétude demeure présente. Comment l’apaiser ? Ce que le poulpe tient écarté mord en sourdine. L’image n’a rien d’une ombre passagère. Elle rapproche et éloigne. Et les éléments rapportés font figure de transfert plus ou moins symbolique. Souvent peu aguichant le mollusque n’a rien ici d’un suaire. Il caresse et sédimente celle qui, à genoux dans le sable ou telle Vénus retournant à la mer, va se mêler à l’ambre de certains « caches à l’eau ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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