gruyeresuisse

27/01/2020

René Burri l'offensif

Burri 3.jpgRené Burri : L’explosion du regard, Elysée Lausanne, du 29 janvier au 3 mai 2020

Toutes les variations de René Burri sur la photographie créent des lieux magiques. Né en 1933 et décédé en 2014 à Zurich, le créateur fut un précurseur et un maître d'une nouvelle expressivité de son art. Il rejoint Magnum Photos en 1955 et pendant soixante ans il parcourt le monde pour capter les événements majeurs et de nombreux portrait : Picasso, Giacometti, Klein, Tinguely, Le Corbusier, Niemeyer et le mythique "Che au cigare".

Burri.jpgMarc Donnadieu et Mélanie Bétrisey proposent une nouvelle rétrospective de cette œuvre qui joint le spatial et le structurel. Et ce dans un lieu qui fut emblématique pour lui. Il y présenta plusieurs expositions et lorsqu'il crée une Fondation à son nom il choisit le Musée de l’Elysée pour l’abriter.

Burri 2.jpgCette exposition crée un ancrage dans la part la plus intime et secrète de son oeuvre à travers planches contact, tirages d’études, films, maquettes de livres, projets d’exposition, carnets, collages, aquarelles, dessins. Toute une vie est là pour illuster une pensée et une poésie en photographie. Divers pans de l'homme et de l'oeuvre jaillissent. L'artiste prouve qu'il lutta contre bien des mépris à la manière d'un homme révolté et passionné.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/01/2020

Hans-Ruedi Giger toujours présent

Giger.jpgNé à Chur, en Suisse, le 5 février 1940, Hans Ruedi Giger étudia le dessin, l'architecture et le design. Il publie ses premiers dessins dont son "Atomkinder" (Enfant atomique) dans le journal de son école en 1964. Il développa une passion pour Freud et la psychanalyse, commence à répertorier ses rêves dans un journal et imprime une série de travaux intitulée "Un festin pour le thérapeute". Son univers est alors déjà teinté d'angoisse, d'effrayantes créatures imaginaires et de paysages étranges.


giger 2.jpgArtiste multipartitas, Hans Ruedi Giger a réalisé des courts métrages documentaires avant d'être approché pour l'adaptation de Dune par Alejandro Jodorowski, qui ne verra pas le jour. Mais il est repéré par Ridley Scott pour concevoir la créature de "Alien"dont la chair se mélange à la mécanique, branchés sur des tuyaux, renforcés par des armures.

Giger 3.jpgIl définissait son style comme "biomécanique" créateur d'une ambiance fantastique, sombre et inquiétante. Mais à côté de ses travaucx cinématographiques il continua à produire des œuvres très diverses et à caractère fortement sexuels : sculptures, peintures à l'encre, pochettes d'albums (entre autres pour  Blondie et Emerson, Lake & Palmer), pied de micro du chanteur de Korn, scénographie du Mylenium Tour de Mylène Farmer. Celui qui aurait préféré être musicien que plasticien reste un un créateur de premier plan qui aura influencé son temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/01/2020

Beckett : last exit - Maylis Besserie

Beckett.jpgSamuel Beckett est mourant. Ce n'est plus l'homme qui attend, l'insomniaque rêveur se souvenant comme "L'innommable" d'un "Je suis quelque part". Il ne s'agit plus comme ses héros de vivre sans vivre et mourir sans mort. Bouche close,  cousue,  l'auteur est adoubé à la réclusion dans une maison de retraite du XIVème arrondissement tel et déjà une ombre parmi les ombres.

Rien ne sort, rien ne peut plus sortir de sa bouche. Samuel Beckett est réduit à un fond de vie où "l'aveu d'être et de ne pas exister" ("Poèmes") va prendre tout son sens et que l'auteur a rappelé  dans son dernier texte écrit quelques semaines avant sa mort :

"rien nul

n'aura été

pour rien

tant été

rien

nul".

Beckett 2.jpgMaylis Besserie écrit pour le dire un livre émouvant où elle remonte l'histoire du plus étonnant des minimalistes littéraires capable de créer des calvaires grotesques, des foirades lumineuses en des suite d'apories. Mais dans cette maison de fin de vie (ou ce qu'il en reste) l'oeuvre se "désoeuvre" au moment où l'auteur se tait, entouré de femmes et regardant la télévion pour laquelle il aura écrit des pièces indépassables ("Quad" par exemple).

Beckett 3.jpgLe goût de poursuivre n'est plus de mise. Plus question de vouloir ressaisir ce qui fut si mal engagé et que l'auteure souligne. Le "je qui ça" de "L'innommable" tire sa révérence en une sorte de logique parfaite avec son oeuvre. Le regard perçant de Sam scruta une dernière fois le monde. Ce regard fauve qui semblait dire du fond d'une langue latine morte et intestine: "Vide", injonction du visible et du vide. Cela la dernière image. L'unique. Où tout commence. Où tout finit.

Jean-Paul Gavard-Perret. 

Maylis Besserie, "Le tiers temps", Collection Blanche, Gallimard, Paris 2020.