gruyeresuisse

08/09/2013

Entretien dans les villes imaginaires de Renate Buser

 

Buser.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ? J’aime mon travail et ma vie – c’est ce qui me fait lever le matin.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Mes rêves d’enfants m’animent toujours aujourd’hui..

 

A quoi avez-vous renoncé ? A l’idée d’avoir des enfants.

 

D’où venez-vous ? D’un lieu appelé 800  mètres au dessus du niveau de la mer et la ceinture de brouillard, dans les collines du Jura en Suisse..

 

Quelle est la première image dont vous vous souvenez  ?  Je me rappelle, j’avais environ 6 ans. Mon ami et moi me sommes montés  sur la toiture de notre maison, ce qui était, pour nos parents, très effrayants.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? La taille de mes photographies.

 

Où travaillez-vous et comment ? Je travaille le plus possible à l’extérieur dans des grandes villes ou des lieux historiques. Je travaille dans mon studio pour les travaux conceptuels et l’exécution des pièces finales.

 

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? J’admire beaucoup d’artistes, réalisateurs, écrivains, architects, la liste est très longue. Cindy Sherman est l’une d’elle.

 

Quelle musique écoutez-vous en travaillant ? Je n’écoute pas de musique en travaillant.

 

Quel livre aimez-vous relire ?Slightly out of focus par  Robert Capa.

 

Quand vous vous regardez  dans un miroir qui voyez-vous ? Moi

 

Quelle ville ou lieu à valeur de mythe pour vous ? Magnesia en Turquie.

 

De quels artistes vous sentez-vous le plus proche ? Un de ceux qui m’a surpris par exemple : Omer Fast.

 

Quel film vous fait pleurer ? Le film qui me fait pleurer - et rire : Short Cuts de  Robert Altman

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un voyage dans le nord du Canada pour voir les aurores boréales.

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : „L’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas“ ? -

 

Et celle de W. Allen „La réponse est oui mais quelle était la question ? „  -

 

Réalisé et traduit par Jean-Paul Gavard-Perret, le 6 septembre 2013.

06/09/2013

Mets à morphoses de Muriel Décaillet

 

decaillet oui 2.jpgMuriel Décaillet, « Chtoniennes », Exposition personnelle, Galerie d’(A), Lausanne du 6 septembre au 11 octobre 2013.

 

 

 

Parfaite iconoclaste Muriel Décailet est une artiste multimédias. Elle aborde autant les arts plastiques « classiques » que la danse, le théâtre ou l’architecture. Textiles, photographies, dessins, vidéos, installations, sons deviennent des narrations pour évoquer des émotions à la fois simples et puissantes et souvent en douceurs érotiques. Par ailleurs l’artiste ne crée pas « dans l’absolu ». Ses propositions tiennent compte des incidences ou des contingences des lieux. Son univers elle celui de la féminité plus que du féminisme.  Créatrice de mode à l’origine  par sa formation à la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) elle a déjà reçu de nombreuses distinctions. Glissant après ses études vers d’autres pratiques elle a déjà participé à de nombreuses expositions.  En Suisse  ( Musée Rath pour  "Découvrir et Redécouvrir" "Arachné" au Jardin Botanique de Genève) mais aussi en Chine pour une exposition d’artistes féminines et à Toulouse sur le thème de Lilith. Sa première exposition personnelle “L’Attente”  a eu lieu au Piano Nobile puis à la Villa Bernasconi de Genève le "Jardin sous vide". A Lausanne au théâtre des  Terreaux elle proposa son exposition « Comment élever un ado d’appartement? ». Ce ne sont là que quelques points de référence afin de situer l’importance du travail de la créatrice.

 

Décaillet oui.jpgFace à celui-ci le spectateur est  livré au risque de la défaillance panique au sens où Arrabal et Topor - dans leurs belles années  - l’entendaient.  Cette pratique n'est plus une possibilité de comprendre, mais l’impossibilité de ne pas comprendre ce qu’il en est de l’être, de ses pulsions, de ses désirs. Certes Muriel  Décaillet ne se fait aucune illusion : l’art passionne si peu les hommes qu'ils n'en finissent pas de s'inventer d'autres activités.  Mais on peut comprendre que  lorsque dans son œuvre un canard rit jaune ses raies alitées font des succès damnés.  L’art reste donc pour elle  l’avant-scène où parfois  sous le coup de, par exemple, la sobriété des lignes et des fils, tout arrive. Dans cette confrontation plus spectrale que spectaculaire, le corps sort de ses abris, l'identité féminine se déploie.  Par l'effet de bande l’art n'aura jamais autant été un acte étrangement et paradoxalement féminin et existentiel.Drôle il mitonne sur d'étranges étals ou plutôt sur ses tables de dissection l’animal humain. Il sort soudain du corps sous multiples avatars. « Je vous le prépare ? » semble dire l’artiste. Et sans attendre de réponse elle s’exécute – sans l’exécuter. De ce travail naît ce que les mets amorphes osent…  Soudain  l'animal rit. La créatrice prouve que l’âme humaine est donc soluble dans sa viande. L'art naît ici dans une fièvre de cheval. Muriel Décaillet possède donc comme coach l'araignée qui s'agite dans sa tête. Elle n’est pas forcément un sage. Et c'est tant mieux. Elle rappelle qu'en nous le porc n'est pas toujours épique et que l’hygiène la plus intime est celle de l’esprit. Ce qui n’empêche pas l’émulsion des sentiments intimes les plus forts. L’artiste les enveloppe parfois de tulle, parfois les ouvre d’un zip. Elle se fait au besoin princesse au cœur vert d’une maison de thé

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dans le grenier et au milieu des chats : entretien avec Muriel Décaillet

 

 

Decaillet 1 3.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ?   Mon fils

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Avalés par la réalité du monde

A quoi avez-vous renoncé ? A croire en Dieu

D’où venez-vous ?  D'une région montagneuse de Suisse, le Valais

Qu'avez-vous reçu en dot ?  La persévérance  

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Ma vie sociale

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Un grand plaisir : la lecture

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? A vous de me le dire!

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Probablement la pleine lune

Où travaillez-vous et comment ? Dans mon grenier, au milieu des chats

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?Je podcast des émissions de radios

Quel est le livre que vous aimez relire ? «  Ce que je voulais vous dire », de Anaïs Nin

Quel film vous fait pleurer ? Récemment, « In the Cut », de Jane Campion.

 


Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Cela dépend des jours, parfois une étrangère

Décaillet 1 2.jpgA qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Julian Assange

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Reykjavik

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Les artistes femmes. Kiki Smith, Cécile Reims, Mary Kelley, Francesca Woodman, Dorothea Tanning


Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un poème érotique

Que défendez-vous ?  Toute forme de singularité


Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Exactement le contraire!

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Je la trouve creuse et symptomatique de notre époque désidéologisée

Entretien avec Jean-Paul Gavard-Perret, le 6 septembre 2013.