gruyeresuisse

28/04/2020

C’est au pied de la lettre que se repère le vivant : Richard Meier

Meier.jpgLes carnets de Richard Meier prouve que la vérité n'existe pas : mais elle y prend une certaine lisibilité en des fonds multiples. Plutôt que de mettre du riquiqui dans les mictions, les matrices des pages en leporello deviennent des chaudrons de sorcière. Le créateur fomente ses fermentations et ses caprices des dieux pour mortels. Ils se  déploient et se déplient entre lumière et ombre.

Meier 3.jpgL’espace fécond et déchiqueté fend la parole avec le dessin. Richard Meier fait poser des mains sur la neige afin que l'écrit lui-même trouve "La serrure des matières opaques" à travers l'espace. Des  mots dans leur gras "fouillent la chair des désirs" selon une innocence graphique où les premiers dansent pour la saveur des yeux. Et les signes deviennent dans ce jeux des lettres et des images un  "vois vu va vais" afin que le "tu" redevienne un "je" qui ne possède rien d'égoïste ou même d'égotique

Meier 2.jpgIl s’agit une fois de plus de penser en action et sans omissions dans les palettes  de couleurs et aussi en noir et blanc pour souligner les glissements du pâle être qui remonte moins en silhouette qu'en taches d'encre. L’écriture "bonne qu’à ça" se confine parfois en simple syllabe ou lettre. Mais c'est de la sorte que de l’image en jaillit. Toute "l'ardore" de Maier est là avec  sa passion qui reste souffle attaché à la viande - comme l’avait compris Artaud – avant que le temps du silence efface les mots, les images. Ici leurs sillages vont et tiennent bon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Richard Meier, "Main // Lachée - Nul // jugemenT, II ", Editions Richard Meier, 2020.

 

 

27/04/2020

Benjamin Manser : oh les beaux jours - ou presque

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Le photographe de Saint Gall Benjamin Manser est sensible aux sous-cultures : celles des sports, de la fête populaire, de la musique et des spectacles du même tonneau. Il visite entre autres les espaces où les adeptes des vendanges montent sur les rings ou sur le ventre de Bacchus ou de ses vestales en d'innombrables farandoles et dérives.

 

 

Manser 2.jpgLes femmes sont parfois pulpeuses et les héros frimeurs. La plupart croit encore le futur. Il semble s'offrir à leurs ardeurs. Pour autant Benjamin Manser montre cette vie à l'envers et l'envers de la vie où travailler la jouissance tente de se faire jour entre madones apostoliques, robes de ronces ou squelettes des arbres. Il s'agit souvent de courir les pentes du désir par procuration.

Manser 3.jpgTout un monde s'agite sans connaître le gouvernail qui le fait avancer sur les places bondées ou les champs couverts de chaume. D'une certaine manière Benjamin Manser écope la misère. Il ouvre des portes qui donnent sur des arrières salles ou cours où la vie comme un brin d'herbe est ruminée avant d'être fauchée et où les légendes espérées finissent par s'éteindre. Il y a là tout un temps qui nous dure le temps d'y croire encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2020

Hansruedi Rohrer : le visible et l'invisible

Roher 3.jpgHansruedi Rohrer est un photographe des plus délicats dont les oeuvres retracent autant la beauté des paysages que le mystère de scènes plus intimes où l'animal remplace l'humain en des jeux de miroirs. Mais il est tout autant capable de dépasser encore plus le regard dans des prises "abstraites". Le réel perd sa réalité d’apparence. Les surfaces sont renvoyées à des états de méconnaissance. Elles se trouvent atteintes par une turbulence et une vague de connaissances intempestives. Elles deviennent les preuves que tout cliché peut offrir une épreuve de vérité différente de ce que l'on croit.

Roher 2.jpgExiste la présence d'architectures naturelles ou créées par la main de l'homme. S'engage de la sorte divers dialogues entre le dehors et le dedans, l'intime et le cosmique, l'immensité ou le microcosmique pour illustrer la beauté et la fragilité d'une série d'entrelacs. Chaque tirage accentue les lignes de force des édifices : mais le noir et blanc crée un trouble conséquent en des reconstructions aussi sensibles qu’intelligentes.

 

 

Roher.jpgUne telle poétique de l'image sublime l’intensité d’attention. De telles visions sont capables de bouleverser notre perception là où l'épaisseur du réel est comme déplacé. L'oeuvre entraine une réflexion sur l’espace urbain en proposant des interfaces à l’extérieur (façades, paysages de montagnes) comme à l’intérieur. L’artiste s’empare des volumes dans ses jeux d'ombres et de lumière. Ils redéfinissent les espaces avec une grande subtilité et provoquent un moyen de changer le lieu tel qu'il se définit grâce à la photographie.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.hr-rohrer.ch/