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21/01/2017

Marianne Breslauer : émancipations provisoires


Breslauer 2.jpgSachant percevoir son époque d’une manière libre et consciente Marianne Breslauer en une seule décennie a marqué la photographie. Elle fut une de celles et ceux qui lui permirent trouver son langage propre en l’émancipant de la peinture. Grâce à sa rencontre avec Man Ray celle qui était encore à l’époque sous l’influence esthétique de Kertész et Brassaï s’orienta vers « la Nouvelle Vision » à coup de plongées, contre-plongées, obliques, exaltations de la structure et de la lumière pour saisir les « garçonnes » berlinoises et les artistes de son époque. Ce que la vie avait de corporel et qui était si fréquemment soustrait à la considération de la pensée et de la vision à l’époque, Marianne Breslauer la plaça au centre de son activité en osant franchir certaines normes.

Breslauer.jpgMais l’artiste berlinoise - poussée par le nazisme a quitté son pays pour Amsterdam et la Suisse où elle mourut, ne s’intéressa pas à la trajectoire de ses œuvres. Elle sembla presque les regretter en les mettant sur le compte d’une spontanéité qui ne convenait plus à une femme rangée Epouse du marchand d’art Walter Feilchenfeldt, Marianne Breslauer en a terminé avec la photographie. Elle se consacrera jusqu’à sa mort à sa galerie d’art zurichoise et à sa famille

 

 

Breslauer 4.jpgSans la Fondation suisse pour la photographie où le fonds de ses images a été déposé, l’œuvre serait pratiquement occultée. Après une première exposition à Winterthur, le Musée national d’art de Catalogne à Barcelone permet de redécouvrir la photographe. Elle sut rendre signifiante la réalité qui l’entourait entre réalité objective et zone d’ombre. Un langage du corps entrait dans celui du réel sans pour autant en être la remorque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianne Breslauer, « Photographies 1927-1938, du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017, Musée national d’art de Catalogne, Barcelone.

20/01/2017

L'origine du monde selon Vidya Gastaldon

 

Gastaldon.jpgVidya Gastaldon, "Push the Earth with your Knees, the Sky with your Head", Art Bärtschi & Cie, Genève, du 24 janvier au 31 mars 2017.

Pour Vidya Gastaldon la vie et l'art sont de continuels développements et dévoilements. La créatrice en est "l'instrument" : ce qui entre en elle et par son travail devient réalité. Elle corrige l'image habituelle en la remplaçant par la subjectivité d'une jungle optique montée de toute pièce. Gastaldon 4.jpgPar ses peintures et ses installations en suspension elle poursuit un travail de sidération et de recueillement. La figuration se mélange aux formes des songes afin de créer un univers plastique de l'ordre du cosmique merveilleux. Composées de laine, de baguettes de hêtre, de fils et de perles, les suspensions s'imposent dans l'espace en créant des arbres inversés. Ils déplacent les mondes en entrainant vers une matérialité qui jouxte l'impalpable par effet dialectique.

Gastadon 3.pngL'artiste ajoute des éléments induits par les signes de la philosophie dont les "Shakti", principe féminin d’énergie vitale en sanskrit. Tout est donc relié à un érotisme particulier, rieur, extatique. Des sortes de germes émergent : il faut savoir les découvrir dans ce qui semble inextricable mais qui donne sens à l'invisible loin d'une prise rationnel au monde. Jaillit ce qui a été oublié ou perdu dans une civilisation en souffrance et en mal de souffle cosmique. Sous l'hallucination se cache une vérité d'origine.

Gastaldon 2.jpg

 

De telles figures font entrer dans la forêt des songes dont certains sont éveillés. L'artiste repose la question de l'image à partir des images de rêve qu'on ne parvient jamais à décrire. Elle offre une preuve de la supériorité de l'image. Elle actualise la temporalité rendant son passé caché présent dans le futur. Preuve que l'art devient réel en dévoilant.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/01/2017

Dominique Menachem Lardet ou l’étrange visite

Lardet.jpgParcourant les rues de Lyon et des appartements vides, Dominique Menachem Lardet introduit dans les photos qu’elle en tire des failles extraordinaires. Le lieu n’est pas anodin pour elle : la ville est celle ses deux grands-mères. L’une Polonaise, l’autre Bressane se sont rencontrées par l’intermédiaire du mariage de leurs enfants.

Lardet 3.jpgPlutôt que de « figer » le passé, la photographe l’ouvre pour en suivre les traces : elle sait se faire plus petite en sa traversée du réel pour qu’il devienne plus grand. En des structures complexes tout reste offert mais distancié. La photographe n'a cesse d'entrer dans l’intime afin d’en rêver l'altérité. Fantôme ou réalité, « l'autre » qui est aussi une « même » sert d’abri à une identité plurielle. Celle-ci se définit par les montages qui abordent en parallèle les problèmes de la perception visuelle et la découverte du réel.

 

 

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A l’expressionnisme de ce qui est montré se superpose l’impressionnisme de ce que l’artiste suggère. Restent les troubles qui renvoient implicitement à un hors champ significatif. Tout demeure, comme l’écrivait Mallarmé, « à l’état de lueur du temps ». L’exposition devient un écrin labyrinthique. Il impose le questionnement du visible et de l’identité en un hommage à celles qui furent et qui ont fait ce que la photographe est devenue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Menachem Lardet, « Elles deux », galerie Elizabeth Couturier, Lyon 1er ., du 19 janvier au 11 février 2017