gruyeresuisse

17/08/2017

Rachel Hemm s'amuse - ou presque

Hemm.jpgModèle - mais bien plus - Rachel Hemm scénarise la vie, c'est comme si son corps devenait toupie pour lancer des questions pleines d'arômes et d'effluves étranges. A travers ceux qui la scénarisent elle s'invente des doubles et se propose en anacoluthes de réalité. Un certain aveu se lit sur les caresses qu'elle donne à l’invisible : ce que s'y dévoile devient indispensable. Mais comme sans y toucher. Chaque prise réinvente un fantôme. Il murmure un secret pour délivrer de la nuit.

Hemm 2.jpgLa voici investie d’un "devoir" : porter le feu dans l’âme des vivants blessés par la détresse. Nu son corps n'est jamais dépouillé de fantaisie, il oscille comme incrédule dans diverses situations et jeux. Mais parfois de manière frontale et interrogative. Parfois tel un insecte le corps "obscène" et doux défroisse ses ailes ou à l'inverse elles sont prises dans des cordes: l’ombre y met sa lessive à sécher.

Hemm 3.jpgChaque fois le portrait s’enivre d'un "je ne sais quoi". Il stabilise le temps à travers ce que les êtres rêvent de montrer sans l'oser. Rachel Hemm s’en sustente. Si bien que face à elle il n’est plus question de tourner en rond. Quelque chose frissonne à l’unisson d'angoisses soudain plus transparentes mais qui ont la politesse de ne jamais se dire. Généreuse l'artiste laisse le champ libre à l'interprétation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Photos : Frad Chapotat, Christophe Buffetrille et Xavier Raby.

 

14/08/2017

Dieter Roth l'étrange dandy

Dieter Roth.jpgDieter Roth, « Prints // Estampes //Originalgrafik », Exposition, Anton Meier Galerie, Genève, 22 août - 14 octobre 2017

Dieter Roth demeure un de ces héros limites qui jouent de la notoriété comme de l’anonymat. La Galerie Anton Meier a la bonne idée de rééditer 25 des estampes et albums les plus significatifs de l’artiste hors norme. Boulimique autant qu’en retrait le dandy helvétique sait cultiver l’humour et l’absurde selon une poésie multimédia au gré de ses goûts et de ses envies.

Dieter Roth 2.jpgIl n’est pas de ceux qui estiment qu’en coupant le vin avec de l’eau on pourrait ainsi en boire plus. Pour lui seul le champagne devient une ciné-cure. Il peut jouer du sérieux comme le satire afin de concocter de petits chefs d’œuvre (parfois en chocolat) qu’il évite de monter en épingles – surtout pour ses nourrices. Avide de la qualité plus que de la quantité l’œuvre du « crooner » à ses heures reste fantastique. Elle est la plus probante manifestation de la lucidité et de la folie d’un artiste qu’il convient toujours de redécouvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/08/2017

La petite entreprise de Gloria Friedmann

Friedmann.jpgGloria Friedmann va vers les autres avec des manières et matières simples mais tout autant détournées. Elle se dirige par exemple vers la photographie comme pour s’en éloigner, introduit du corps pour s’en distancier. C’est toujours pour rappeler que si « l’homme est plus sage que singe » (Nietzsche) il reste un primate. Et l’œuvre montre un bestiaire où la mort, le ridicule, le macabre planent. Il y a là animaux vivants ou naturalisés car ils sont porteurs de symboles et de sentiments. D’un côté est suggéré « l’effet Bambi » de l’autre le goût du carnassier.

Friedmann 3.jpgDans son « partage des eaux » l’artiste crée par son travail une ouverture aux êtres en cherchant une rencontre, une compréhension, un bien être plus qu’une peur. Elle conçoit son travail comme une petite entreprise artisanale de la culture. Elle reconnaît que l’artiste ne peut être indépendant de l’organisation du marché, « l’artiste est inséré dans un circuit de distribution puisque les œuvres sont exposées dans des galeries, des musées ou à l’extérieur ». Elle s’y engage, s’y résout sans jamais verser dans le conformisme. Elle polit ses œuvres dans le seul sens de ses convictions et une vision qui se veut « thermomètre du monde qui indique la température de notre société ».

Friedmann 4.jpgL’art permet ainsi de créer des contacts, des échanges en réponse aux questions contemporaines. Engagée et militante écologique, sa vision de l’être humain lie ce qu’il est aujourd’hui à ses origines. Sculptures, photographies, dessins et peintures questionnent le rapport au monde à travers la culture et la nature et font place aux doutes et errances selon des relations conflictuelles par la juxtaposition de matériaux et des narrations où les genres (humain et animal) sont rendus à ce qu’ils sont : tragiques et grotesques.

Jean-Paul Gavard-Perret