gruyeresuisse

24/10/2018

Richard Tuschman : scènes de la vie conjugale

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Avec ses "Méditations Hopper", Richard Tuschman s'amuse même si son univers photographique n'a rien d'une vie chez les Tuche... Fasiné par Hopper dont, écrit-il, "les peintures de Hopper, avec une économie de moyens, sont capables de résoudre les mystères et les complexités de la condition humaine", le photographe procède comme lui : il place une ou deux silhouetes dans un décor intérieur et minimaliste.

 

Tuschmann2.jpgDe telles scènes de la vie conjugale n'ont rien d'enjouées - et c'est un euphémisme. Existent indifférence, résigna tion essourdie sans doute plus étrange et rêveuse ici que chez Hopper. Tuschman se veut d'ailleurs aussi influencé par la thétralité et le clair-obscur de Rembrandt..

Tuschmann3.jpgSe mettant devant ses modèles en situation d’observation de leur "ennui", le photographe ne réduit pas ses prises à un document ethnographique » sur la condition de la femme dans le New York du XXIème siècle. L'époque est intemporelle. Les personnages constituent la matière mentale la plus plastique. Leur soumission au poids de leur existence est tellement forte qu'elle les sort du réel. Les figures féminines deviennent des sujets d'une "Mélancolia" sous l’effet d’une chape de plomb qui pèse sur elles. Elles ressemblent à des condamnées, enfermées dans leur solitude. Si Hopper n'est jamais loin Antonioni et Bergman rôdent....

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Serbe Labégorre : la volupté acerbe des fantômes

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Serge Labégorre ne se contente pas à travers ses portraits de rendre obsédants les vieux fantasmes et des hantises qui brûlent du feu de l’enfer des sens. Le paradis lui-même est incendié à travers ceux qui le représentent sur terre. Eros reste néanmoins souvent le maître des images. Mais que celles et ceux qui veulent se rincer l'oeil passent outre.

 

 

 

Labegorre 2.jpgNul besoin de pratiquer l'hyperréalisme : il "suffit" de traiter le corps à la serpe à travers des couleurs sursaturées pour faire saillir des personnages limites. L'artiste cultive à satiété le « mauvais genre » même si a priori celui-ci semblait être le bon. L'incarnation est grevée de fêlures et d'éboulis sans le moindre repentir. Cela rapproche d’une esthétique hard-core quasi sanguinaire (par les taches de vermillon) mais esthétisante à souhait pour secouer les myopes.

 

 

Labegorre.jpgPoupées brisées, personnages en déliquescence sont le fondement d’une esthétique volontairement et insidieusement drôle. Elle se combine à un propos narratif dont la «leçon» reste en suspens. Labégorre ne montre jamais simplement la femme dénudée, offerte et exposée comme soumise à des lois de la pesanteur. Les modèles ignorent le sourire et semblent se demander ce qu’ils font là. Chosifiés, provocanteurs, mélancoliques ou effrayants les portraits n'ont rien de préfabriqués. Ils viennent percuter les murs de la mémoire d'une présence ravageuse et aigue. Elle s’enfonce jusque dans les arcanes de l’étrange.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/10/2018

Wanda Orme et sa sirène

Orme.jpgWanda Orme - artiste multidisciplinaire et écrivain - sait jouer avec les clichés qu'elle met en scène. Il y a dans ses images et leurs hallucinations enjouées, les pièges et les jeux propres à l'imagerie Latex et un rien S.M. que la créatrice promeut pour la marque britannique de lingerie de luxe "Coco de Mer".

Les signes classiques d'un tel "déguisement' sont à la fois magnifiés et obviés là où la sensualité n'est pas forcément celle du plein mais du délié dans une sorte de jeu nocturne mais plus paradisiaque qu'infernal. C'est sans doute une manière de donner une autre image à la marque de luxe.

Orme 2.jpgMais c'est aussi un moyen pour la native de l'Ile de Man de communiquer et de subvertir en mettant l’accent sur l’expérience, la vulnérabilité, la résonance et la sexualité. Entre le désir et son analyse ludique, les images explorent des idées d’excès et de prolifération en relation avec une sexualité signe pour elle de «la lune croissante, le débordement et l’abondance». Mais gare aux chausses trappe que la créatrice tend à travers son modèle April Alexander.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vernissage le 24 octobre 2018 au magasin phare de Coco de Mer, 23 Monmouth Street London WC2.