gruyeresuisse

26/09/2017

Là où la lumière respire - Ann Loubert

Loubert bon.jpgAnn Loubert, exposition, Numaga, Colombier du 23 septembre au 29 octobre 2017.

De l’œuvre d’Ann Loubert naissent de multiples épanouissements et florescences au sein d’une sensualité prégnante mais discrète. Elle est suggérée par un impressionnisme minimalisme entre le tumulte et le vide. L’intime se dit au sein de l’infime. La lumière respire.

Se crée contre le chaos et la nuit ce qui relie l’intérieur à l’extérieur en un vêtement de lumière. L’univers est contenu dans de simples taches de couleurs et des lignes capables de retrouver une « note » perdue.

Loubert 3.jpgTout redevient geste inaugural, se rapproche de l’indicible. Un rythme jaillit d’un geste souple et précis. D’infimes silences bâtissent l’espace. La sensation glisse ou nage en une éloquence insidieuse et douce. Sur leurs tiges des fleurs jouissent, suspendues dans l’écume blanche du support.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2017

Allison Rufrano : Fantômes que fantômes

Allison Rufrano.jpgAllison Rufrano fait appel à une méthode d'exploration originale en concentrant tout son effort sur l'image de l’invisible auquel elle donne sinon un corps du moins une forme « sans formes ». L’artiste rode dans la périphérie de l’existence ou ce qu’il en reste. Demeure, des êtres potentiels, les suaires et leurs plis en une chute hors du temps là où l’absence grandit et ronge tout.

 

 

 

Allison Rufrano 2.jpgNéanmoins, dans un fondu dans la lumière du noir, une extase fantomatique suit son cours là où l'Imaginaire semble se retourner contre lui-même. L’image perd progressivement le contact avec les êtres (en se concentrant sur eux par l’absence de toute diégèse) pour signifier leur absence. Les fantômes eux-mêmes disparaissent progressivement pour ne laisser place - dans la scénographie de leur effondrement - qu’à leur suaire cérémonial exposé à une lumière intense.

 

Allison Rufrano 3.jpgTout s'enlise dans la stagnation d’une chute finale. Mais l’épiphanie visuelle prend toutefois une vibration paradoxale. Elle révèle, à l’être et de lui, l'illusion de la puissance. La captation identitaire est effacée : ne demeure qu’un drap immaculé. Il appartient à ceux qui le portent avant d’en être retiré. La seule présence reste les stigmates physiques du plus grand des sommeils. Il signe la disparition non seulement de l’être mais de son fantôme au sein de prises aussi lumineuses que sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Allison Rufrano, « Visibility Invisible », Soho Gallery, New-York, 2017.

Les marches nocturnes de Brittany Markert

Britanny Markett 3.jpgAvec Brittany Markert le réel s’ouvre, l’espace se déchire. Des fantômes - mais du futur - montent à la surface, hissent un bras, une corde ou jouent les nourrissons pour boire un lait brûlant. Il existe une suite de déclivités ascendantes ; de fugaces lenteurs, des plénitudes vides. L’énigme est dans la femme. Sa respiration souffle parfois d’étranges bulles.

Britanny Markett 2.jpgLes corps se divisent et la réalité tout autant. Des espaces intérieurs s’emboîtent ou se déboîtent. Reste un territoire où le rêve et le cauchemar se disputent la suprématie. Le regardeur s’engouffre dans cet espace trouble là où, en myriades ou seuls, les corps dansent, s’abreuvent, se pendent. Les masques s’écartèlent dans des postulations contraires et la magie des doubles.

Britanny Markert.jpgIl existe un temps pour le plaisir, un autre plus morbide. Il s’agit de traverser la nuit d’encre et d’ombres en se demandant si l’aurore n’a pas déjà sombré. Le double du corps s’élève sur l’immensité de sa peau. Une voix semble se faire entendre : mais de qui ? Brittany Markert saisit des instants où tout bascule et où le corps se détache de sa présence fondatrice tout en cherchant à la retrouver en se souvenant d’un appel

Jean-Paul Gavard-Perret