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05/02/2018

La beauté des lignes au musée de l’Elysée de Lausanne

Lausanne1.jpgLa nouvelle exposition du Musée de l’Elysée offre un panorama de l’histoire de la photographie au travers de l’impressionnante collection de Sondra Gilman et Celso Gonzalez-Falla. Les deux collectionneurs ont toujours été guidés par une approche précise de la photographie : le goût des lignes et du formalisme. Cela permet de mettre en exergue la qualité d’un art dont le mérite n’est pas seulement la représentation mais la re-présentation.

Lausanne2.jpgCuratée par Tatyana Franck et Pauline Martin, directrice et conservatrice du Musée du lieu, l’exposition permettra à beaucoup de découvrir un aspect moins connu de la photographie à travers les plus grands noms de l’histoire du médium. A l’illusion mimétique de la réalité fait place l’originalité d’un langage divisé ici judicieusement en trois plans : lignes droites, lignes courbes et abstractions.

 

Lausanne3.jpgCartier-Bresson, Bérénice Abbott, Eugène Atget, Robert Adams, Walker Evans, Rineke Dijkstra, Man Ray, Lee Friedlander, Stéphane Couturier prouvent une infinie variété de champs et de chants en une vision kaléidoscopique d’œuvre parfois empreintes d’érotisme et parfois proches de l’abstraction qui révèlent le « langage obligé » d’un tel art.

Jean-Paul Gavard-Perret

« La Beauté des lignes. La collection Gilman et Gonzalez-Falla au Musée de l’Elysée », Lausanne, 2018.

04/02/2018

Marcelo Brodsky : Souvenirs des/illusions

Brodsky 1.jpgMarcelo Brodsky, « 1968 : El fuego de las ideas», Kinoallee Kosmos Zurich, du 6 février au 15 mai 2018.

L’artiste argentin Marcelo Brodsky propose un travail plastique sur les idées de l’année 1968. Cette période a permis de réviser les relations au pouvoir et l’idée « d’interdire l’interdit ». Ce fut aussi l’ouverture de la liberté sexuelle. En 1968 l’Argentin n’avait que 13 ans et vivait en Argentine. Mais son père était à Paris en mai 1968 et l’artiste s’est intéressé plus tard à cette époque, en lisant des livres sur un mouvement global. Pour l’artiste celui-ci a marqué plusieurs générations et, 50 ans après,  reste novateur.

Brodsky 3.jpgIl a donc décidé de procéder un travail de compilation et de recherche d’archives de 68 partout dans le monde. Il a retenu 40 images de 28 pays différents d’Australie en Argentine, de France à l’Angleterre et aux Etats-Unis par exemple. L’artiste n’a pas récupéré des images sur Internet : il les a demandées aux photographes ou leurs agents. En haute résolution elles permettent « d’avoir du détail et dans le détail ». S’y découvre un flot d’informations qui évoque une histoire collective. Brodksy modifie les images en noir et blanc en ajoutant des couleurs et les centrant sur ce qui l’intéresse le plus. Il souligne des phrases des pancartes et parfois en rajoute. Le tout afin que chaque image devienne une œuvre d’art au sens plein du terme.

Brodsky 2.jpgL’artiste ouvre là une année de commémoration. Tient-elle de la nostalgie? Sans doute. Mais pour Brodsky ce travail est nécessaire. D’autant - qu’à tord ou à raison - il estime que « la photographie est indépendante par rapport au temps. Je laisse le choix au spectateur de décider lui-même si ces photos ont 50 ans ou si elles sont toujours actuelles ». Certes les problématiques n’ont peut-être guère changé mais reste à se demander si de telles images revisitées parlent encore. Et de quoi ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/02/2018

Les attentes : Sarah Hildebrand

Hildebrand 3.pngSarah Hildebrand,« Retour à l'image amoureuse », Berlin, « Hope » (chapitre premier), Galerie Focale, Nyon, 11 mars - 2 » avril 2018.

Sarah Hildebrand poursuit son retournement des lois de l’espace. Elle quitte un temps le paysage pour le corps. En s’appropriant le sujet manifeste, l’artiste affirme avant tout sa virtuosité technique et son invention d’effets de rapprochement. Elle s'en démarque en élimant les solutions trop faciles du pittoresque de la représentation. L’artiste met en scène à la fois son idée des mystères de la sexualité et sa conception de l’originalité de la photographie. Shooter ne revient pas à faire un geste pour le charme dans le but de persévérer un illusionnisme.

Hildebrand.jpgCette forme de ruse technique permet la création d’une nouvelle rhétorique de l’image visant  à l’équivoque de la ressemblance en différents types de syncopes. L’artiste préfère le retour à l’image sensorielle selon une iconologie matérielle et allusive. Elle cherche moins à souligner le rêve qui ne cesse de hanter les expressions et les œuvres des artistes de toujours que d’affirmer le principe même du devenir et de la transformation de « l’idée » même du corps et du visuel qui n’est plus considéré - à l’image de la femme dans l’art - comme passif, maîtrisable, malléable.

Hildebrand2.pngPour autant - ou en conséquence - l’artiste refuse une vision mythique ou mystique du corps. Sara Hildebrand fait frémir et basculer ses lisières. Le sujet est hanté presque physiquement par une présence impalpable, qui manque chaque fois d’apparaître comme tel et qui pourtant le saisit par-derrière et par une abolition de toute ligne de séparation entre matières et substances. Man Ray n’est pas loin lorsqu’il présentait le nu féminin ondulatoire comme une chronophotographie des effluves du désir mais tout autant comme une identité désindividualisée. Le corps semble reclus et en attente, entre liberté et nécessité voire comme l’écrit Breton, « résolu de peur d’être mal étreint, à ne se laisser jamais embrasser».

Jean-Paul Gavard-Perret