gruyeresuisse

01/06/2020

Isabella Ducrot : synthèses

Ducrot 3.jpgIsabella Ducrot, "Subjects", Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 18 juillet.

Adepte des arts orientaux Isabella Ducrot  a développé pout un goût pour le textile qu'elle a exploré à travers la Chine, le Japon, l'Inde. Elle a cherché à comprendre comment ces pièces étaient des représentations des structures mentales d'une société et ce fut bien là le point de départ de tout son travail.

Ducrot.jpgPour sa première exposition à Genève , "Subjects", l'artiste italienne  présente entre autres ses étranges natures mortes paysagères (torchons de cuisine entre autres)  où elle reprend ses thèmes de prédilection. Mais elle peut traiter tout autant la sensualité avec par exemple  "Erotic" pot en noir et blanc où le thème "hot" est réduit à un simple jeu de formes géométriques. Tout est question d'appréhension de rythmes à travers ces présences dont le but est de retrouver l'essence des formes qui deviennent parfois  de véritables idéogrammes.

Ducrot 2.pngExistent dans ses représentations des présences ambigues dues au support textile,  l'image et ses liens avec l'histoire de l'art. Tout devient transposition qui participe moins à un décor qu'à une fiction. Elle tranforme les territoires de l'imagerie. L'artiste isole par concentration ce qui reste pour elle important loin de toute décoration chère à l'art occidental. La Napolitaine a trouvé dans l'ailleurs une manière de renoncer à tout ce qui est accessoire dans la peinture qui devient chez elle synthèse de tous les arts.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/05/2020

Les amor fati de Flynn Maria Bergmann

Berg.jpgFlynn Maria Bergmann , FlynnZine #2, art&fiction, Lausanne, 2020.Parution en juin.

 

Ce n'est pas parce que les objets s'éloignent qu'ils diminuent. En conséquence et  en écho aux fanzines punk-rock qui firent ses délices dans les années 70 du siècle précédent, Flynn Maria Bergmann reprend leur esthétique perturbée et kaléidoscopique pour scénariser le monde et les groupes de musique qui se servirent largement de cette expression pour visualiser leurs univers dans divers dégradations de couleurs et graphismes.

Berg 3.jpgL'artiste et écrivain fabrique donc un artzine échevelé où tout se mêle mais non - parfois - sans un ordonnancement plutôt classieux. Le FlynnZine peut se passer de main en main et échappe au marché de l'art classique et ses galeries ou des publications livresques "dures". Le format journal évite tout fétichisme et l'auteur d'ajouter que ce produit peut " finir par emballer ta porcelaine le jour où tu déménages"...

Berg 2.jpgLe créateur présente ici le deuxième numéro du FlynnZine qu'il définit comme "la bande-son d’une zone de solitude qui façonne l’amour". On y retrouve la collection de K7 du peintre Alexandre Loye reprise à la plume. Certes l'objet est obsolète mais il est là justement pour rameuter un monde avalé et c'est une des manières de faire jaillir des fantômes de divers types à travers mots, papiers froissés, collés voir cloués et gribouillés. Le surgissement d'un puzzle étrange devient un moyen pour l'artiste de combler un vide avec une sensibilité particulière.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/05/2020

Ursula Palla et les ambiguïtés

Palla.jpgUrsula Palla "Jardin Infini", Gisèle Linder, Bâle, du 10 juin au 18 juillet 2020.

 

Ursula crée des mondes et des personnages d’une innocence charmante qui ont quelque chose d’incroyablement abordable. L'artiste stimule l'attention par un tel univers créateur d'illlusions et de mystères. Ils laissent le regardeur dans une certaine perplexité.

 

 

 

Palla 2.pngLa nature est révisitée dans une sorte de rêve non dénué d'éventuelles angoisses mais d'humour aussi. Tout fait penser d'une part à la douceur d'un paradis terrestre mais où l'enfer peut pointer son nez là où la "naturalisation" demeure paradoxale et parle à l'inconscient selon différentes "méthodes" et techniques. Existent extension et rétention comme cela était déjà visible dans ses « sunflowers » où en référence aux tableaux de van Gogh, les fleurs se fanent ou s’épanouissent en fonction du temps. Mais la nature reste comme insaisissable en de telles mises en scène entre plaisir et perte mais aussi résistance.

Palla 3.pngL'ambiguïté que l'artiste développe signe non de désolidarisation du vivant mais rompt avec son merveilleux continuum. Ursula Palla cherche à tout mêler, entre errance et marche forcée dans de tels "lieux". C’est là la poésie de la vérité selon la créatrice. La lumière projette sur de tels accords et désaccords sur divers écrans. Dont les nôtres.

Jean-Paul Gavard-Perret