gruyeresuisse

21/12/2016

Paul Klee : des messieurs pas tranquilles


Klee.jpgPaul Klee and the Surrealists”, Textes de Michael Baumgartner, Anne Sophie Petit-Emptaz, Guitemie Maldonado, Osamu Okuda, Jürgen Pech, Hans-Peter Wittwer, Hatje Cantze, Berlin, 400 p., 49,80 E., 2016.

Le surréalisme français (Louis Aragon, Antonin Artaud, Paul Éluard, Joan Miró, et André Masson) trouva immédiatement et naturellement dans l’œuvre du peintre et maître de Bauhaus Paul Klee un écho. Son gout pour le rêve, le cosmos, sa peinture visionnaire, magique et transcendantale - qui le porta au titre non officiel de « spiritus rector » dans le monde mouvementé de l’entre deux guerres mondiales - furent pour eux en parfaite adéquation avec ce qu’ils demandaient aux arts.

Klee 2.jpgRiche en informations souvent inédites le livre est complété d’un « booklet » principalement en français. Il contient la correspondance entre Klee et les surréalistes ou assimilés (Bataille, Desnos, Duchamp entre autres). L’artiste à l’intelligence de ne pas entrer dans les « guéguerres » qui se montaient entre des protagonistes parfois irascibles. Ils mettaient la pédale douce face à Klee. Celui-ci propose sa recherche et sa vision libre au moment où l’homme était déjà renvoyé à un statut d’automate. Klee envisage l’œuvre d’art et le monde selon divers angles et cadrages. La souffrance est là comme de toujours. Mais rien n’en est « dit ». Tout reste allusif en une sorte d’entente tacite avec l’absurde et la volonté de s’en extraire soulignés par une dérision implicite. Tout Klee est là.

Jean-Paul Gavard-Perret

Estera Tabjer : photographie et haute couture

Tajber.pngL’œuvre de couture d’Estera Tabjer prend sa source en sa pratique sensuelle de performeuse et dans ses collaborations avec des protagonistes des arts de scène. Ses photographies traduisent la symbiose entre la beauté des créations et des modèles. Les premières sont toujours minimalistes et très « graphiques » et soulignent la silhouette des secondes dans un jeu du noir et de la lumière tout en élégance et sobriété. Les tissus et les coupes font l’amour avec le corps.

Tajber bon.jpgChaque prise est donc une rencontre avec un modèle mais aussi sa transformation. Elle bâtit à la fois une entrée et une sortie pour en faire une image mais aussi un roman. Le corps n’est plus seulement fantôme ou nuage. Il devient un prélude d’une vie ou d’un accomplissement. Le « moi » sans identité du modèle crée une rhétorique : images privées, de la mode et de l’érotisme s’y rejoignent et l'artiste trouve là un moyen de détourner le cliché collé aux êtres-icônes de notre temps dans la littéralité poétiques de prises faites de fragmentations, incisions, décadrages.

 

Tajber 2.jpgLa frontière entre l’univers factice du show-room et celui de l’intime se brouille. D'où la quête perpétuelle du transfert d'une incrustation à une autre même. Elle ouvre chaque fois une sidération sensuelle. Preuve que l’épreuve photographique n’est jamais simple. Le secret n’est pas de savoir comment celui-ci se laisse aller à l’image mais comment l’envie d’image s’empare de la couture. Elle devient le point de départ - le déclic du déclic – de la création styliste et des photographies comme leur point d’arrivée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(crédit photographique : Michal Batory, Christian Kettiger)

20/12/2016

Les délices translucides de Jo Ann Callis



Jo ann Callis 2.pngJo Ann Callis sait que l’homme a besoin de postures à sensations fortes : il aime la femme comme prétexte d’une prolifération de métaphores. Mais l’Américaine provoque des accrocs dans la certitude de l’imagination de l’homme. Et si celui-ci viole métaphoriquement l’image d’une femme, celle-ci confisque son sperme en devenant la Femme Translucide, le délice des délits de gourmandise.

Jo ann Callis 4.jpg

Jo Ann Callis.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La lumière incarne divers types de chair là où la photographe invente l’illusion d’une obscénité de l’incroyable et de l’ironique. L’image n’est plus crée par les hommes et pour eux mais par une femme et pour elles. L’artiste donne une forme de calme au plaisir et une beauté par le don de la chair de diverses natures en clandestinité à ciel ouvert. Elle projette la posture de clarté sur l’intouchable, invente la parure d’innocence d’un tabou. L’extase de l’apparition à l’intérieur le jeu de l’artiste qui ne peut avancer que masquée. Et c’est bien là toute la poésie de telles présences.

Jean-Paul Gavard-Perret