gruyeresuisse

06/01/2018

James Mc Craken Jr. : des histoires de regards

James mc. Craken Jr.jpgL’œuvre de James Mc Craken Jr. Est une histoire de regard. Et d’attention à l’autre. Et selon une méthode que les mots ne pourraient donner. Ils voudraient pourtant bien le faire mais cela leur échappe définitivement. C’est pourquoi parfois la photographie est nécessaire. Au moment où par un regard le monde forain devient notre. D’en haut, de face ou d’en bas. En contre-plongée, là où une femme sort nue sur un balcon, où des adolescentes tuent le temps, où une famille s’anime en un grand espace en bataille.

James mc. Craken jr 2.jpgLe regard de James Mc Craken Jr. intime l’ordre du désordre. Il ordonne un « Défais tes liens » au moment où tout reste dans une précision de l’ordre de l’insaisissable. Par le noir et blanc tout est et chair. Et le réelle plus trivial prend une dimension poétique plus douce, attentive que brûlante.

James mc. Craken Jr. 3.jpgIl existe là la puissance d’une lumière sombre entre consistance et abandon qui trouble et illumine le réel. Preuve que la photographie est une histoire de regard que l’on ne peut exprimer autrement. Une histoire sans récit (ou trop). Un regard sans frontières. Un regard infini. Au sein même du réel et du cadre le plus humble.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Andrea Mastrovito et les efflorescences

Mastrovitoo bon.jpgAndrea Mastrovito, « Le jardin des Histoires du Monde », du 18 janvier au 16 mars2018, Art Bärtschi & Cie, Genève.

 

 

Mastrovitto2.jpgL’ex punk bergamasque Andrea Mastrovito crée un univers aussi enchanteur (mais pas toujours) que signifiant et poétique à travers le dessin, la peinture, les installations en papier impressionnante de féerie. Fasciné par l’histoire, il la revisite, s’imprègne des mythes, des religions, des hommes, puis en révèle des épisodes qu’il reprend et mixe pour les transformer en une sorte d’atemporalité là où l’imaginaire règne en maîtresse de cérémonie.

Mastrovitto3.pngSa série de dessins sur bois « jardin des Histoires du Monde » a été réalisée dans sa ville natale. Sera aussi projeté son long métrage « NYsferatu - Symphony of a Century » aux cinémas du Grütli. Il contient de plus de 35000 dessins. L’artiste y fait revivre le « Nosferatu » de Murnau selon des problématiques contemporaines.

Mastrovitto.pngDans cette exposition comme ce film se retrouve implicitement l’arte povvera par l’utilisation du papier. Mastrovito le métamorphose parfois en trois dimensions au sein par exemple de ses châteaux comme dans « N’importe où hors du monde ». Rien ne demeure figé en de telles fresques murales ou non. Les œuvres obsèdent la curiosité là où les points de vue sont multipliés. Le spectateur est transformé en rêveur : l’art s’arrache à la fixité au sein de bourrasques de couleurs ou par le noir et blanc. Le ciel et la terre semblent s’inverser dans un déploiement d’une fête nocturne ou lumineuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/01/2018

Ren Hang ou le recours de la volupté

Hang 2.jpgSelon Cicéron les choses dont on se souvient le mieux sont les choses dites « honteuses ». Il ajoute qu’on utiliserait toujours avec profit les images libidineuses pour stimuler la mémoire. Preuve peut-être qu’elle n’existe pas sans fantasmes…

 

 

Hang.jpgIconoclaste à souhait, Ren Hang se fait donc orateur grecque tout en transformant les images de nudité. Par l’assemblage, la torsion et la disposition des corps il crée une véritable écriture. Il y a là des calembours visuels, des condensations immobiles. Le pathétique cède toujours la place à un certain comique en de telles fresques photographiques.

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Ren Hang préfère l’épicurisme au stoïcisme. Il reste étranger à toutes violences si ce n’est celle - provocatrice - de ses mises en scène. Il remise l’ego au profit cosmos d’une libido sexuelle qui flotte sans jamais se retourner contre elle-même. La physique tient lieu de métaphysique et devient la thérapie d’un monde cruel auquel le photographe ajoutent des farces primesautières.

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Le plaisir est ici sans risque et ignore presque toujours l’angoisse. Il dérive de lui-même et sa qualité suprême ne se limite pas seulement à l’absence de douleur. Si bien que la volupté reste la seule sensation que Ren Hang divinise. Elle procure au corps une sensation supérieure de soi quels que soient le genre et le nombre des partenaires. D’où ces suites de bouquets qui sont toujours à reconstituer en accords et raccords.

Jean-Paul Gavard-Perret