gruyeresuisse

14/05/2021

Les oeuvres majeures de William Klein

Klein 2.jpgL'exposition offre  9 tirages platine de William Klein, photographe, cinéaste, graphiste et peintre américain. Certains  sont les plus connus et furent réalisés pour le magazine Vogue dans les années 50 et 60 . Ils sont considérés comme une étape importante de la photographie de mode. Et le procédé d’impression au platine donne à ces photographies légendaires une profondeur, une netteté et une gamme de tons exceptionnelles. Ignorant délibérément  toutes les conventions, Klein avec sa «fotografia povera» s’est fait connaître par ses contrastes nets et points de vue inattendus. L’imprévu  est toujours de mise et s'oppose  à la photographie de mode rigide de l'époque.
 
Klein.jpgKlein devint accidentellement photographe d'un tel registre. Il y a acquis des compétences techniques et essaya de nouvelles approches qu'il a ensuite utilisées dans son travail personnel. S'il admirait la perfection technique d'Irving Penn et de Richard Avedon, il trouva  la photographie de mode ennuyeuse et sans imagination. Son  portrait emblématique de Barbara Mullen fumant avec un chapeau et voilette changea la donne.
 
Klein 3.jpgEt quand il réalisa son premier long métrage “ Qui êtes-vous, Polly Magoo? ” (1966) , ce fut pour créer  une satire fondée sur ses expériences dans l’industrie de la mode. Diane Vreeland comprise. Et même si la rédactrice en chef de Vogue depuis 1962 fut décrite par Klein comme une  "fondamentaliste de la mode". Existe chez lui toujours une critique implicite  du capitalisme et du consumérisme. Et Klein  considéra finalement la photographie d’une robe comme plutôt inutile. Mais  il révolutionna le genre en sortant les mannequins du studio  : «J’ai préféré que ces femmes imaginaires aient des problèmes – traînant des miroirs dans la circulation, incapables de prendre un taxi" et d'ajouter, "Ce que j’ai fini par faire, était une parodie de la photographie de mode et de ses poses".
 
Klein 4.jpgIl a également introduit de nombreuses innovations techniques. Entre autre  le téléobjectif qu’il utilisa  pour l’une de ses images de mode les plus connues, prise sur la Piazza di Spagna à Rome en 1960 même si le shooting dut être arrêté en raison de l’agitation  provoquée.  Mais l’image reste iconique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
William Klein, "Platinum", Gallery Fifty One Too, Anvers, du 11 mai au 10 juillet 2021.

13/05/2021

Marie-Ange Daudé et les espaces interlopes

Daudé 2.jpgSortant des sentiers battus, Marie-Ange Daudé capte par ses photographies ce qui généralement est ignoré. Sans cultiver un art de la ruine urbaine, ses interventions jouent des volumes où les cylindres - éventrés ou non - gardent leur importance poétique. L'artiste nous mène dans les marges. Elle utilise les vides et les pleins afin que, de contours inattendus,  se révèlent, des forces vives. 
 
Daudé.jpgElles jaillissent au sein de diffractions et d'entrelacs en un jeu avec d'espaces équivoques et poétiques afin de rendre le familier inconnu et l'inconnu le familier par effet de réalisme transformé. Les personnages deviennent des figures énigmatiques en situations incongrues. Si bien que l''artiste propose une forme d’apparition paradoxale, de présence en creux. L’image ne crée ni la possession carnassière des apparences, ni la mimesis dont le prétendu "réalisme" reste la forme la plus détestable. 
 
Daude 3.jpgLa créatrice joue du dedans et du dehors, de l’envers et de l’endroit en un cérémonial hallucinatoire mais non sans humour. L'imaginaire trouve la possibilité de faire émerger non une simple image au sens pictural du terme mais à une interrogation fondamentale sur l'existence à travers ce qui devient l'image de rien et de personne, de tout et de tous. La négation que l'artiste expérimente n’est donc qu’apparente par la mise en abyme du réel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/05/2021

Manon et le féminisme

Manon.jpgManon, Centre Culturel Suisse de Paris, du 9 mai au 18 juillet 2021. (L’exposition fait l’objet d’une publication éditée par le Kunsthaus Zofingen chez Scheidegger & Spiess)

 
 
Depuis le milieu des années 1970, l’artiste suisse Manon (qui s’est choisie son propre nom pour s’extirper du nom du père) interpelle par son sens radical et subversif de la performance, de la mise en scène et de l’installation. L'artiste aborde la transformation sociétale, le féminisme et la révolution sexuelle. Son travail se place en conséquence  dans les problématiques du temps sur les relations de domination ou les notions d’identité et de genre.
 
Manon 2.jpgDès sa toute première œuvre "Le boudoir rose saumon" (1974) s’instaure cette ambiguïté entre l’intime et sa théâtralisation, le vécu et l’artifice.  Cette oeuvre - bondée de bibelots, de parures, d’objets fétiche symbole d’une hyper-féminité luxuriante - était la chambre à coucher personnelle de l'artiste. Ses séries de photographies ou photo-performances retracent la création et transformation de son propre personnage "Manon". Elle se et le décline en passant du corps sexualisé à une figure androgyne et jeu de travestie jusqu'à des séries de mascarade d’identités possibles. De ses portraits plus récents jaillissent fragilité, âge et maladie.
 
Manon 3.jpgManon développe aussi des environnements immersifs ou des scenarii voyeuristes, excluants. Les relations de pouvoir homme-femme, l’exhibitionnisme et le renversement de rôles constituent leur point de départ. La femme devient dangereuse captive enchainée qui, par exemple, expose six hommes comme des objets de désir dans une vitrine.  Elle s’approprie le corps et la sexualité et utilise le déploiement de la féminité exacerbée comme d’une stratégie féministe. Elle poursuit maintenant un travail existentiel à travers la photographie et la réalisation de grandes installations et une pratique d’écriture quotidienne.
 

Jean-Paul Gavard-Perret