gruyeresuisse

10/08/2018

Audrey Tautou photographe

Tautou.jpgL’actrice Audrey Tautou a reçu son  premier appareil pour sa première communion. Elle était à l’époque fascinée par Diane Fossey et son approche des gorilles. Elle s’imaginait, comme elle, aventurière capable de photographier les animaux sauvages. Depuis elle n’a jamais cessé de pratiquer cette activité. Mais dans la jungle urbaine. Et c’est seulement l’année dernière à Arles qu’elle a osé présenter ses œuvres dans une exposition intitulée « Superficial ».

Tautou bon.jpgA priori dans de tels portraits Audrey Tautou s’amuse : elle se déguise, renverse son image avec humour et sans retouche. Le titre de l’exposition est en lui-même un clin d’œil. Mais il lui permet autant à revisiter le concept de superficialité à travers l’art photographique. Son œuvre en ce sens est iconoclaste, elle permet de franchir un seuil d’accessibilité à une sorte de paradoxale intimité où elle présente ce qu’on n’attend pas forcément d’elle. .

Tautou bon 2.jpgJouxtant les photos qui ont façonné son image publique dans les médias et bien sûr au cinéma, elle offre ici son propre « commentaire » visuel en contre-champ. Sachant qu’une actrice n’a dans son travail aucune prise sur son image et qu’elle ne peut la contrôler, elle se permet un écart à travers divers masques : ils prouvent que le « faux » peut être plus juste à ce qui est proposé ailleurs - au cinéma ou dans les revues - comme vérité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Solange Clouvel : effacements

Clouvel.jpgSolange Clouvel entraîne « par rumeurs et médisances, détours lexicaux » et avec le renfort des « chassés-croisés chromatiques » de Joël Frémiot à proximité du silence au moment où les couleurs sont emportées vers le blanc. Par cet évidement de l’écheveau d’une fable méconnue, les deux créateurs traquent une nymphe cancanière afin que son langage se replie à mesure que le livre se déplie.

Clouvel 2.jpgC’est donc une forme d’un paradoxe - celui de la « décréation » - que l'Imaginaire invente sans crainte du blanc pur, du vide et du silence. Pour autant la poétesse et le plasticien demeurent fascinés l’un par les images, l’autre par les mots. Ils traversent les écrans des décors, réinventent de la vue et du langage afin de rameuter l'inconnu.

Clouvel 3.jpgL'objectif n'est pas tant de découvrir de nouvelles images qu'à jeter la mémoire au vif des destinées. Et leur art du refus n'est pas la négation de l'art et de la poésie. Au contraire car ils produisent tout un travail d'effraction. « Fredon » est donc le lieu de fascination-répulsion. Plutôt que de « s’encendrer », le verbe et l’image s’organise afin de sortir le discours de ses poses et la peinture de ses fausses représentations. Se crée une remontée de sensations inédites.

Jean-Paul Gavard-Perret

Solange Clouvel, « Fredon », sérigraphies de Joël Frémiot, Collodion Editions, Mers sur Indre, 2018.

09/08/2018

Nourritures intellectuelles et terrestres : Lawrence Schwartzwald

Lawrence-Schwartzwald.jpgLe livre chez Lawrence Schwartzwald est toujours intégré aux images prises principalement en milieu urbain. Mais le photographe y intègre par la bande une autre capacité de vie. Les couches sédimentaires du corps n’évoluent pas que dans les mots et parfois en débordent.

Lawrence-Schwartzwald 2.jpg

 

Ils semblent parfois loin derrière. Comme s’ils se laissaient enfourcher ou manger dans divers canyons ou jeux de pistes. Si bien que le photographe offre des pensées qui dépassent de son corps et qui glissent géologiquement à des reliefs humains, très humains…

 

 

Lawrence-Schwartzwald3.jpgLes mots fussent-ils d’amour ne voilent pas tout. Plus question d’imaginer le ciel du logos, sa course des astres. Il faut sans doute et encore compter sur le livre : mais il ne fait pas tout et devient pain ou peine perdu. Aux émois du livre font place d’autres vicissitudes et d’autres découvertes. Etsi des scribes ont laissé leur trace dans le papier, il arrive que lectrices et lecteurs s’extraient de leur gaine ou exhibant d’autres mystères.

Jean-Paul Gavard-Perret