gruyeresuisse

05/09/2018

Victor Man et le C.E.C. de Genève au M.A.D. de la Monnaie de Paris

MAD victor Man.jpgLes œuvres de Victor Man créent souvent des bribes d’histoires inachevées ou désaccordées mais toujours susceptibles de susciter chez le spectateur/lecteur des associations libres et une certaine désorientation. Son livre présenté au MAD (évènement et concours orchestrée par Sylvie Boulanger et Michel Woolworth à la Monnaie de Paris) le prouve. Celui qui comme il l’écrit « évite de donner un statut définitif à mes œuvres. J’aime l’idée de pénétrer doucement les choses et de conserver une certaine distance. Si les choses deviennent trop explicites, j’ajoute un autre élément qui en perturbe la cohérence » cultive une nouvelle fois l’ambiguïté dans ce livre « mixé ».

MAD.jpgCe livre d’artiste est la reproduction de carnets de dessins De Victor Man lorsqu’il était enfant en Roumanie communiste. Les bandes dessinées révèlent sa fascination pour les héros occidentaux interdis dans son pays. Le livre s'ouvre sur une lettre de Victor Man à la petite Rózsa à qui l'ouvrage est dédié. De tels comics réinventent les héros. Dessins et ses historiettes portent la naïveté de l'enfance mais aussi les fantasmes que provoque cet univers mystérieux et inaccessible. L’ensemble fait dériver un sens initial pour acquérir d’autres niveaux de signification, plus souterrains. L’artiste en augmente le potentiel représentatif. La culture première et populaire trouve un sens divergent comme l’artiste l’avait déjà proposé avec des artistes ou auteurs confirmés : Pierre Molinier ("Shaman", 2008), Samuel Beckett ("Untitled (Memorable Equinox)", 2009) par exemple.

Mad 3.pngMan joue de l'espace livresque comme un lieu de désirs et de dérive. Existe une expérience qui vise à une vision expressionniste et transformiste des « comics» soumis à d’étranges reliefs. Tout ressemble à un chantier où l’artiste remue les héros codés selon des mouvements et des renversements qui ne déplacent pas seulement les lignes. L'explication que peut en donner l’artiste n'est jamais suffisante. Il appartient à l'observateur le « droit » d'établir les règles qui régissent sa bonne compréhension. Comme il lui revient aussi celui de s'égarer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Victor Man, « Chilhood Drawings fot Rozsa », C.E.C. Genèvre, Multiple Art Days, Monnaie de Paris, 14-16 septembtre 2018.

04/09/2018

Robert Montgomery : burn out

montgomery.pngRobert Montgomery, “And the screens that circle you like butterflies now”, Analix Forever, Genève. A partir du 13 septembre 2018.

Robert Montgomery expose chez Analix Forever ses plus récents travaux .La peinture y est considérée comme un palimpseste. Celui qui a commencé sa carrière comme peintre plus « classique » (exposé entre autres au Museum of Fine Arts de Houston), pour ses nouvelles peintures Montgomery retravaille les compositions de Malevitch (ce qu’il pratique depuis longtemps). Il y superpose des inserts poétiques actifs.

montgomery 2.pngPour le peintre américain le « Modernisme » de Malevitch n’est pas un style mais une morale à laquelle il ajoute ses propres utopies inhérentes à notre époque de crise sociale et écologique. Il revendique la poésie visuelle contre le consumérisme, la douceur face à la peur et la haine afin que son néo-« Modernisme » s’élève contre le « trumpisme ». Par ses photographies et ses panneaux de « poésies de feu », l’artiste trouve dans un dispositif de communication directe avec ceux et celles qui lisent ses textes en ignorant éventuellement tout de l'art.

montgomerry.jpgPour parvenir à ses textes terminaux l’artiste « écrit comme un fou » puis trie. Il ne garde que ses « manifestes idéalistes » capables de faire réagir ceux qui sont désolés ou révoltés par l’état du monde. L’artiste trouve ainsi un ton, une voix pour ce qui engage à une « conversation inconsciente collective ». Pour la survie de l’existence humaine, l’artiste pratique la créativité́, l’amour afin que disparaissent le marais des politiques et des technologies et celui des jeux de pouvoir parsemé́ de feux follets. Bref Montgomery ne s’accommode pas du monde tel qu’il est : il le fustige.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mike Miller : Californication

Miller.jpgMike Miller s’est fait connaître par ses photographies de la scène hip-hop des années 80 de la côte ouest. Né dans le West-Side de Los-Angeles il a côtoyé depuis toujours les Chicanos, les Noirs, brefs les victimes de la société florissante. Quittant les USA pour Paris et l’Europe Linda Evangelista lui offrit son premier appareil photo (un Nikon ayant appartenu à Peter Lindberg).

Miller 2.jpgIl commença à photographier très vite de manière professionnelle. Il réalise des images des campagnes de publicité pour Cacharel et d’autres maisons de mode. De retour à L.A - et désormais reconnu - il photographie des artistes et groupes (‘The Go-Go’s, Heart, Stan Getz, Herb Alpert) pour divers labels dont EMI. Mais il préfère toujours le hip-hop et réalise sa première pochette de disque de rap puis photographie les stars de la scène rap de la Californie.

Miller 3.jpgSe retrouvent dans son exposition ses photos les plus célèbres mais surtout des inédites beaucoup plus intéressantes sur les cultures et communautés alternatives de sa cité qui devient un ventre ouvert. Sans aucun pathos et avec humour et verve il suggère le Los Angeles méconnu où les perdants semblent collés aux trottoirs. Mais il évoque aussi une révolte implicite de ceux qui au bord du Pacifique - ou dedans - ignorent la peur et cultivent une certaine provocation.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Mike Miller, « California Love », Photo M+B Galery, Los Angeles.