gruyeresuisse

20/01/2014

Jérémie Gindre : légèreté de la roche et de l'art

 

 

 

 

 

 

Gindre.jpgJérémie Gindre, « Menhir Melon », Circuit, 9 av. de Montchoisi, Lausanne, jusqu'au 5 mars

 

 

 

Proche de l’art conceptuel Jérémie Gindre ne cesse de s’en affranchir à coup d’ailes d’oiseau. De vieilles pierres en anecdotes, le réel sous toutes ses formes dérive en décolleté plongeant sur ses abîmes. Lavis en rose ou presque tout chez l’artiste (et auteur) s’anime en fables corrosives. Gindre mixte le concept et l’humour comme le maçon mélange le sable et le ciment.  Le souffle ressemble parfois  à l’asphyxie mais le premier ne manque jamais pour faire de l’homme postmoderne autre qu’un être dépossédé. Avec  une merveilleuse fantaisie l’auteur exploite les évènements d’ordre rationnel pour les renverser dans une liberté totale. Sans complaisance envers le monde ou lui-même il déploie son travail contre les esthètes compassés afin de les délivrer de l’envoutement de la dimension « sacrée » de l’art. Il est toutefois moins tenté d’avilir les moyens d’expression plastique que de leur conférer une égale dignité. Cette volonté va de pair avec une scrupuleuse analyse du phénomène artistique ce qui l’amène à des découvertes et des inventions iconoclastes. L’énergie poétique s’y renouvelle loin de tout ce qui est désuet. L’artiste ne craint pas les erreurs, les ombres mais de chacune d’elles il tire des merveilles. Elles s’accumulent dans un certain désordre mais qu’importe. Le tout est de faire bouger les lignes de l’art jusque dans la scénographie des  modalités d’expositions. Comme deux autres genevois – Fabienne Radi et Izet Sheshivari –  Gindre prouve que l’iconoclastie reste une arme efficace lorsqu’elle est épreuve d’intelligence. Son bâteau ivre ne rend en rien ivrogne.

 

Elle reste inusable sauf si bien sûr, on ne s’en sert pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

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19/01/2014

Izet Sheshivari l’exorciste ou le livre avenir

 

 

sheshivari BON.jpgIzet Sheshivari, "Les livres dont vous n'êtes pas les héros", Boabooks, Genève.

 

 

Izet Sheshivari propose dans son coffret un  déplacement du concept "livre". L'objectif est de proposer une nouvelle confrontation communicante avec l'objet dont l'artiste propose quatre exemple. Le corps des livres devient proche et lointain dans une mise en scène drôle et intelligente. Avec  "The Getaway" le texte est présenté uniquement dans l'en-tête et le pied de page. Le reste de la page demeure vierge. Dans "Macadam Cow-Boy" l'image est mise à mal au moyen d'un jeu de feuilletage qui la tire de ses fers. Textes et icônes échappent au regard pour mieux le forcer par des stratégies obsédantes et fascinantes.  Advient une apparente chute de la perception au moment où on ne peut plus lui échapper. Rien ne sert de résister, la lecture devient une conduite forcée afin de savourer  dans l'écart la substance même de l'intimité textuelle et iconographique.   L'histoire n'existe presque plus, l'image idem là où le vide impose un nouveau pacte de lecture. Le support  pousse au précipité. De douceur en abyme,  de fragments en lacunes, le lecteur glisse en divers écarts.  D'antre,  hymen, membrane le livre devient un puzzle. Il annihile le chemin de la crédulité et du respect qu'on lui accorde. Sheshiravi détruit l'absurdité qui entoure un objet devenu religieux par l'accoutumance pluri centenaires qu'on lui a accordé. Il le nettoie de son auréole magique non pour le perdre mais l'encourager à de nouvelles hardiesses. Bref par ses exorcismes il le sort de son lent calvaire qui se termine devant une sépulture vide comme l'imaginaient les iconoclastes qui espéraient pour un tel support une fin plus juste. De Georges de Cappadoce aux Dadaïstes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

17/01/2014

Homme sweet homme

 

sexe faible.jpg«  Le sexe faible – nouvelles images de l’homme dans l’art », Musée des Beaux-Arts de Berne, Hodlerstrasse 12, Berne

 

 

 

Le Musée des Beaux-Arts de Berne propose une exposition majeure : l’homme hétérosexuel occidental y est expertisé par une trentaine d’artistes de premier plan. Bas Jan Ader, Luc Andrié, Valie Export,  Jürgen Klauke, Sarah Lucas,  Urs Lüthi, Sylvia Sleigh, Silvie Zürcher entre autres instruisent leur décapage à travers peintures, dessins, photographies, films, vidéos, sculptures et installations-performances. La représentation de l’essence du masculin illustre la faiblesse du sexe dit fort et met au grand jour ce que la société - faite par les hommes et pour eux - tentait jusque là de cacher. Les mâles sont penauds, angoissés, en pleurs. Leur émotivité est scénarisée comme est érotisé leur corps réduit à un objet de désir.

 

La masculinité se conçoit sous un plus juste miroir que celui de la pureté grecque. L'homme est parfois Narcisse mélancolique. Il sait sa rencontre avec lui-même impossible, son seuil infranchissable. Il accouche autant de son porc que de sa vulnérabilité. Celui qui s'autoproclamait sûr de sa force et comme émanation d'un éther est soudain habité de miasmes. Renonçant à l'élévation par le haut et à la référence aux anges l'exposition fait exploser les scènes de genre où le masculin se lovait. Elle montre ce qui fait  la débauche,  la pusillanimité, l’absence de vertu comme la fragilité du mâle. Ce dépouillement n'est pas faite pour le culpabiliser mais afin de "re-sexualiser" le concept d'" homme ” en affrontant jusqu’au bout son animalité comme la maladie de son idéalité. Le mâle est montré loin de sa propre chimère. La femme n'a plus à lui demander - telle Madame Edwarda de Bataille au bordel  : «Regarde ma fente parce que je suis ton Dieu". Plus qu'une autre elle sait que tout n'est pas bon dans le porc qu'il faut parfois materner mais souvent mettre devant sa vérité. Cochon qui s'en dédit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret