gruyeresuisse

10/06/2021

Le noeud et le textile : "Stitches"

Noeuds.jpgCollectif, "STITCHES Scènes, corps, décors",  Le Commun, Genève, du 17 juin au 11 juillet 2021.
 
Gabrielle Boder, Tadeo Kohan et Camille Regli créent une proposition collective partant du noeud. Il devient la figure symbolique du lien et de la contrainte mais également comme motif élémentaire du tissu. De nombreux artistes (dont Mai-Thu Perret,  Sabrina Röthlisberger, Ugo Rondinone, Mario Botta, Sarah Burger,  Nicola Genovese, Julie Monot, Manon Wertenbroek portent un regard sur l’utilisation de ce matériau souple dans la création artistique de ces dernières décennies en Suisse.
 
noeuds 2.jpgDu point de suture au point de couture, les matières charnelles et tissées se répondent, se mêlent au sein d’une réflexion sur l’environnement privé, scénique et social. Cette "matière" a priori ni muséale ni de luxe a permis depuis près de 50 ans le bouleversement des  catégories dominantes et des hiérarchies artistiques : que ce soit   l’émancipation féministe (d'où la présence de nombreuses créatrices ou du décentrement occidental.
 
Le textile a donc acquis un pouvoir subversif et l’exposition souligne les rapports étroits que ce matériau entretient avec le corps et ses espaces de représentations. Autant par contrastes qu'affinités les œuvres forment une communauté - avouable ou non - formelle, tactile, narrative entre abstraction et figuration, ready-made et savoir-faire, scènes, corps et décors. Le tout en l'intime et l'extime, la contrainte et la libération.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/06/2021

Valentin Magaro : prostitutions

Mag 3.jpgValentin Magaro, "Théâtre du Complot", du 12 juin au 18 juin 2021, Sam Scherrer Contemporary, Zurich
 
 
Valentin Magaro traite des structures narratives fictionnelles dans le dessin et la peinture. Il propose des transpositions visuelles sur le phénomène des théories du complot. L’œuvre rappelle tout un univers baroque fait d'objet cachés mais en saillies. Bonnes soeurs, terres retournées, alunissages, moutons dormeurs deviennent  des stimuli visuels créateurs de nouveaux contextes et de motifs inédits où le monde devient   théâtre mondial absurde avec ses messages cachés.
 
Mag.jpgDes bâtiments bizarres semblent avoir surgi de la croissance auto-organisatrice alors que l’être humain émerge toujours sous une forme fortement schématique. Et tout résulte de  stratégies médiales et structurelles d’invention picturale. Ce qui est montré et ce qui est évoqué n'est pas forcément adéquat pour mieux souligner un univers de plus en plus douteux quant à ses structures "mentales".
 
 
Mag 2.jpgDans la combinaison d’un processus pictural d’invention de forme qui dérive en fait d’un support numérique, le   dessin artisanal et  scientifique - est transformé par la façon dont il est traité en quelque chose de totalement absurde et, en cela, il suit la logique de la génération d’images numériques où le réel devient une sorte d'intrigue virtuelle dont l'artiste se sert pour dénoncer un monde eu sens de plus en plus douteux.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

07/06/2021

Pavel Schmidt : gogues plus ou moins démagogues

Schmidt.pngPavel Schmidt, "Duchamp defekt", EAC les Halles, Porrentruy, du  13 au 27 juin 2021, EAC Les Halles Porrentruy, et livre (même titre)  aux éditions arts&fiction, 

 

Pavel Schmidt revient ici sur "Fontaine", le ready-made le plus iconique et controversé de l’esthétique présenté en 1917. Cet objet révolutionna l’essence de l’art en posant la question :   une œuvre en tant que telle suffit-elle à élever n’importe quel objet au rang de pièce artistique? Duchamp avait donné bien des interviews pour y répondre mais demeure toujours une énigme. C’est pour cela que le livre qui accompagne l'exposition s'accompagne de deux essais.  Plus ou moins tirés par le cheveux, ils n'évacuent pas la question. La chasse reste ouverte.  

Schmidt 3.jpgAvec son téléphone portable Pavel Schmidt a pris 104 clichés de pissoirs défectueux. «Il s’agit davantage d’un commentaire artistique que d’art à proprement parler», précise-t-il, tout en soulignant l’ironie et l'humour de son travail de  paramétrage.  "L’idée m’est venue assez spontanément, car cela fait une quinzaine d’années que je prends en photo des urinoirs défectueux" dit celui qui depuis les années 80 insère souvent cet objet dans ses travaux. 

 

Schmidt 2.jpgPour le plasticien suisse  les toilettes possèdent donc une aura particulière. "Il y a un côté énigmatique dans ces artefacts. J’ai, par exemple, toujours trouvé étrange de retrouver des cuvettes dans des containers de déchets. Cela ne semble pas anodin: quand on y pense, d’anciennes toilettes sont plus personnelles qu’un vieux parquet". Le pouvoir d'un tel objet est donc interrogé bien au-delà ou en-deça de l'expérimentation de Duchamp. Elle reste ici un (beau ?) prétexte.

Jean-Paul Gavard-Perret