gruyeresuisse

10/08/2018

Solange Clouvel : effacements

Clouvel.jpgSolange Clouvel entraîne « par rumeurs et médisances, détours lexicaux » et avec le renfort des « chassés-croisés chromatiques » de Joël Frémiot à proximité du silence au moment où les couleurs sont emportées vers le blanc. Par cet évidement de l’écheveau d’une fable méconnue, les deux créateurs traquent une nymphe cancanière afin que son langage se replie à mesure que le livre se déplie.

Clouvel 2.jpgC’est donc une forme d’un paradoxe - celui de la « décréation » - que l'Imaginaire invente sans crainte du blanc pur, du vide et du silence. Pour autant la poétesse et le plasticien demeurent fascinés l’un par les images, l’autre par les mots. Ils traversent les écrans des décors, réinventent de la vue et du langage afin de rameuter l'inconnu.

Clouvel 3.jpgL'objectif n'est pas tant de découvrir de nouvelles images qu'à jeter la mémoire au vif des destinées. Et leur art du refus n'est pas la négation de l'art et de la poésie. Au contraire car ils produisent tout un travail d'effraction. « Fredon » est donc le lieu de fascination-répulsion. Plutôt que de « s’encendrer », le verbe et l’image s’organise afin de sortir le discours de ses poses et la peinture de ses fausses représentations. Se crée une remontée de sensations inédites.

Jean-Paul Gavard-Perret

Solange Clouvel, « Fredon », sérigraphies de Joël Frémiot, Collodion Editions, Mers sur Indre, 2018.

09/08/2018

Nourritures intellectuelles et terrestres : Lawrence Schwartzwald

Lawrence-Schwartzwald.jpgLe livre chez Lawrence Schwartzwald est toujours intégré aux images prises principalement en milieu urbain. Mais le photographe y intègre par la bande une autre capacité de vie. Les couches sédimentaires du corps n’évoluent pas que dans les mots et parfois en débordent.

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Ils semblent parfois loin derrière. Comme s’ils se laissaient enfourcher ou manger dans divers canyons ou jeux de pistes. Si bien que le photographe offre des pensées qui dépassent de son corps et qui glissent géologiquement à des reliefs humains, très humains…

 

 

Lawrence-Schwartzwald3.jpgLes mots fussent-ils d’amour ne voilent pas tout. Plus question d’imaginer le ciel du logos, sa course des astres. Il faut sans doute et encore compter sur le livre : mais il ne fait pas tout et devient pain ou peine perdu. Aux émois du livre font place d’autres vicissitudes et d’autres découvertes. Etsi des scribes ont laissé leur trace dans le papier, il arrive que lectrices et lecteurs s’extraient de leur gaine ou exhibant d’autres mystères.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/08/2018

Suspensions : Claudie Dadu

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Vus de loin - tant le « trait » est fin - les dessins de Claudie Dadu semblent des cadres vides. Il est vrai que l’artiste travaille avec un « résidu » corporel : le cheveu. Ce qui fascine est la capacité de reconstruction graphique que la créatrice en « tire ».

 

 

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Certes, et par essence, le cheveu est souple mais encore faut-il le transformer en mouvements capables de donner à Duras, Sagan et autres femmes (entre autres les fameuses « salopes » qui luttèrent pour la légalité de l’avortement) une manière de faire l’éloge de celles qui contribuèrent à la grande libération du XXème siècle car pour la première fois de l’Histoire la femme reprenait ses droits sur son propre corps.

 

 

Dadu 2.jpgCette économie de moyen crée une grâce poétique et graphique rare. Organique, la « ligne » incarne par elle-même le sens d’une telle recherche. S’y traduit - avec un détournement habile de la sensualité et de l’humour - l’aspect charnel d’un discours où le corps qui devient celui de l’art. Preuve que la création peut tenir à un cheveu selon une poésie intempestive où le réel prend pied sous l’écume des jours selon une forme d’utopie activiste. Elle permet à la dessinatrice de traiter ses louables obsessions avec détachement et par la bande.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claudie Dadu, Litterature Mineure, Maison Dagoit 2018, 8 E..