gruyeresuisse

21/02/2017

Frédéric Bélonie : révision des poncifs

Belonie 3.jpgDans l’œuvre de Frédéric Bélonie les visages sont simples mais sortent du cliché par tout un jeu de présences en effacement tandis que le monde s’orne de références intempestives. L'authenticité de l'anticonformisme se fait austère et renverse la fonction rédemptrice de l’image. L’artiste sait que la simple transgression rate sa cible : l’outrance est remplacée par une mise en scène plus intériorisée et subtile : en jaillit la misère affective du monde débarrassée de toute caricature. L’imaginaire en action fustige la prétention, la vanité de l’art comme des lieux communs que ceux qui se nomment créateur enfilent comme des perles.

Belonie 2.jpgLa facticité est exposée au grand jour par une pratique hors école si bien qu’ici le caricaturiste ne se sent plus obligé de caricaturer sa caricature. Le dessin s’assèche sans mélancolie, il ne reste que l’envers gris du portrait ou d’arbres dont les feuillages sont remplacés par des cheveux. L’enjeu d’une telle expérience consiste à faire éprouver le caractère mobile et changeant du réel. Les identités supposées sont suspendues là où l’image semble se déplacer dans l’espace et le temps, êtres et objets en deviennent autant communs que singuliers. Frédéric Bélonie réinterroge donc un fond commun d’images et de lettres en renouvelant la notion même de dessin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Frédéric Bélonie, « Livre », Littérature Mineure Editions, Rouen,  2017, 8 E.

Théâtralité de l’éros : Julia Fullerton Batten


Fullerton Baten 4.jpgOriginaire d’Allemagne puis installée à Londres Julia Fullerton Batten explore les transitions complexes, émotionnelles, physiques et sociales vécues par les femmes : adolescentes, banlieusardes et dans « The Act » celles qui ont choisi de vivre de l’industrie du sexe. Ces femmes (dont les photos se doublent d’entretiens réalisés par l’artiste) semblent vaquer dans un monde fait de réalité et de fantasmes. L’artiste en a retenue quinze souvent diplômées des universités et qui ont choisi de devenir strip-teaseuse de ping-pong, escort girls, stars du web et du porno. Elle les a photographiées nues sous fonds de décor qui soulignent leur fonction artistique, sociale ou antisociale.

Fullerton Baten 3.jpgAprès avoir « imagé » dans ses séries précédentes la difficulté de vivre lorsque l’amour va mal, cette série montre à l’inverse une solitude revendiquée. Les femmes présentées sont à la fois libres mais en lutte. Leur prostitution assumée se revendique comme l’inverse d’une prostration. Les modèles s’assument au moment où la photographe poursuit l’exploration de la psyché en de subtiles compositions teintées d’une ironie diaphane et troublante (par l’effet du décalage des mises en scènes) dans lequel un paradoxe demeure. La fragilité jaillit de corps en ordre de marche ou figés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Julia Fullerton-Batten, The Act, Auto édité, 140 £ , Londres, 2017.

 

19/02/2017

Pieter Hugo : dévisager l’évidence

Pieter Hugo 2.jpgLa question de l’être passe souvent par le visage. Il reste l’interface majeure entre soi et le monde. Néanmoins le portrait ne se réduit pas à l’addition de ses éléments « utilitaires ». Il dépend d’autres paramètres (dont le racisme abuse au besoin). Si bien que dans sa manifestation le portrait reste toujours énigmatique. C’est pourquoi il fascine les peintres et les photographes. Un visage peut sembler le plus fort il est le plus vulnérable. Le sens commun le sait d’ailleurs bien lorsqu’il parle de « perdre la face ». Ajoutons qu’il s’agit du seul endroit où en société le corps est nu.

Pieter Hugo.jpgPour autant cette nudité est un voile. Pieter Hugo le prouve. Ses photographies sont des “Dépêches périphériques” qui sortent des lieux hors-norme, inconfortables. Le photographe par le visage explore les marge où les normes s’écroulent mais où la vulnérabilité, la dignité, la beauté ne s’excluent pas mutuellement. Et ce en Afrique du Sud et au Rwanda, à San Francisco ou Pékin. Dans ses photographies un trait noir peut venir souligner des rondeurs ou approfondir des joues haves. Chaque prise est le creuset où un visage et un corps surgissent métamorphosés. Pieter Hugo ne tente pas de re-montrer une identité mais de la réinventer

Jean-Paul Gavard-Perret


Pieter Hugo, "Peripheral Dispatches", Du 11 février au 15 avril 2017, Galerie Priska Pasquer, Cologne.

 

12:09 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)