gruyeresuisse

01/07/2018

Drôles d’oiseaux mais pas que – Ruven Afanador

Afanor 2.jpgRuven Afanador explore de manière ludique et érotique un monde hispanisant eavec un humour qui fluidifie une certaine brutalité et pimente l’innocence (jouée) des Dulcinée du Toboso et d’hidalgos ambigus passablement toréadors. Surgit un monde onirique aux effigies et poses mystérieuses. Le corps est le dénominateur commun de scènes chorégraphiques. Celui des hommes devient une fleur, celui des femmes un volatile.

 

Afanor 3.jpgCela permet de présenter des images à la fois les plus anciennes et les plus neuves à travers certains outrages agencés de manière subtilement perverse. L’artiste rappelle ce qui unit et désunit le corps en refusant d’effacer ce que la vie sécrète et ce que la mort pourrait dissoudre au moment des corridas. Il faut donc accepter la confrontation avec la proximité outrageuse des tels oiseaux et fleurs. Reste leur « Passion » au sens christique mais détournée du terme.

Afanor.jpgEven Afanador ouvre à la béance oculaire. Les deux orbites "disent" la prise du spectateur dans un regard qui devient le confident d’opérations les plus secrètes soumises à des stéréotypes soudain sont renversés. Parfois au sein de la drôlerie une mélancolie transcendentale s'exprime. Elle semble de nature à traverser la vision du spectateur jusqu'à atteindre un arrière-oeil, un arrière monde : peut-être celui du royaume des légendes où comme Don Quichotte nous devenons chevaliers errants.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/06/2018

Alice de Kruijs ou le charme perturbant du portrait

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Alice de Kruijs ne cesse de chercher la beauté en dehors des canons classiques. Passionnée par l’Afrique elle construit un monde imaginaire à la fois conceptuel et symbolique où le féminin se démultiplie. Initiée par son père à la photographie, puis après avoir étudié la mode à la Fashion Academie d’Amsterdam et travaillé 10 ans dans ce domaine, elle a choisi de naviguer en solitaire.

 

 

 

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Le corps d’une femme aux forces obscures semble issu d’archétypes fétichistes pour se moquer de ceux que les hommes ont inventés pour elles de peur de n’être qu’un souffle provisoire, un courant d’air dans leur boîte crânienne et jusqu’aux orteils. La créatrice ne cesse donc de jouer des figurations qui dopent l’esprit en des images faussement votives.

 

 

 

 

Kruijs 3.jpgAlice de Kruijs transforme en gouffre optique sa déesse au crâne rasé. Nul folklore néanmoins en cet arsenal. Surgissent d'étranges icônes de notre civilisation occidentale. Fondées sur l'insolite chaque photographie permet d’entrer dans le domaine de l'insondable. Complexes et composites les portraits tiennent de l’histoire des Mystères du Moyen-âge comme de l’aventure plastique postmoderne. Se conjuguent diverses combinaisons et agglomérats de signes en leurs juxtapositions insolites qui mettent au défi les attentes visuelles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gregor Sailer : fake architectures

Sailer 2.jpgGregor Sailer, « The Potemkin Village », Cloître Saint-Trophime, Arles, du 2 juillet au 23 septembre 2018.

Le CPG pour son déplacement au festival d’Arles propose une exposition de Gregor Sailer sous la curation de Joerg Bader. Son titre « The Potemkin Village » remonte au temps du Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine. Ce ministre russe - pour cacher la misère des visages russes lors de la visite de l’Impératrice Catherine II en Crimée- aurait fait construire des villages faits de façades en carton-pâte.

Sailer.jpgGregor Sailer a repris ce phénomène architectural en découvrant et photographiant des villages Potemkine sophistiqués de notre temps : centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe, fac-simile de villes européennes en Chine, pistes d’essais de véhicules en Suède, rues scénarisées pour la visite de personnalités politiques en Russie.

De telles images poursuivent deux objectifs : une réflexion sur le sens de l’architecture et une seconde sur la falsification du réel. Le tout en une vision en deux moments. Coté face : des murs d’images qui reproduisent des façades. Côté pile de plus petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et détruisent la comédie des pouvoirs.

Jean-Paul Gavard-Perret