gruyeresuisse

22/05/2018

A bigger splash

Piscine.jpgDes bords du Léman aux plages privés de Mulholland Drive mais sans négliger des lieux plus populaires, Francis Hodgson dresse toute une histoire de la photographie du siècle dernier à travers ce lieu. Quoi en effet de plus propice à l’image qu’un tel « support » ? S’y rejoignent les poncifs visuels majeurs : le soleil, l’eau et ses miroitements, le mouvement mais aussi la statuaire de Méduses qui chaussent juste des lunettes pour éviter de se brûler les yeux.

Piscine 2.jpgDepuis le début du médium les fils ont donc pu voir la quasi nudité de leur mère quitte à travers la loi du Lévitique : « Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton père ». Il est vrai que lui-même s’offre en ce même appareil. D’ailleurs le lieu est propice à mettre autant en valeur le masculin que le féminin - et la photo pré-homo ne s’en priva pas. Les Apollon comme les bellâtres se livrent à des plongeons qui sont un régal pour les photographes comme pour les sirènes admiratrices dont les lèvres se tendent sur de dives bouteilles aux liquides fluorescents. Tous les photographes - de Henri Cartier-Bresson, Gigi Cifali, Stuart Franklin à Harry Gruyaert, Emma Hartvig, Jacques Henri Lartigue, Joel Meyerowitz, en passant par Martin Parr, Paolo Pellegrin, Alec Soth, Alex Webb - y ont sacrifié avec délices.

Piscine 3.pngBref dans un même lieu existe en condensé un paradis terrestre. Hodgson s’amuse à rassembler les photos célèbres de dieux et de déesses avec lesquels les photographes n’ont pas cessé d’entretenir des rapports serrés. Le médusant répond au fascinant dans ce qui tint longtemps - sous prétexte de naturisme - à une exhibition de ce qui ailleurs ne devait avancer que masqué…

Jean-Paul Gavard-Perret

Francis Hodgson, “The Swimming Pool in Photography”, Hatje Cantz, Berlin, 2018, 240 p. 40 E..

 

Rappel aux distraits : John Armelder

Armelder.jpg« Saisir l'insaisissable John Armleder, « Café littéraire Slatkine, Genève, Jeudi 24 mai 2018.

Grâce à Frédéric Elkaïm – un des spécialistes du marché de l'art contemporain – sera rappelé ce jeudi l’importance de John Armleder « l’incroyable genevois », parfois plus connu à l’extérieur de son pays que dans ses terres. De "Fluxus" au "néo-géo" en passant par ses "furniture sculptures" l’artiste reste l’exemple parfait d’un créateur libre et multipartitas. Il désenclave regards et théories en demeurant à la recherche autant d’une infra mémoire qu’un « pas au-delà ». Et ce en divers chemins.

Armelder 3.pngD’esprit foncièrement dadaïste – même s’il refuserait peut-être ce terme - l’artiste est de ceux qui, connaissant l’apparence de bien des méduses et des gorgones plastiques, refuse de se faire prendre par les premières et dévorer par les secondes. Tel Persée il bondit pour saisir le secret des nymphes de l’art.

Armelder 2.pngDépassant le déjà vu qui propose le seul ravissement des images admises, Armleder joue à la fois du songe, du fantasme et de fantôme pour créer une autre présence plus « effractrice ». Contre les sirènes et les sphinges aux puissances rapaces d’un ravissement qui tient du sommeil. Il opte pour un vaste songe ironique qui éloigne des effets de similitude. Avec un tel créateur l’art ne cesse d’avancer loin des pétrifications. Si bien que tout dans son travail crée des effractions et des tremblements de lueurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/05/2018

Les débuts de Martin Parr ou les tremblements du sens

parr 2.jpgMartin Parr déloge le rapport orthodoxe du réel à l’image pour créer une suite carnavalesque des êtres en diverses situations. Les sujets abordés sont sérieux mais le photographe introduit le quasi délire, la parataxe, l’ironie par sa façon de saisir les circonstances où les personnages - pétrifiés ou non - semblent sortir de leur propre limite sans qu’ils le sachent.

parr.jpgDe telles prises mettent le portrait au-delà du psychologisme. Dans ces photographies tirées des premières séries de Parr - « The Non-Conformists, Bad Weather, Beauty Spots, A Fair Day, The Last Resort: Photographs of New Brighton » (première série en couleurs) - les faits deviennent presque hallucinatoires et toujours drôles. Il sait saisir les êtres sans pour autant les prendre en otage.

parr 3.jpgExiste une dramaturgie toujours drôle loin des principes ou idéaux. La réalité est là où les thèmes de la classe sociale, de la culture et des loisirs de masse ne sont jamais traités de manière surplombante. Nul jugement mais une attention ironique et bienveillante. Loin de toute idéologie l’artiste s’intéresse à la plasticité et au sens à lui accorder en étant attentif aux autres. La photographie ne les tue pas : paradoxalement elle les exhausse au moment où la vie pour eux est plus ou moins belle dans l’espérance que l’avenir dure longtemps….

Jean-Paul Gavard-Perret

“Martin Parr: Early Work 1971-1986”, Huxley-Parlour, Londres du 16 mai au 9 juin