gruyeresuisse

28/01/2021

Les énigmes à décrypter de Giacomo Santiago Rogado

Rogado.jpgGiacomo Santiago Rogado, «Anfang von etwas» ('Le début de quelque chose) , Galerie Mark Müller, Zurich  et Städtische Galerie Delmenhorst, à partir du 29 janvier 2021.

 
Fidèle à la tradition de l’Op Art, l'artiste de Lucerne Giacomo Santiago Rogado peint avec audace des compositions géométriques destinées à contenir des illusions visuelles complexes. Surgissent des hypothèses et des éventualités dans un travail sans cesse en mouvement qui ne propose pas de cristalliser une théorie mais s’invente au fur et à mesure de la production de l'artiste.
 
Rogado 2.jpgBien que techniquement impeccables et tranchants, les tableaux de triangles, de grilles et de barres de Rogado jouent des rythmes dynamiques devant le spectateur, donnant souvent des illusions de profondeur et de dissolution sur une observation prolongée. Il s’agit en effet de retarder le premier coup d’œil le plus longtemps possible, dit l'artiste. Le retarder pour qu'il se transforme à une contemplation qui peut faire entrer le regardeur à un état de préhension absolue.
 
Rogado 3.jpgLe secret vient une fois de plus affirmer son autorité dans  de telles peintures. L'artiste nous rend semblables au jeune Igitur de Mallarmé descendant dans “ le caveau des siens ” pour y trouver de l'inconnu.  A partir de là le voyeur saisit un monde qui échappe à l'univers des fantasmes.  Il est là où les ombres passent et disparaissent. Comme un animal il cherche leurs cachettes au moment où l'artiste pratique le registre de la suggestion. L'œuvre rend compte de la puissance de la vie et vient troubler les certitudes. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

27/01/2021

Son nom est personne - David Henry Nobody Jr.

noboy.jpgMélange d’art de performance et de photographie, l’œuvre de David Henry Nobody Jr. est aussi humoristique qu'horrifiante et toujours prémonitoire. L'artiste met a mal le jardin des délices mondialistes et une nouvelle réalité et miroir technologique de proportions apocalyptique.  L'univers kitsch et de science-fiction très particulière est là dans un but précis : "je porte les problèmes que je vois autour de moi" écrit l'artiste.  

 
Nonody 3.jpgDavid Henry Nobody Jr inspiré par Fluxus crée des personnages bizarres «auto-saboteurs involontaires», perdus dans les limbes d'un monde consumériste. Il utilise pour les construire des masques et des sculptures portables composées de détritus de la consommation.  Sa dernière série  «Resemblage» (assemblage et collage), explore avec humour et angoisse le côté sombre de la culture et de la politique , interroge l’humanité et le narcissisme contemporain.
 
Nobody 2.jpgSes personnages à la recherche de plaisir sont grotesques, incapables de reconnaître qui ils sont dans un monde de plus en plus difficile à déchiffrer entre réalité et fake news. Et l'artiste de résumer ainsi son travail  "Je montre simplement de manière ludique ce que je ressens et vois, un peu comme des artistes comme Otto Dix l’ont fait dans d’autres temps politiquement sombres. Comme un clown, je suis complice de l’auto-tromperie du maintenant."
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
"Resemblage", jusqu'au 31 janvier sur le lien www.davidhenrybrownjr.com

25/01/2021

A l'épreuve du jour : Moritz Herzog

Herzog.jpgMoritz Herzog, "Chambre jaune", Gisèle Linder, Bâle, du 23 janvier au 3 mars 2021.

Qui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie  ici une forme de hantise de l'air dans des espaces en effacement. L’arbre n’est plus le totem phallique. Non qu'une végétation l’habille mais parce qu'il devient une présence au silence d'un  monde dont il devient le symbole. Nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps.

 
Son existence trouve là un autre rôle. Quelque chose se conjugue entre lui et ce qui l'entoure en une lente infusion et un transfert propres à modifier nos axes de référence. La photo devient le corrigé du temps plus ou moins revenant au moment où l'arbre représente un manque et un accomplissement.  
 
Herzog 3.jpgMoritz Herzog trouve là un moyen de pousser plus avant sa recherche photographique. Il quitte un certain confort technique pour s'aventurer vers le rempart d'un monde premier au sein de silhouettes affolées de silence qui brisent le ciel lui-même brouillé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret