gruyeresuisse

29/01/2017

Lady Skollie : tout ce qui reste

Skollo 2.jpgLe trajet de l’œuvre de la Sud-Africaine Lady Skollie obéit à un dessein. Les ogives qui en jaillissent ont des valeurs symboliques. Il en va de même pour les fesses et les mamelles peintes de manière volontairement « naïves » en hommage aux œuvres de son ethnie d’origine (les Khois) et qui avant d’être réduite à 100 000 individus fut la plus important de la terre.

Skollo.jpgDes chatoiements violents provoquent l’œil afin de s’opposer à la formule de Léonard qui voulait que la peinture fût « parete di vetro », obstacle transparent, cloison que les yeux et l’esprit traversent doucement. L’œuvre de Lady Skollie est à l’inverse un mur de caverne. L’artiste se moque de l’herméneutique savante pour se cogner fort selon une littéralité néanmoins poétique. Les surfaces colorées, simplifiées en aplats monochromes juxtaposés tendent vers l’abstraction ou une symbolique en rien décorative. Il ne s’agit pas de raffiner la figure.

Skollo 3.jpgLes formes rudes, évocatrices de la femme « animalisée » à dessein ne la réduisent pas à la bête mais lui apprennnent à se défendre. Dans des formes esquissées n’existe aucune complaisance érotique : juste un peu d’humour contre les mâles et leurs appétits qui ne portent pas moindre attention pour leur partenaire. La peinture de Lady Skollie est dure. Elle ne fait pas dans le détail : elle cogne et les couleurs résonnent. Face à l’impossible humanité ? Un peu sans doute. Certainement même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lady Skollie’s “Lust Politics” jusqu’au 4 mars, Tyburn Gallery, Londres.

26/01/2017

Franco Fontana : attention danger


Fontana 4.jpgNé en 1933 et toujours sur le tarmac depuis 1961, Franco Fontana est considéré comme l'inventeur de « concept photographique en ligne » et reste surtout connu pour ses paysages "abstraits" en couleurs intenses. Avec sa série "Swimming Pool" il repasse une nouvelle fois du paysage au nu avec goût du jeu et par la curiosité amusée pour les "déformations" qu'il propose.

Fontana 3.jpgIl fait jouer le réel et le virtuel dans une thématique d’une présence distanciée par effet de mise en scène au moment où l’art devient un instrument d'extraction de l'apparence à partir de la forme en reliant abstraction et figuration. Par exosquelettes, la présence physique est dédoublée en image-objet : La matière corporelle devient un cristal et emblème. Les femmes se transforment en « spect- agents » dotées d'une autre vie, passive et muséale. Mais Fontana semble nous rappeler de nous méfier de l'eau qui dort et surtout de celles qui sont dedans.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16:30 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

25/01/2017

Ivan Moscatelli : Dards et étants d’art

 

Moscatelli 2.jpgIvan Moscatelli, « Les Manifestants », Editions du Griffon, 45 CHF, 2017, Neuchâtel,

"Strass, paillettes, amours et calicots? Moscatelli se manifeste et manifeste", Galerie du Griffon du 10 février au 11 mars 2017. 

 

Celui qui aime à se nommer « communiste italien », dans la droite ligne d’un autre suisse Ben Vautier, joue de l’art du concept propre à Fluxus pour donner des coups de pieds dans la fourmilière romande et humaine. Ses « manifestants » poursuivent la logique de son travail. Il s’agit de secouer la passivité par la provocation et le goût des slogans comme des images fortes. Droits comme des i, ses phallus au garde à vous singent la prétention virile. Le premier degré est rehaussé vers un jeu à la fois plus drôle plus et sérieux. La comédie humaine est mise en tous ses états par les éjaculations programmatiques.

Moscatelli 6.jpgL’effet totem renvoie à une pluralité de catégories et revendications sociales, politiques ou de genres et de pratiques. Une homogénéisation à lieu au milieu de ce cortège mis sur orbite (si l’on peut dire). Les récriminations sont multiples, humoristiques, naturelles, caustiques. Elles décalent la « vulgarité » que certains pourraient regretter (à tord) dans l’incarnation de tels manifestants à dimension irénique et paradoxalement abstraite puisque, dans leur diversité, les manifestants sont plus ou moins les mêmes : on les oublie pour ne retenir que leurs messages et tablatures.

Moscatelli.png

 

 

En rien satyres ces clones célestes rappellent à l’homme le peu qu’il est. Une ( inavouable ?) communauté est proposée. Et si Moscatelli joue du membre dit viril c’est pour rendre la vie plus vive. Il ne s’agit pas d’admirer un dieu  mais de venir à bout de bien des certitudes admises.

Jean-Paul Gavard-Perret