gruyeresuisse

16/12/2016

Sabine Jeanson dans la mangrove lémanique

 

Jeanson 2.jpgSolitaire, discrète Sabine Jeanson s’éloigne des bruits de la ville, du vent et de la pluie, de la rancœur pour s’abandonner aux vagues et de son art. Il n’ignore rien du réel. Mais ne s’y limite pas. Néanmoins jamais la plasticienne n’abuse des brosses à reluire. Les siennes abandonnent la chevelure (même si celle de l’artiste aurait fait rêver Baudelaire), elles deviennent surréalistes : un paysage y nait. Peintures, photographies, montages, collages, inserts, entre invention et recollection créent un univers qui demeure trop méconnu.

Jeanson bon 2.jpgIl est vrai que la Genevoise n’est pas une stakhanoviste de la production ; ses œuvres sombres, secrètes, radicales et humoristiques ne sont sollicités que par son intériorité. De là jaillit l’envoûtement particulier de ce qui tient de l’ineffable. Sabine Jeanson fomente sa transsubstantiation en puisant dans le bric-à-brac de la culture et de la rue afin de forger sa propre mythologie portable. Le corps y semble près de la bête, mais il est tout autant proche de la mystique.

Jeanson bon.jpgLa peinture jadis la photographie et le montage « romanesque » en secouent l’épaisseur et l’opacité venues de l’attraction de divers mondes, de leur resserrement ou de leur relâchement, de leur coquetterie, horreur, drôlerie. Le processus créatif rien d’impulsif : il est le fruit d’une maturation. L’artiste sait toujours attendre. Trop peut-être pour ceux qui voudraient se nourrir de ses œuvres conséquentes entre desquamation et tatouage au dévers de toute posture psychologisante.

Jeanson par Voeffray.jpgLe dévoilement poétique a donc lieu par images matières dans la palpitation du vivant même lorsque le passé est rappelé dans une unité constitutive avec le présent. En dépit du désastre du monde surgit un lever d’espérance là ne reste que la nécessaire pâleur sur la mangrove lémanique que constituent les lueurs du réalisme que l’artiste secoue pour réveiller les humain et leur donner "l'envie d'être encore en vie" (Beckett).

Jean-Paul Gavard-Perret

De Sabine Jeanson « Roman de gare », Théâtre SCM, Genève.

 (photo de l'artiste par Anne Voeffray)

 

13/12/2016

Vika Struk : nouvelles donnes

Struk 6.jpg

 

Vika Struk a déjà assimilé l’histoire de l’art et de la photographie qui est devenue son medium. Elle ne cesse d’en proposer diverses versions dans une esthétique plurielle mais néanmoins toujours reconnaissable.

 

 

 

 

 

 

 

 

Hyper douée elle peut jouer sur divers « angles » de vue. Le réel est là, mais il est tout autant repris, corrigé, découpé, révisé de trames. Struk 5.jpgParfois l’artiste appuie sur un effet de suggestion provocante, parfois elle cultive le retrait à la recherche non du réel mais d’un pur langage.

 

 

 

Le plus souvent elle s'intéresse à ce qui brûle l'apparence pour ne retenir que des épures ou fragments souvent ironiques par ses interventions intempestives.

 

Struk 4.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des rondeurs s'enveloppent les unes dans les autres selon un géométrisme astucieux. Vika Struk projette la photographie vers une autre voie en l'excluant de la représentation de la nature ou de la réalité afin de créer d’estimables quintessences qui rappellent parfois l’art de Mondrian, Lissitzky, Moholy-Nagy et qui transforme l’art du portrait en une crise de la figuration tout comme vers la recherche d’une intimité. Vika Struk.pngExiste aussi une ouverture là où parfois les personnages sont renvoyés à une solitude irrévocable ou au secret de leur identité verrouillée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vika Struk, exposition Corridor Elephant, Paris, décembre 2016.

 

12/12/2016

L’ogresse au poil : Claudie Dadu

Dadu.pngPour beaucoup Claudie Dadu est la femme à barbe. Ce qui n’enlève en rien sa féminité lorsqu’elle arpente les vernissages armée de son colifichet constitué de sa longue chevelure ramenée sur visage. Mais l’artiste est surtout spécialiste du dessin à main levé effectué d’un seul trait d’où saillissent souvent des gros plans érotiques.

Dadu 2.pngMétaphore agissante du cheveu, le trait permet de faire des œuvres « à et au poil ». Derrière le fond esthétique s’inscrit une littéralité brute de décoffrage non sans portée burlesque, baroque et fantastique où la « vanité » est parfois suggérée. Dès lors le dessin érotique s’éloigne des images bestiales, oblitère les frontières entre les êtres, libère un inconscient où la gargouille comme le graffiti n’est jamais loin.

Dadu bon.jpg

 

Les catégories habituelles perdent leur sens et le genre lui-même se défait pour jeter un trouble singulier dans les représentations duales du monde. La situation de la femme est suggérée de manière indirecte entre pudeur et impudeur, toujours avec légèreté. Chaque dessin demeure éthéré et ne tient qu’à son fil. Dadu 3.jpgLe contour déleste le propos d’une charge trop libidinale. L’artiste n’en préserve que la volupté. Se dénude l’altérité d’un soleil noir, d’une lune blanche en des cérémonies dont ne sera connue que la lisière. Nul ne pourra dire quel voyou des barrières caresse un sein mais la beauté diaphane est au rendez-vous.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.Dadu.fr