gruyeresuisse

20/06/2021

Jan Kiefer : matières et mémoires

Kiefer 2.jpgNé en Allemagne et vivant à Bâle, en Suisse, Kiefer réalise des œuvres d’art qui entrent souvent dans les particularités de la culture européenne. Des techniques de peinture variées, de l’artisanat traditionnel et de la sculpture prête à l’emploi sont déployées par Kiefer pour examiner avec ironie la transmission des idéaux hérités de l'art ou des loisirs.

 
Kiefer.jpgL'artiste se tourne par exemple vers le tourisme alpin et la figure du bonhomme de neige, un personnage récurrent qu’il représente sur les skis à la fois en peinture et en sculpture depuis 2016. Bien que considéré comme un monstre folklorique le bonhomme de neige a depuis été largement reconnu comme un symbole amical de la joie hivernale. Kiefer le peint ou le crée en peintures ou en structure gonflable de 15 pieds de haut perché sur des skis orange. Incliné vers l’avant et bouclé sous le plafond de la galerie, le bonhomme jette un regard vide vers le bas et affiche un sourire tordu et denté.
 
Kiefer 3.jpgLe sourire trouve un écho dans les peintures qui sont accrochées dans la galerie. Sur chaque toile, un bonhomme de neige descend les pentes du Cervin, un sommet colossal et emblématique qui chevauche la frontière de l’Italie et de la Suisse, regardant vers le spectateur. Mais ses peintures s'inspirent aussi des histoires et illustrations fantaisistes et disciplinaires de l’auteur allemand pour enfants du 19ème siècle Heinrich Hoffmann, ainsi que du livre d’images de l’écrivain suisse Robert Walser. Il crée aussi des oeuvres plus abstraites qui le rapprochent de l'école abstractive zurichoise tout en créant par de tels travaux un émerveillement ludique.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Zurich Art, 11-13 juin 2021.

 

19/06/2021

Barbara Ellmerer : flowers power

Elllm.pngBarbara Ellmerer, "Sense of Science. Paintings", Scheidegger & Spiess, Zurich, 2021.
 
La monographie de Barbara Ellmerer rassemble ses peintures et travaux sur papier de la période 2010 - 2020. L'auteur y capte en coloriste les splendeurs de ce qu’on prend pour l'amorphe. Elle articule traits et taches, pans et attaches jusqu'à trouver une combinatoire qui fait d'éléments disparates une unité. Ces "fresh flowers" ont une autre ambition que celles de David Hockney même si les deux artistes voient la vie en rose.
 
Elm 2.jpgTraits et taches, pans et attaches créent une combinatoire fait d'éléments disparates pour offrir une unité. Surgissent de ses toiles une délicatesse et une fragilité. De l'obscurité et l'ombre qui fascinent  l'artiste retient avec les couleurs une nouvelle inflexion. Le poids se dissipe au profit d'une sorte de légèreté : celle de l'être peut-être qui devient ici une sorte de tissu printanier et primesautier.
 
Ellm.jpgNéanmoins cette peinture reste grave : Barbara Ellmerer crée d'étranges plastrons pour un espace renouvelé au sein d'une recherche capitale : l'artiste y explore l'espace et le "fond" du tableau en un même plan, elle joue de la précision mais aussi du flux dans un raffinement brutal mais calculé. Les toiles ont la capacité de retenir une douceur lasse, un murmure, une accalmie et une trêve au sein même de ce que le mouvement de peindre engage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

18/06/2021

Claudio Moser : chiennes de vies

Moser.jpgClaudio Moser, "Chien errant", Centre de la Photographie de Genève, du 23 juin au 22 août 2021
 
Cette exposition se présente comme une rétro-prospective sur la base de l’archive sous forme de bibliothèque. Elle met l’accent sur des notions de temporalité dans une œuvre qui est plutôt identifiée à la représentation photographique de toutes sortes d’espaces. Elle est constituée de trois composantes propres à son œuvre : une "walking meditation" en format vidéo, ses livres et la série en cours "nothing to do nowhere to go".
 
Moser 3.jpgClaudio Moser y reste fasciné par la fluidité de la verticalité et son attention portée aux infinis reflets de l’attente. Les étendues paisibles des paysages comme des architectures brillent de leur souffle ascendant comme aboutissement même s'il existe des risques de tempêtes. Le réel est néanmoins expurgé de ses méandres et donne à l’extase visuelle l’odeur  pénétrante des senteurs d’épure et d’effluve. Pour autant rien n'est donné pour acquis.
 
Moser 2.jpgDès lors l’immensité rejoint ce qui la raccroche au monde. Des lignes se fixent pour gagner sur le chaos ou sur la liberté. Le réel - fléché vers le haut  mais parfois comme "empêché" - n’opte pas pour autant vers  une révélation mystique. Simplement au sein de l'errance l'espace se  rebâtit selon une vision où la sérénité tente de remplacer l'angoisse qui néanmoins filtre ça et là. Un front avance et s'élève. "Atmosphériquement" suspendu, immobilisé par la photographie il est reconstruit par une force d’érection qui invente une poésie de l'espace plutôt rare dans la photographie et l'art du temps. D'où les fables composites de tels lieux là où le créateur signale toujours un passage au sein des entraves.
 

Jean-Paul Gavard-Perret