gruyeresuisse

13/06/2021

Lit et ratures

suisse.jpgEcrire m'assomme tellement que mes alignements d'une vacuité crasse ont pour  seul mérite de m'endormir  jusqu’au lendemain matin. Raccourci ou allongé le pensum garde le même effet : il ne me rapproche pas du signifiant mais du sommeil.
Chaque nouveau texte est plus inachevé que le précédent. C'est sans doute ce qui permet à mon blabla de se  poursuivre. Mais seule la suppression de mes récits dans la corbeille à papier est vraiment signifiante. Je peux alors remarquer mes qualités d’observation en son creux. En ce sens, de distinction je ne manque pas. Ce qui déplaira à ceux que Derrida - bûcheron de plaisanteries de derrière les fagots - séduit. Les miennes relèvent, contrairement à lui, moins de la glose biblique que du glouglou ou du gargouillis. Reste à m'endormir le soir tel que je le fais. A savoir comme un roi. Ou une brute qui écrit par une inadvertance notoire et dans l’esprit transitoire. Cela permet de vivre une éternité provisoire. Sous le signe du sommeil, ce qui me reste de raison engendre des monstres. Qu'on se rassure : à peine écrits ils finiront aux aussi au panier.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Peinture de Claudia Brutus.

12/06/2021

Religieuse amante

Brutus.jpgL’aimée ne veut pas que son amant dorme - entendons : s’abandonne à des songes où elle n’est pas partie prenante de son existence. Le vrai amour possède donc en lui le paradoxe de la nuit blanche : il faut arracher à l’autre sa possible absence. L’aimée veut être plus que le souvenir d’hier et l’illusion de demain. Elle veut être un désir présent qui ne veut pas que l’amant trouve le sommeil et abuse d’images. Pour elle celui qui dort non seulement ne l’aime pas mais la trompe avec des images. Il est un inconstant et doit demeurer dans ce que les Chinois anciens nommait la Nuit Originelle : celle où le sommeil est interdit, celle qui rappelle que l’amour n’est pas un songe et l’aimée un fantasme, celle où l’amante refuse que l’autre vive d’une autre vie et que sa sexualité s’évanouisse dans le sommeil. L’amour n’est donc pas réparateur. C’est l’animal-maître, l’épreuve humaine. Blanc est le souterrain nocturne de l’aimant tandis que l’enfer définit le sexe de l’aimante. Motus et bouche cousue tous deux plongent dans les flammes pour garder leur secret en leur lune de miel, dans la conjonction crue et vaginale de leur unité qui induit le voyage éternel et la conduite forcée du transport amoureux.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Peinture de  Claudia Brutus 

11/06/2021

Peter Wüthrich : pharmacopée

Wuett.jpgDans les montages médicamenteux de Peter Wüthrich surgit un imaginaire encore plus ludique. Ses installations deviennent pour le regardeur des suppléments de conceptualisation fondés sur de nouveaux jeux d'associations et d'alignements afin de mettre à mal  ici la prétendue complexité de notre manière de nous soigner à travers des "bibliothèques" de médicaments.
 
Wuett 2.jpgFace au fétichisme de la connaissance et dans notre période de pandémie l'artiste fait battre la campagne à l'imaginaire. Le livre n'est pas oublié ici et l'artiste continue à le transformer ou l'agrémenter. Existe donc toujours son entreprise de construction et déconstruction et de déchiffrement.
 
 
Wuett 3.jpgPeter Wuethrich reste toujours capable de produire différentes opérations et diverses ouvertures.  En conséquence il ramène  à un art autant rupestre que postmoderne mais avec légèreté et avec fun qui se cachent dans une armoire à pharmacie comme dans les livres agencés selon leurs couvertures monochromes. Elles font ce que les mots ne font pas. Il existe là des manières de soigner l'esprit plus efficacement que les fioles assemblées soignent le corps.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Literary Pharmacy & Two Books, Noire Gallery, Torino