gruyeresuisse

04/01/2017

Contre l’homogénéisation : Julia Fullerton Batten

Julia Fullerton.jpgLes narrations de Julia Fullerton-Batten cultivent le trouble : les femmes sont entraînées soit vers des échelles qui ne sont pas les leurs, soit en des compositions décalées aux couleurs sourdes qui renforcent l’impression de bizarrerie concoctée par la perfection technique des prises et des scénarii. Julia 4.jpgLes personnages sont plus ou moins en déshérence ou mis en porte à faux. Existe un mélange entre l’univers hollywoodien ( côté Lynch) et celui d’Edward Hopper. Ironie en plus.

Julia Fullerton Batten.jpgFace à la la volupté de l'univers sexuel habituellement admis, l’artiste propose une destruction-reconstruction, sans pour autant rechercher une sacralisation du féminin. Au contraire même. Et ce parfois au sein d’une diégèse familiale dont les rapports habituels sont contrariés. Les rapports mère-enfants sont revisités et les tissus des conventions transgressés.

Julia 3.jpgDe plus, l'oeuvre travaille contre les fantômes de château de cartes prétendues érotiques. L’humour les brouillent. De cette manière l'image résiste, ne peut plus être vue "à la coule". Elle reprend tout sa force de dérangement et justifie sa brouille avec le bien pensé d’une société parfaitement ordonnée. De la sorte et apparemment sans y toucher l'artiste secoue un certain nombre des tabous.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/01/2017

Mark Cohen l’enchanteur de Mexico

Cohen 2.jpgLe photographe américain Mark Cohen a effectué plusieurs voyages dans les années 80 et 90 à Mexico. Refusant toute propension documentaire ou anthropologique - manie qui s’empare souvent les photographes forains - il s’est laissé prendre par la mégalopole, son charme surréaliste. Sans jamais toutefois insister sur ce plan.

Cohen.jpgLa beauté émerge selon des angles particuliers et des contours décalés qui se détachent sur fond d' " absence " malgré les brouhahas implicites de la ville. Les formes sont fragiles et dures, incertaines et pures. Mexico devient sinon un non-lieu du moins un hors-champ.

 

 

cohen 4.jpgL’extase est nue grâce à ce que l'artiste découpe et soude. Jaillit une béance immobile ou mouvante, jamais comblée mais irréductible. La  poésie est là. Elle part toujours de ce que la ville inspire. Le regardeur ne peut que se perdre en son suspens et s'y consumer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mark Cohen, Mexico », avec un poème d’Octavio Paz, Editions Xavier Barral, 45 €.

11:46 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

02/01/2017

Rudy Decelière : phosphorescences sonores

 

Bonbon.jpgRudy Decelière, « Courants continus », AOTC/EPFL, art&fiction éditions Lausanne, 56 p., 27 CHF, 18 €, 2017. Parution 21 janvier.

 

 

 

Decelière.jpgLa puissance épurée du « monstre » architectural du « Rolex Learning Center » - comme égaré (mais dégagé de toute facticité aguicheuse ou de pure « façade ») sur le Campus de l’université de Lausanne - a trouvé en 2016 son audace renforcée par le projet d’installation sonore de Rudy Decelière. Il a présenté sous une des voûtes du bâtiment une production à base de sons concrets. Connectés entre eux, 851 modules «Synthnodes» (petits synthétiseurs sonores) ont diffusé les sons d’une eau courante. D’où l’impression qu’une rivière inversée coulait « en hauteur », sous le dôme. Initiés par une matière aquatique mais spatialisée « hors champ » les sons trouvent une autre perception. Et l’oeuvre renforce l’idée que l’architecture est réactive et « métaboliste ».

Decelière 2.jpgL’imaginaire permit de franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. A mi-chemin entre le poème et la science, dans une optique chère à Eric La Casa comme aux considérations d’un Beckett, Decelière a ajouté un univers visuel à l’entreprise sonore. La masse de béton était constellée de la mosaïque des formes répétitives et géométriques des modules. L’espace devient un temps et un paysage imaginaire. Et les textes de Pascal Amphoux, de François Gallaire et de Véronique Mauron précisent les fondements et aboutissements de cette hantise des lieux habitée d’une poésie mystérieuse au moment où l’anonymat de la voûte fut soumis d’une agitation cristalline. Elle prouve l'omniprésence d'un virtuel capable de construire un monde parallèle à celui du quotidien par des phosphorescences sonores qui redessinent l’architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:36 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)