gruyeresuisse

06/01/2017

Dépôts et dépositions ; Vanessa Billy

Billy.jpgVanessa Billy, « Dear Life », Centre Culturel Suisse de Paris, du 21 janvier au 26 février 2017.

Pour Vanessa Billy revendiquer l’art le plus « sale » (où par exemple un moteur perd son huile) revient à dire oui à la vie dans un superbe renversement des codes. L’esthétique n’est plus là pour faire beau : sa laideur est un appel à la survivance de l’espèce. Vanessa Billy ne croyant pas à l’Ascension ne considère pas l’art comme un épiphénomène, une vue de l’esprit mais un moyen de cesser d’aller droit dans le mur. L’artiste instruit divers types de circulations, transferts, recyclages d’objets et de mots par référence aux activités humaines. Les choses les plus banales porteuses d’anciens usages sont déplacées vers une utilisation inédite. La transmission prend un sens nouveau et de nouveaux circuits.

Billy 3.jpgPreuve que si l’avenir est dans les choses il n’est pas forcément dans leur consommation. Il s’agit de pousser plus loin un possible de l’art à travers détours et reprises. Jaillissent des possibilités d’incandescences à partir de la désolation en une stratégie qui renonce au simple charme pour faire bouger les lignes sous couvert de collectes. Elles défroquent le réel de sa machinerie pour un retour à une vie plus sauvage. Telle une souris Vanessa Billy ronge la maille des images et des mots pour une autre légende et les espoirs de seuils. Elle réactive une énergie vitale et écologique.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/01/2017

Todd Bienvenu : A bigger Splash


Bienvenu.jpgTodd Bienvenu, « Dive », galerie Sébastien Bertrand, Genève, jusqu’au 14 janvier 2017

 

 

 

 

 

Bienvenu 3.jpgTodd Bienvenu est un peintre expressionniste façon BD mais où la matière peinture prend la place du dessin. Les scénarisations sont traitées de manière comique, fortement colorée et faussement naïve. Rien d’apaisant dans sa méthode. L’artiste fait feu de tout bois et de tout sexe. De quoi provoquer le rire les petits enfants comme les grandes personnes en des tapages hors saison là où tout devient hors service ou presque. Mêmes les piscines et les maillots de bains de celles qui se veulent charmeurs du serpent. Les esclaves de l’amour plongent de manière ridicule et retombe rarement où ils l’avaient prévu. A la profondeur l’eau répond ironiquement la platitude de la peinture.

Bienvenu 2.jpgIl  existe autant de dangers sur les plages où elle vadrouille que dans le palais de Venceslas, roi de Pologne du Père Ubu. En la mer, façon, Bienvenu ce n’est pas seulement les vagues qui font des vagues mais ceux qui pissent dedans. Bref les boulets ne manquent pas et ils ne baissent jamais les bras. Ils sont désormais des hommes libres mais qui manquent d’équilibre autant mental que physique. Et l’auteur les anime en ce qui est formellement peu admis. Les couleurs sont trop vives et les dessins volontairement maladroits. L’art ne dégrafe pas seulement les soutient-gorges des naïades d’autant qu’elles le font elle-même sans demander de pourboires. Tout est organisé pour du tapage avant même  les « bigger splash » qu’un autre peintre plus sage (enfin presque) immortalisa (David Hockney).

Jean-Paul Gavard-Perret

04/01/2017

Contre l’homogénéisation : Julia Fullerton Batten

Julia Fullerton.jpgLes narrations de Julia Fullerton-Batten cultivent le trouble : les femmes sont entraînées soit vers des échelles qui ne sont pas les leurs, soit en des compositions décalées aux couleurs sourdes qui renforcent l’impression de bizarrerie concoctée par la perfection technique des prises et des scénarii. Julia 4.jpgLes personnages sont plus ou moins en déshérence ou mis en porte à faux. Existe un mélange entre l’univers hollywoodien ( côté Lynch) et celui d’Edward Hopper. Ironie en plus.

Julia Fullerton Batten.jpgFace à la la volupté de l'univers sexuel habituellement admis, l’artiste propose une destruction-reconstruction, sans pour autant rechercher une sacralisation du féminin. Au contraire même. Et ce parfois au sein d’une diégèse familiale dont les rapports habituels sont contrariés. Les rapports mère-enfants sont revisités et les tissus des conventions transgressés.

Julia 3.jpgDe plus, l'oeuvre travaille contre les fantômes de château de cartes prétendues érotiques. L’humour les brouillent. De cette manière l'image résiste, ne peut plus être vue "à la coule". Elle reprend tout sa force de dérangement et justifie sa brouille avec le bien pensé d’une société parfaitement ordonnée. De la sorte et apparemment sans y toucher l'artiste secoue un certain nombre des tabous.

Jean-Paul Gavard-Perret