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04/06/2017

Le radicalisme de Joseph Marioni


Marioni.jpeg.jpgJoseph Marioni, « 6 Pain tings » Galerie Mark Muller, Zurich, 10 juin – 21 juillet 2017.

Depuis les années 70, Joseph Marioni crée des tableaux réalisés à la verticale et au moyen d’un rouleau très chargé afin que le peinture se répande largement. Après séchage l’artiste recommence plusieurs fois en superposant des couches de couleurs différentes ou simplement contrastées. Ses tableaux sont simplement intitulés « Yellow, Blue, Red, Green, White ». La couleur n’est plus à comprendre comme simple surface mais langage. Marioni  2.jpgRestent une texture et une profondeur provoquées par les accidents, les traces de l’acrylique et les vibrations des feuilletages de couches. Existent une quête de liberté absolue, une croyance profonde dans les vertus de la peinture pour elle-même. Celle-ci crée des émotions. Son ressenti intérieur guide le regard. Quant au peintre lui-même son instinct lui indique lorsqu’une toile est achevée. Sa seule évolution est celle d’un cheminement intérieur. Marioni a trouvé avec cette écriture une esthétique capable de transmettre pleinement ce qu’il ressent et ce à quoi il croit.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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01/06/2017

Luc Binet : Martin Van Maele sous le signe de Zorro et du X

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Luc Binet, “Martin Van Maele ou le diable se cache dans les détails”, Editions HumuS, Lausanne, 2017, 190 sfr.

Maurice François Alfred Martin est connu sous le pseudonyme de Martin Van Maele. Dessinateur et illustrateur il est reconnu pour la qualité de ses illustrations érotiques. Elles se déclinent souvent avec un goût prononcé pour le fouet. Afin de s’en convaincre il suffit d’évoquer les titres de ses textes et illustrations : La Comtesse au fouet”, “Domptée par le fouet”, “La flagellation amoureuse”, “Le Fouet au Moyen-age”, “Instruments de flagellation”, “La philosophie du Fouet”. Et la liste n’est pas close. A l’inverses des maisons où l’auteur fait découvrir des avanies programmées pour le plaisir.

Van Maele 2.jpgMais le “S-M” de Van Maele reste ludique. il reste largement révolutionnaire pour son époque comme le prouvent le catalogue de Luc Binet et l’exposition consacrée à l’artiste (“Fissures de la censure” Bibliothèque de l’Université de Neuchâtel). Néanmoins le “pornographe” (il n’a pu échapper comme on s’en doute à cette nomination d’infamie) ne se contente pas de l’outil punitif afin de proposer l’exaltation des sens.

Illustrant les “Fleurs du Mal” ou sa “Grande danse macabre des vifs”, Van Maele conjugue l’éros sur un lit ou ailleurs, à genoux ou debout dans le but d'atteindre le ciel en un paradis terrestre qui ignore l’aridité des sens. Des courbes nombreuses sillonnent des nuits bouillonnantes. Les amants y sont enroulés dans leurs grouillements. Ils créent des mêlées parfois sombres.

Van Maele 3.jpgLe corps est vu sous des angles aigus entre tact et écarts, attouchements et distance ( toute relative). A fleur de peau se produisent des vibrations et des étreintes affluantes. Plus que d’ausculter l’abîme des sens, l’artiste montre ses éparpillements en vergers d’Eden et en quinconces. A la vie mentale est préférée une autre description du monde. Le dessin fend bien des cuirasses et autres costumes plus seyants. La nuit en alcôve et sérail s’ouvre et remue afin que les amants (fussent-ils d’un jour) partagent la même apnée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie-Claude Gardel et l’effusif

Gardel.jpgMarie-Claude Gardel, « Supports papiers », Impasse du Phoenix, Lausanne, 14 juin au 2 juillet 2017.

La gravure crée une confluence endiguée par le flux plus que le poids de la presse. Elle incorpore dans son avance les encres en alimentant le papier de couleurs en une « fuite » où l’impondérable garde son mot à dire. Un cortège de légèreté semble apparaître mais au nom d’une ascèse qui la comprime et pour la découverte surprise qu’implique cette pratique.

Gardel 2.pngDes incidents de parcours sont toujours possibles, la gravure peut connaître des tremblés, des attentes. Mais c’est ainsi que se franchit la frontière entre image et image « de », entre être et franchir. Chaque tirage bâtit une demeure, un nid indéfiniment suspendu.

Existe toujours quelque chose qui couve et se tient au chaud. La gravure devient une cachette : bientôt se dévoile son secret. De l’air il en reste toujours. S’il n’est pas inclus il est marqué. Il est ce sur quoi la gravure s’appuie et avec quoi elle se compose. Le tirage fait que la suspension d’un souffle devient figure : c’est un film arrêté sur sa propre réussite.

Jean-Paul Gavard-Perret.