gruyeresuisse

12/05/2020

Les abîmes visuels de Wantuch Waclaw

 

Waclaw.pngPour Wantuch Waclaw la nudité possède son propre silence et son propre langage. Mais pour cela - et comme l'attiste le propose - il faut le dégager de la simple représentation. Dès lors l'artiste la sculpte en des jeux d'ombre et de lumière de poses cérémonielles. L'oeuvre se venge des simples miroirs. Les formes se laissent voir en une quasi abstraction.. Le corps est là et il échappe. L’érotisme n’a rien des plaisanteries des gravures japonaises et l’empire des sens lui-même s’écrase dans des coquilles labyrinthiques.

WACLAW é.jpg

 

Le corps devient forme pure. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Une théâtralité se dresse comme une face cachée du monde. C'est un choix délibéré pour transmettre des idées subversives par l’appel non au scandale ou la gêne que supposent la grossophobie comme la vision de l'anorexie. Surgissent des abîmes visuels dans l'imbrication du théâtral et d'une forme de narration très particulière. Le tout entre clôture et invitation sensorielle.

 

wACLAW  3.jpgLa présence charnelle est moins immédiate que cette distillation. L'érotisme ne représente plus une manière de créer un contact avec le voyeur mais une distance. Celui-ci accomplit une avancée vers quelque chose qui n’a plus rien à voir avec un charme mais avec  l’étrangeté éruptive dont l’attrait reste mystérieux. Une poétique de l’outrance et de la rétention correspond à aucune règle, à aucun modèle clos et défini afin d’explorer les limites de l’éros et la condition du regard.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/05/2020

Déesses 21 : Mark Seidenfeld

Seidenfeld.jpgMark Seidenfeld est le digne successeur de Dali et de Delvaux. Ses déesses, vierges, martyres ou wonder women deviennent le sujet d'un monde faussement délétère et mystique. L'artiste joue avec toute l'iconographie religieuse comme du space opera.

Seidenfeld 2.jpgEt l'artiste de préciser : "La Déesse représente la créativité, l’imagination et notre lien profond avec tout ce qui est vivant". Etoiles des Star Wars et du Nouveau Testament et de l'histoire catholique les  déesses illuminent l’obscurité de la nuit et l’inspiration qui peut transformer la tragédie en opportunité". Que leur demander de plus ?

Seidenfeld 3.jpgLe photographe - à travers elles  - campe des récits "dans un monde qui fonctionne sur la folie alimentée par la peur". Il est donc urgent et nécessaire de revenir à ces Déesses 21. Incorrigibles, les égéries exhaussent des fantasmes comme elles lèveraient le coude à la santé des voyeurs. Elles posent - insolentes guerrières ou victimes – face ceux à qui elles mettent le feu. Crucifiées ou libres elles s’envolent en habiles perverses dont l'artiste redouble la virtuosité.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.markseidenfeld.com

09/05/2020

Les décalages de Danielle Burgart

Burgart Bon.jpgDanielle Burgart invente des visions animales pour nous replacer plus près de nos racines premières. Surgit tout un bestiaire dont la créatrice surdimensionne certaines données afin d'offrir libre cours à une ivresse vitale, énergique, pulsionnelle. Un tel travail s'attache au corps, en devient le lieu tout en le déplaçant. Il est relié à un monde que nous ignorons : rien de plus urgent que d'en tenter l'anatomie. Existe de fait un jeu entre réel et ce virtuel en un détournement d'un état physique à travers l'imaginaire débridé de la créatrice.

Burgart.pngL'artiste prouve que ce qui "va de soi" nous masque ce qui est. Il faut toujours aller plus profond et déplacer la présence humaine pour inciter au complet dépassement. Si bien que notre bestiaire intérieur métamorphosé ne nous dédouble pas - ce serait l'aliénation - mais nous rend plus plein. Nous sommes en mouvement dans un tel travail entre drôlerie, force et jouvence.

Burgart 2.pngDe la mare primitive germent des animaux qui nous ont devancés et dont l’énergie se déploie. D'où une ménagerie en liberté. Se touchent des pulsations, des césures. Par la présence de l'animal en nos corps la chair et les muscles sont faits parfois de violence mais aussi d'avancées afin que se créent des ouvertures, des débuts de transparence pour nous apercevoir que rien ne peut nous clôturer. La vie grouille, taillée dans le mouvement afin que nous puissions réfléchir à qui nous sommes au fond de nous-mêmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danielle Burgart, "Exposition", Galerie Picot-Le Roy, Nuage Bleu,, Morgat en Presqu’île de Crozon, 26 juillet 2020 - 25 août 2020