gruyeresuisse

22/02/2015

APERTI 2015 : Marie-Pierre Cravedi Frontière et partages

 

 

 

aperti.jpgCravedi.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Après sa licence de cinéma à La Sorbonne et un Master de Photographie à l’EFTI à Madrid où elle fut l’assistante d’Alberto Garcia-Alix, après aussi quelques années en tant que photographe indépendante Marie-Pierre Cravedi termine un Master en Direction Artistique option Photographie à l’ECAL de Lausanne. Son travail fut présenté au Musée de l’Elysée en février 2014 après avoir été publié dans le « British Journal of Photography ». Son récent projet photographique intitulé « Réunion » est réalisé autour de la famille. A l’exubérance ironique (et hispanique ?) fait place une radicalité plus intéressante et moins facile. Il ne s’agit plus de simples « photos de famille » mais d’inventer une autre relation aux proches comme à l’image et un nouveau rapport entre réalité et fiction déjà présent – rappelle à juste titre la photographe - dans toute construction de la mémoire.

 

 

 

Cravedi 2.jpgSurgit une face cachée des choses et des êtres par effet plus d’aporie que d’évidence et en des jeux de surface et  saisies d’  « angles morts ». Par ailleurs les photographies de Marie-Pierre Cravedi ne sont jamais marquées du poinçon de la nostalgie qui les assujettirait à la soumission au romantisme du passé. L’artiste  ne se débarrasse jamais de la part la plus inconnue et résistante du réel.  Renouant avec le figuratif comme avec une sorte de « land-art » intérieur  la Lausannoise d’adoption incarne un réalisme particulier et en rien anachronique ; il se joue des apparences et cherche à percer ce qui paraît insécable.  En extrayant non la proximité du lointain mais le lointain de la proximité et en dégageant tout ce qui n’est que de l’ordre du spectacle et de l’évènement l’artiste touche ce qui appartient à l’ordre d’un mystère. Il  n’est pas seulement le sien mais prend une valeur généraliste.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21/02/2015

Aperti 2015 : Allegra Biava : la matière et l’ineffable

 

Allegra Biava.jpgAllegra Biava & all. Aperti 9ème édition, 21-22 mars 2O15.

 

 

 

Partant de matériaux basiques qui se modulent ou se délitent, Allegra Biava  commença à créer des objets pour apprendre un poème… Avec de la cire des fromages Babybel, des plumes de pigeons, et des objets de son passé elle réalise des assemblages nommés ironiquement « indigestible portions » en hommage sans doute à la marque au fromage rouge. Elle s’est aussi inspirée  d’un essai de Frances Yates sur l’Art et a planifié des images sur les lignes du « Ash Wednesday » de Elliot. Pour son installation White Light Folded (Lumière blanche pliée) elle a créé un millier de grues en papier : sur chacune fut inscrite une pensée secrète sous cachet. L’artiste travaille désormais sur des créations inspirées par la découverte des grottes Néandertaliennes qu’elle intitule « Intentional Scratching » (grattages prémédités). Puis elle reprend un autre White Light Folded (Einstellung) :  les grues sont pliées mais ensuite dépliées car selon (dit-elle)  une légende : celui qui plie et déplie mille grues en papier verra son vœu exaucé.


 

 

 

 

 

 

 

aperti.jpgL’artiste joue autant sur le voile, le pli, le clair-obscur, bref sur le caché, que sur  le déballage. Ce dernier n’est pas pour autant pour elle une panacée. Allegra Biava assigne à son travail d’autres ambitions.  En amont existe  un long ouvrage de préparation.  Puis tout commence - même si la gestation déjà suivait son cours. D’abord de manière brute, « à l’instinct » puis selon un travail d’équilibre jusqu'à ce que l’œuvre tienne dans son outrance concertée, affinée. Une outrance qui ne se laisse pas saisir d’emblée. Chaque oeuvre de l’artiste se mérite. Il faut apprendre à y entrer. L’œil d’abord rebondit avant de pouvoir la pénétrer.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

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20/02/2015

Poules et poulettes : Leopold Rabus

 

 

 

Rabus 3.jpgLéopold Rabus, Carré Sainte Anne, Montpellier, 27 février - 3 mai 2015

 

 

 

Quoi de plus revigorant que les fesses dodues justes ce qu’il faut  et blanches d'une femme tenant entre ses doigts fripés un canari ? Quoi de plus drôle qu’un aréopage des poules( de toutes espèces) attirées par un rai de lumière dans des granges helvétiques en bois sombre habitées par des moineaux dessinant dans l'air par leur posture improbable ? Rabus une fois de plus s’amuse en une série de rappels et de citations de la peinture classique : celle des scènes champêtres du XVIIIème siècle (La Tour), celle des paysages réalistes (Friedrich, Courbet. Existe aussi des reprises photographiques de la campagne suisse sublimée, des personnages chimériques qui apparaissent en un clair-obscur virtuose.

 

Rabus.jpgL’artiste se situe toujours entre la chair et l’image en un théâtre campagnard avec buffet dinatoire humoristique. Il monte des scènes qui libèrent des bulles de non-sens et soulèvent des questions qu’on n’imaginerait même pas se poser. Le peuple des poules et autre volailles semblent marcher sur les eaux pour revenir à la source d’un improbable Haut Rhône.  Mais qui, désormais,  pourra dire encore que les poules n’ont pas des dents ? Celles de Rabus les ont longues, elles ne lâchent jamais leur prises. Et c’est dans la peau et les plumes de tels oiseaux de nuit (ou pas) que la poésie s’incarne.  Son avenir est dans le crépuscule.

 

Jean-Paul Gavard-Perret