gruyeresuisse

28/12/2017

Les sœurs H ou l’incertitude des corps simples

soeurs H bonbon.jpgEn 2021 Musée de l’Elysée ouvrira dans un nouveau quartier des arts. « Plateforme 10 » regroupera sur un même site le musée de la photographie, le mudac et le mcb-a. En attendant sur ce chantier se produisent déjà des performances inédites dont celle des Sœurs H il y a quelques semaines. Elles développent une proposition dont le sujet est la transformation et les expérimentations sur les incertitudes identitaires, leurs tentatives, leurs échecs et le rêve de pouvoir se devenir et ce, au sein de diverses couches de sens.

soeurs h bon.jpgLes Sœurs H créent des installations vidéos et sonores. Isabelle Henry Wehrlin est vidéaste, Marie Henry pratique l’écriture dramatique. Elles mixent leurs arts au sein de montages narratifs hybrides entre les arts visuels et la forme scénique. Elles décalent la réalité ; l’image avec inserts, le son imposent un univers particulier comme dans « Même dans mes rêves les plus flous tu es toujours là à me hanter, Jean-Luc » ou « Je ne vois de mon avenir que le mur de la cuisine au papier peint défraîchi » et à Lausanne avec « Tumulte ». Cette proposition situe parfaitement les recherches des deux créatrices au sein du passage trouble entre l’enfance et l’adolescence et l’interrogation qu’il suscite.

Soeurs H.pngInventant leur propre grammaire visuelle et sonore les Sœurs H montrent et font entendre ce qui sourd et jamais ne fait surface au sein d’un univers tour à tour, proche et lointain. Il s'agit d'inventer le regard. De glisser à la surface des volumes. Sans rien expliquer ou revendiquer à travers la cloison fragile et transparente du réel. Pour inventer ce regard il s’agit d’atteindre le fond du lisible en brouillant toute structure du discours par enjambements et ruptures selon une expérience du temps, de l'espace, de la mémoire pour une théâtralisation d'un sens à peine formulable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:45 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2017

Le trouble des spectres– Paolo Roversi

 Roversi.jpgLe travail de Paolo Roversi peut se rapprocher de celui d’un Newton et d’un Peter Kemp. Mais le problème de l’identité s’y pose plus intensément en un dévoilement aussi raffiné que trash. L’érotisme de l’artiste crée une perspective dégagée du simple voyeurisme. Car le regard n’en vient pas à bout. Un lien existe entre le sujet vu et celui qui le regarde. Mais cette connexion ne se prête pas à une lecture immédiate.

 

 

 

Roversi 2.jpgLe corps photographié est sans doute désirable. Mais l’approche du « miroir »- contrairement à ce qui se passe dans la peinture - suscite le soupçon. S’y devine le spectre fardé d’un autre qui n’est pas. Des Méduse et Blanche-Neige ressuscitent comme ce fut un moment de la peinture lorsque pour la première fois un peintre florentin y dessina un reflet avant d’être emporté dans le courant.

 

 

Roversi 3.jpgIl convient de chercher l’ombre du miroir sous l’image. Chaque femme abrite un silence dont l’écho la suit. Elle l’offre là où Roversi crée parfois des biffures. Le masque à lui seul reste peut-être miroir, mais sans ce dernier comment le savoir ? Si bien que la photographie devient la vision remisée et l’aveu contrarié. C’est pourquoi on devrait recouvrir les miroirs comme on voile le corps. Afin que le temps ne glisse plus dessus, qu’il se retienne comme un désir. Voir alors qu’elle effet cela provoque et comment on peut alors masquer l’aveu. Plus besoin de tourner le dos comme un fantôme lui-même gagnerait sa fuite.

Jean-Paul Gavard-Perret

15:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Laetitia Corbomecanik ou les ailes noires du désir

Laetitia.jpgL’homme face à aux univers érotiques des images standards est réduit à un peine à jouir, un prédateur aux semelles et devient la victime de sa propre embrouille libidinale. La solitude et la gêne règnent bien plus que le partage fût-il facturé. Il n’existe là nulle célébration. C’est pourquoi Laetitia Da Beca (aka Corbomecanik) en propose une. Mais hors des sentiers battus par ses photographies, dessins, performances, mises en scène.

Laetia bon 2.jpgElle interroge le sens des images, leurs errances, leurs pièges. La créatrice se moque des souverains poncifs de la photo dite de charme et la remplace par d’autres figurations du désir. Le ludique n’est jamais oublié au cœur même de la gravité. La performeuse en ses autoportraits comme avec ses figurines de latex en profite pour présenter des variations sur la pulsion amoureuse. Laetia bon.jpgLe corps photographié est sans doute désirable mais l’artiste le floute, le remplace ou le farde avec diverses références du hard-core comme au film noir. Il y a là l’objectivation du factice, la théâtralité d’une société intime « du spectacle » propre à ravir Debord.

Laetitia 2.jpgLe désir dans sa métaphore opératoire révèle nécessairement un objet : mais ici parfois il n’est pas le bon. Et lorsqu’il l’est, le regard qui se porte sur lui n’est plus celui d'une béatitude mais d’un empêchement. Il ramène à une « nuit sexuelle » sans doute moins première que celle dont parle Quignard. Le désir que l'œuvre propose n’a donc rien de consommable. D’autant que l’artiste prend soin de ménager divers types de trompes-faim parodiques, de miroirs brisé du simulacre. En une vision remisée et un aveu contrarié, tel un fantôme, tout en s'offrant la femme poursuit sa fuite.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.corbomecanik.com/