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09/03/2021

Décomptes de fée - Ericka Beckman

Beckman.jpgEricka Beckman, "Cinderella"; Médiathèque -  fonds d'art contemprain de la ville de Genève, mars 2021/
 
Ericka Beckman (1951) est une réalisatrice américaine qui commence à faire des films dans les années 1970 au sein du cadre de "The Pictures Generation". Ses films traitent de la relation entre les gens et les images, et de la façon dont les images structurent la perception des personnes d'elles-mêmes et de la réalité.
 
Beckman 2.jpgSon film de 30 minutes en narration non-linéaire Cinderella (1986) reste son chef d'oeuvre. Le personnage du conte de fées devient une partie d'un jeu comme une métaphore des restrictions de la société sur les femmes. Les personnages se déplacent dans la chorégraphie en mouvement constant en interagissant avec leur environnement d'une histoire politique qui leur mène une vie dure.
 
Beckman 3.jpgÀ l'instar d'autres créations des artistes de Pictures Generation, les films de Beckman se concentrent sur la manière dont les stéréotypes forment l'image de soi d'un individu élevé sur les médias de masse. Là où tout devient une chorégraphie activiste et poétique d'un nouveau genre.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

08/03/2021

Nicole Schweizer sur les traces d'Anne Rochat

Schweizer.jpgNicole Schweizer, "Anne Rochat - In Corpore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.

 
Née en 1982 dans la Vallée de Joux, basée à Berlin, Anne Rochat vit et travaille le plus souvent en fonction des lieux de résidence déterminant sa pratique artistique et vice versa. Diplômée de l’École cantonale d’art de Lausanne (2004-2008), elle développe un travail essentiellement performatif  et vidéographique centré sur le corps, ses limites, ses possibilités physiques et psychiques.
 
Schweizer 3.jpgElle explore son propre rapport à l’espace et au temps par un néo-actionnisme radical. Elle a effectué des performances et participé à de nombreuses expositions en Suisse et à l’étranger. Et ce livre  offre  un panorama du travail pendant ces dix dernières années. Comme l'artiste l'écrit: «Mes lieux de résidence, éphémères depuis dix ans, ont toujours été l’essence et l’objet de mes travaux. Fondamentalement, ma pratique consiste à faire l’expérience sensible du déplacement, de l’inconfort, de l’exotique, du dérangeant ou de l’étonnant puis de chercher à en restituer la substance dans une forme incarnée dans un corps, généralement le mien.»
 
Scweizer 4.jpgLe livre - qui  paraît à l’occasion de l’exposition «Anne Rochat. In Corpore"  au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (décembre 2020 - février 2021) insiste fort justement sur le travail performatif. Il fait se correspondre les images des éléments d’un récit. Il est complété par deux textes de Jean Rochat et d’Olivier Kaeser  ainsi que des photographies de Mathieu Gafsou. Cet ensemble permet de comprendre comment Anne Rochat détourne des objets de leur usage quotidien, dans une atmosphère entre le burlesque et l'inquiétant où le souffle de vie d’un corps plongé dans le contexte particulier d'expériences sensorielles est constant.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Nicole Schweizer, "Anne Rochat - In Copore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.
 
 

07/03/2021

Ester Vonplon : la ferveur d'un schisme

 

Vonplon 2.jpgEster Vonplon, "I See Darkness - Diessets ", Galerie Stephan Witschi, Zurich, à partir du 13 mars 2021.
 
C'est en-deçà de la ligne de flottaison qu'Ester Vonplon nous entraîne selon sa méthode et son parcours très particulier. Dans une dialectique du lointain et du proche, du familier et de l’étrange, elle invente par ses photographies une poétique du réel poussé au paradoxe du limbe et d'une forme de vertige dont chaque oeuvre devient le prodige.
 
Vonplon.jpgLa nature vit dans ses oeuvres comme un lieu très magique.  Picturale dans ses jeux d’ombres et de lumière ce travail semble pouvoir avaler le réel à l’infini afin d’en faire surgir des émotions presque sans objet et évanescentes. Existe là un séjour qui fait le lit de l’ambivalence au milieu de gouffres optiques.
 
Vonplon 3.jpgChaque photographie s'éloigne de la gravitation pour ne retenir que l'épars d'une sorte d'inaccomplissement qu'Ester Vonplon finalise. Exit les effets miroirs, l'art devient flamboyant loin des bacchanales des inventaires du réel. Surgit la ferveur d'un schisme dont la nature est le port d'attache et le déversoir. Et soudain s'y formule l'informe vierge encore jusque-là de tout vocabulaire plastique.
 

Jean-Paul Gavard-Perret