gruyeresuisse

09/12/2017

Dans la lumière du réel : Roberta Mongardi

Mongardi 3.jpgAux fantasmes Roberta Mongardi préfère la réalité. Son esthétique le prouve. A l'irrationnel des marchands de rêve et sans jouer de la dérision (bien au contraire) elle impose une magie particulière. A l'improbable elle préfère le réel qui à mesure que le monde avance, recule sous le coup des boutoirs des nouvelles technologies. L'existence et la romance ne font ici pas bon ménage. Dans des photos fractales et des polyptiques signifiants les femmes ne sont plus offertes sur un plateau d'argent. Et c'est pour cela qu'elles sont "aimables".

 

 

Mongardi 2.jpgL’œuvre est un chant de la féminité. Indifférents à la narrativité psychologique, les corps rayonnent ici de leurs imperfections, de leurs poses composées à dessein comme maladroites ou roides. Quittant les lois publicitaires académiques, les photographies créent un épanouissement particulier. De manière traversière, intime et engagée Roberta Mongardi au sein même de la fixité des prises, sort de l’engourdissement que le marketing impose. Transparait insidieusement une méditation sur l'indicible sournois qu'il fomente insidieusement.


Jean-Paul Gavard-Perret

Judie Bamber : le très proche et le lointain

Bamber bon.jpgJudie Bamber crée dessins et peintures à partir de sources photographiques en passant d’images génitales ou de sex-toys à des paysages marins impressionnants par leur minimalisme monochrome. De 2005à 2014 elle a travaillé sur le projet « Are You My Mother? » où elle a recomposé en lavis ou dessins des poses érotiques tirés des Polaroids que son père avait pris de sa mère dans les années 60 - époque de la naissance de l’artiste.

Bamber.jpgInstallée à Los Angeles, Judie Bamber explore les thème du genre, de la sexualité lesbiennne, du temps et de la mémoire. Parfois presque nubiles et innocentes (si ce n’était ce qui les travestit) ses personnages mais tout autant ses natures mortes et paysages semblent des carapaces qui les rendent inaccessibles. Nul marin ne s’aviserait de les faire grimper à son mat de cocagne. Car les mouettes sont moqueuses. Du blanc brode leur robe. Mais de telles Vénus écrasent tels des avortons les Ken qui bandent leurs muscles. Elles ont d’autres chattes à fouetter et savent que sous la mâle enjôleur se cache le principe du ménage et de la machine à laver.

Bamber 2.jpgJulie Bamber préfère les fleurs dont les pétales ont une chair blonde. Elles sortent d’où les serpents ont planté une semence, mais elles n’y retourneront pas. Le diable avec sa fourche et ses oreilles acérées devient une langue des brebis ou un coquillage sur Venice Beach. L’œuvre dans son minimalisme narratif et optique est incroyablement puissante. Les objets deviennent des principes d’équivalence. La naïade, aux maîtres nageurs, préfèrent les sirènes de cérémonies plus douces et secrètes sans que jamais l’œuvre ne régresse à une simple théorie du genre. Seul l’art fait résistance par effet de poésie radicale qui ignore le repli.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/12/2017

La légèreté de l’être : Luciana Pampalone

Pampalone 3.jpgLes photos de mode de Luciana Pampalone dépassent très largement le simple cadre marketing. Mannequins, accessoires, mises en scène, etc. tout ramène à l’univers des années d’entre les deux guerres mondiales. Mais c’est moins rétro qu’il n’y parait. Existe un retour au réel d’aujourd’hui. Le noir et blanc des films muets ne manquent ici et paradoxalement jamais de « couleurs ».

Pampalone.jpgL’artiste reste la maîtresse des prises et reprises au charme débordant. Elles dépassent les bornes temporelles. Existe toujours un rire implicite, une vie par le ravissement proposé : les êtres et la nature dansent entre grands espaces et plans rapprochés en une perpétuelle partie de séduction.

Pampalone 2.jpgLes gammes immuables de reconnaissance prennent soudain une allégresse entre les anfractuosités d’un arbre et les mouvements d’une jupe autour de hanches. Se déploie un vertige là où la photographe biffe les précipices. Rien n’a lieu que la dynamique des corps et l’immuable torsion de la beauté de la nature. Pétrification et passage créent un flux au milieu des discontinuités évènementielles et des poses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Luciana Pampalone, Robin Rice Gallery, New-York, décembre 2017.