gruyeresuisse

05/06/2020

Quand la préciosité n'a rien de ridicule - Patricia Glave

Glave.jpgPatricia Glave, "Les Gracieuses", Abstact - artcontemporain Lausanne, Exposition du 7 juin au 4 juillet 2020

Après un séjour de six mois de résidence en 2018 dans la capitale internationale de la porcelaine à Jingdezhen (Chine) puis un an plus tard au EKWC (Hollande), Patricia Glave propose une recherche des plus sophistiquées dans un dialogue entre matières (verre, céramique, bronze, etc.) et l’Occident et l’Orient.

Glave 2.pngPoursuivant une recherche esthétique et philosophique inspirée de diverses mystiques la Lausannoise développe sa réflexion sur le rapport au corps (et sa représentation symbolique) à travers des sortes de métaphores pour en souligner les forces et les faiblesses.

Glave 3.pngSon travail avec le temps s'éloigne d'une certaine crispation qui était là pour jouer parfois du grotesque, de l'humour et de la sensualité afin de souligner le cynisme d'un certain patriarcat. Désormais ses "Gracieuses", comme "Les Précieuses" ou "Les Délicieuses" deviennent comme elle le précise des " Memento Mori qui font prendre conscience qu’une « vanité est une catégorie particulière de nature morte dont la composition allégorique suggère l’évocation du caractère transitoire de la vie humaine". Mais parallèlement, ces visions offrent une présence du corps de la femme aussi charnelle, précieuse qu'envoutante.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/06/2020

"Que faites-vous quand vous ne faites rien ?" ou comment rester dans le bain

Bains.jpgCollectif, "Que faites-vous quand vous ne faites rien ?", Centre de la Photographie de Genève, juin 2020.

 

Comme une grande partie du monde, à partir de mi-mars 2020, Le Centre de la photographie Genève dut fermer ses portes, avec des décisions rapides et soudaines à prendre. En effet, le Centre n’a pas de raison d’être sans le public et les artistes et ses responsables ont navigué à vue pendant de nombreuses semaines, avec bien des doutes et des incertitudes.

Bains 2.jpg

La sidération passée, il a invité des photographes de la région de l’arc lémanique qui se retrouvaient sans commandes et des artistes d’ailleurs à présenter leurs clichés pris durant le confinement. Ce projet a reçu un large écho et plus d'une quarantaine de créateurs ont répondu dont Jean-Daniel Meyer, Nicolas Haeni, Andrej Derkovic, Vincent Calmel, Pascal Kober, Christine Rambaud, Stéphanie Probst, Samir, Régis Golay, Jules Spinatsch, Jean-Jacques Kissling, Delphine Besse.

Bains 3.jpgChacun  a cultivé une théâtralité très particulière. Et les artistes ont prouvé qu'ils possédaient le sens à la fois de l’espace du dehors comme du dedans selon leurs sensations face au confinement au sein d’une "picturalité" campagnarde, urbaine ou plus allégorique et selon diverses traditions. La réalité se mêle souvent au rêve non sans humour en un éther nonsensique mais tout autant symbolique. Le spectateur est entraîné dans des univers où la chimère rôde encore même si parfois le doute est permis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabel Pillet : in vino veritas

Pillet.jpgIsabel Pillet, "Expressions vineuses", Photographies, Galerie Syndrome Artistique, Lausanne, du 21 janvier au 30 juin 2020.

Fidèle à son autre regard sur l'art, la galerie Syndrome Artistique propose les photographies "abstraites" mais chevillées sur le réel d'Isabel Pillet. Le macrocosme et le microcosme se rassemblent presque naturellement dans un travail d'exploration à partir de ressources simples - ici des liquides et leurs contenants - dans une concentration non sur ce qu'ils sont mais les détails qui les métamorphosent en univers étrange.

Pillet 3.jpgLes sujets qui attirent la créatrice sont la nature, les plantes, les fleurs, les animaux, ainsi que l’architecture, les maisons, les constructions. Elle les "pense" en images comme ici elle retient le jeu du vin dans des moments fugitifs. Surgissent des espaces étranges. Ils deviennent des demeures de hantises et de méditations dont l'"abstraction" développe un volume de reconstruction d'une présence inattendue.

Pillet 2.jpgLa vinification crée - telle que l'artiste la saisit - diverses courbures dans une poésie prégnante, originale. Isabel Pillet transforme l'apparence du "corps" du vin là où les limites entre l’extérieur et l’intérieur, le contenant et le contenu poussent à conquérir de l'impensé et de l'invisible. Ce qui devient palpable par les formes ouvre un monde étrange là où la photographie est certes expérimentale mais où la cérébralité presque inconsciente de l'art ne sacrifie en rien à l'émotion qu'il doit susciter.

Jean-Paul Gavard-Perret