gruyeresuisse

24/11/2016

L’image et son double : Peter Tillessen


Tillessen.jpgPeter Tillessen, « Superficial Projects », Centre de la photographie Genève, du 25 novembre 2016 au 22 janvier 2017.

La privation de l’appréhension du monde ne surgit pas forcément de l'anachorèse monacale. Elle peut passer par les images. « Superficial Images » initié par le Zurichois Peter Tillessen le prouve. Ce travail de recollection documentaire est basé sur l’idée que la photographie ne peut montrer la complexité du monde sans l’apport verbal. Elle contredit la fameuse formule : « une image vaut mille mots ». L’image, seule, reste en sommeil. Elle ne reflète plus rien sans apparat critique.

Tillesssen 2.pngL’artiste instruit donc une discrimination classique mais selon un angle particulier. Néanmoins - ultime paradoxe - il doit passer par l’image pour le prouver. Ce n’est pas pour autant l’histoire du serpent qui se mange la queue. L’artiste fait pénétrer dans un état où la frontière entre le monde du sommeil et le monde de l'éveil, entre le monde réel et le fantasme n'a plus de signification. Stratège ludique et judicieux l’artiste par son travail analytique crée une poésie critique où l’altérité prend tout son sens de même que la notion de regard décalé. Il ne se contente jamais d’une pure dénonciation facile et factice de l'hypocrite » iconique : il la met en abîme et en perspective.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/11/2016

Soupe cosmique de Michel Potage

 

Potage.jpgPour beaucoup Michel Potage est mauvais peintre et méchant homme. Il reste de fait un grand seigneur, montreur d’ours à sa manière. Jouant entre le plein et la vide, il reste un des "cochons qui s’amusent" (sérieusement) sur le fumier de l’art" (Gerhard Richter). Il n’a cessé de le remuer au sein même d’une expérience traumatique dont il ne dit rien.

 

 

 

 

 

Potage2.pngQu’importe si les portes n’existent pas, Potage a toujours quitté les opinions communes sur l’art. Il abandonna par exemple la performance lorsqu’elle devint « élément de langage » pour revenir à la « peinture-peinture ». Considéré comme un faiseur de tord, il est toujours juste, vrai, sans refoulement.

Potage3.jpgSa vie et son œuvre restent un voyage étrange : elles ne produisent pas forcément du réel mais découvrent les bases vivantes d’une "science philosophale" propre à désenclaver, arracher, renverser jusqu’aux « arbres » qu’elle propose.

Rien d’homogène dans l’œuvre : juste les traces de gestes. Elles ont - entre autres - servi d’accompagnement à plusieurs livres de éditions Fata Morgana qui publient aujourd’hui un texte essentiel de celui qui - picturalement- s’est tu. Il répond à la souillure par l’image. Mais pas n’importe laquelle : « Ce n’est pas tout à fait une image, c’est moi en moi ». Liée au sol, cette image est vibrante de réalité quasi magique. L’artiste n’a cherché qu’à en rallumer le jeu jusqu’à se brûler. Artaud n'est jamais loin - pas le "fou", le poète.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Potage, « Avant-jour », Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2016.

22/11/2016

Marco Glaviano du cliché au néo-futurisme


Glaviano.jpgChaque narration ou portrait sexy du photographe Marco Glaviano convoque, presque malgré nous, une foule de « clichés », au double sens de « photographies » et de « stéréotypes », lieux communs, images répétées et ingérées quotidiennement au point de conditionner nos réactions. Mais l’artiste italien reprend ces images flottantes pour constituer d’autres prises plus intelligentes, perfides, sidérantes, déconstruites parfois dans un néo-futurisme assumé.

 

Glaviano 2.jpgSous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses un peu surjouées jaillissent souvent des détails, auxquels on ne prend pas garde mais qui transforment complètement la perception de la photographie :  l’"objet" vu en suggère un autre.Glaviano 3.jpg Si bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient toutefois, des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle produit même l’inverse : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures. Et les métaphores des montages n’ont rien de sinistres : ce sont des farces mais pas du bluff.

Jean-Paul Gavard-Perret