gruyeresuisse

06/02/2019

les ailes et les mulets - Peter Wuetrich

Wuttrich.jpgPeter Wuetrich, "Les anges du monde", Fondation Paulo Coelho et Christina Oiticica, Genève, du 8 février au 10 mars 2019.

Peter Wuetrich transforme les passants rencontrés dans divers lieux en anges partculiers. Par ses photographies prises à Londres, Madrid, Mexico City, Mumbai, Nagoya, Paris, Sao Paulo, Venise, Thessalonique, Tokyo, Yerevan et Gyumri, l'artiste poursuit ses voyages à travers le monde en installant sur le dos d'anonymes des livres ouverts qui les transforment en "véhicules" de connaissance, imagination et créativité.

Wuttrich 2.jpgCe n'est pas sans doute la partie la plus convaincante de son travail. Pour autant elle n'a rien de négligeable. Wuetrich y collectionne des images qui rendent les idées "habillables" par l'art et la photographie. La littérature s'épanouit selon un parti-pris étranger. Et il se peut que qui n'a lu aucun livre jusque là en devient le mulet. C'est un nouveau moyen d'apppeler tout le monde à lire et discourir là où la photographie comporte à la fois une fantaisie, une philosophie ou au moins une goutelette de poésie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Moskovtchenko : le sujet et sa matière

Mosko bon.jpgD'ascendance russe par son père médecin et française par sa mère pianiste et peintre, Michel Moskovtchenko, né à Tarare imprime dès l'enfance ses première linogravures. Discret - trop sans doute - l'artiste mêle toujours le sujet à la matière, la forme au fond. Il fut et reste un des initiateurs de la "Nouvelle subjectivité" à travers ses sculptures et dessins toujours tourmentés et rugueux. Ils et elles caractérisent un langage plastique original.

 

moskovtchenko-2.jpgDes oeuvres charnières balisent un parcours initiatique au coeur de la matière avec ce qu’elle contient de douleur, de violence et d'un érotisme larvé. Même dans les oeuvres les plus petites la grandeur n’est jamais annulée : Elle se respire. Et ce parce que Moskovtchenko se demande chaque jour ce qu’il peut encore risquer dans une quête qui a horreur des répétitions dont nous bassinent les faiseurs de futile qui transforment leurs travaux en machines à sous.

 

 

 

Mosko 2.jpgEt si dans une telle recherche l’angoisse perdure elle appartient à un autre ordre que celui du risque de la dévoration. La sculpture - parce qu’elle est trajet avant d’être objet - n’est plus seulement la mante religieuse qui attaque en séduisant pour provoquer panique, effroi et dévotion. La fascination existe, mais elle invite à aucun sacrifice mais pas plus à l’adulation. Elle provoque une sorte d’abandon et de méditation. L’être peut s’engager au dedans de la sculpture comme du dessin, la pénétrer du regard. Le regardeur n’est plus réduit à une contemplation de façade. Il découvre une autre façon de voir et - qui sait? - d'échapper à ses pensées culs-de sac là où s'offrent des espaces et des vies que jusque là nous n'imaginions pas ainsi.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/02/2019

Sandy Skoglund : Brrrrrrrrrrr

Skoglund.jpgAvec Sandy Skoglund l’image crée un miroir étrange. Ce miroir est l’image de l’image. Certains jours il faudrait y renoncer parce qu'existe une terreur en son fond. Et une autre à la surface. Entre les deux : le vertige du possible auquel nul ne voudrait être tenu. Et ce par une mise en scène spectrale centrée sur la reproduction photographique de scènes de fiction modifiées par des colorisations sidérantes. Elle font partie du langage de la jeune artiste pour créer des photographies énigmatiques, comme dans "The Green House" avec les trente-trois statues grandeur nature de chiens de différentes races.

 

Skoglund 2.jpgAvec ses "Visioni Ibride" et en particulier "Winter" (2008 - 2018)" il s’agit d’une représentation de paysages artificiels faisant écho aux émotions produites par les saisons. Ils appartiennent au cycle du "Projet des Quatre Saisons", toujours en cours. Les images sont accompagnées de sculptures créées pour les installations afin de souligner encore plus une imagerie qui joue de la réalité et l'artifice.

 

Skoglund 3.jpgDans ce but Sandy Skoglund utilise divers processus analogiques : des flocons de neige sont "coupés numériquement", des images imprimées sont produites avec de l’encre durcie aux ultraviolets. Mais ce ne sont là que deux techniques parmi d'autres pour célébrer artificiellement les qualités "belles et effrayantes" (dit-elle) de la saison froide et par laquelle elle veut exprimer la peur primordiale (qu'animent parfois des chats radioactifs) et la secousse des corps livrés à l’éternel retour de ce joueur de flûte de Hamelin qui se nomme Hiver.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sandy Skoglund, "Visioni Ibride", Camera - Centre italien de la photographie, Turin du 24 janvier au 23 mars 2019.