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02/03/2016

Arthur Jobin l’Héraldique

 

AAjobin.jpg« Arthur Jobin : 50 ans de création », Musée Jurassien des arts, Moutier, du 13 mars au 22 mai 2016.

 

A une époque où en Suisse Romande - et plus particulièrement à Lausanne - la figuration régnait en maître Arthur Jobin imposa l’abstraction à la galerie L’Entracte en 1951. L’artiste avait découvert ce nouveau langage deux ans plus tôt à Paris en rencontrant Michel Seuphor, Vasarely et Dewasne. Au départ Jobin cherche dans son abstraction divers types d’équilibres fait de plans, cercles, obliques en des couleurs joyeuses. Avec sa femme Claire il se tourne ensuite vers le textile puis oriente son travail vers une peinture héraldiques dans sa longue série majeure : « Emblèmes » (1969-1996). Ce travail lui permet de retrouver la source de l’être, de parcourir chemins, légendes à travers des tensions formelles. Elles transforment les formes en signes symboliques dont le cercle restera la figure majeure.

AAJobin 2.jpgL’abstraction retrouve avec Jobin une théosophie qui animait déjà les œuvres de Mondrian. A la fin de sa vie un nouveau cycle (« Les Cercles éclatés ») crée une ouverture vers l’ailleurs. De l’amande ronde et matricielle surgit le corail des songes ailés afin qu’existent promesse et évidence que l’homme doit reprendre à son compte pour réanimer l’art et le monde. Armé d’un esprit u-chronique, Jobin a créé une sorte de langage pictographique. L’artiste à la fois remonte aux racines de l’art tout en le poussant vers le futur. AAjobin 3.jpgLa pensée matérialiste n’est plus que panier percé. Tout se gonfle de changes. Contre le déclin du temps, les Dieux semblent être venus à la rencontre du peintre. Il en devint le messager. Tel un héros accompagné de ses sphinx il semble avoir créé afin de retrouver une histoire du passé dans laquelle ses oeuvres auraient toujours été présentes telles des archétypes d’un nouveau genre que l’artiste a revitalisés.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

14:35 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

01/03/2016

Hans Breder : le multiple et l'un

 

 

 

 

Breder 2.pngL’artiste multimédia (photographe, peintre, sculpteur) Hans Breder joue avec les reflets des miroirs. Le corps féminin lui permet d’obtenir un langage unique en une approche expérimentale. Elle prouve combien l’émerveillement que le corps offre aux artistes ne peut se contenter de ce que l’Académie des Beaux-arts estimait obligatoire au XVIIème siècle : l’imitation de la nature en toute chose. Lorsque Breder s’attache à un objet il répond à ce qu’indiquait Bonnard: « Il faut faire la différence entre les artistes qui savent se défendre contre le motif et ceux qui lui emboîtent le pas ». L’Américain d'adoption appartient évidemment aux premiers

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Breder 3.jpgL’être à travers son œuvre est un et innombrable. Le corps retrouve d’autres masses, la "sur en chair"  devient une quasi-abstraction. L’artiste impose un type d’espace qui n'est pas seulement limité à ses trois dimensions : il s’ouvre à un autre esprit de compréhension. Sculptures, peintures, photographies deviennent une nature particulière de volumes. Ils s’élargissent pour un autre point de vue. Retournement sans retour en quelque sorte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/02/2016

Flamme brûlante au milieu d’un triangle de glace : Paul-Armand Gette

 

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Paul-Armand Gette reste un bouilleur de cru et un brouilleur de cartes. Il prépare de manière la plus soigneuse ses photographies aux fruits inattendus et qui n’ont rien de pétrifiés quel que soit leur âge. L’artiste cultive l’audace et reste à la recherche des sensations primitives. Le tout dans une sorte d’humour qui n’exclut pas au contraire une forme de cérémonial transgressif. Dans la précision formelle et à chaque époque de son œuvre Gette demeure un géomètre et un cavalier. Elle crée un obstacle au pur jaillissement, à la jubilation prématurée auxquels Gette inclinerait par sa sensibilité romantique. Il l’atténue d'un l’humour intempestif.

 

gette 3.jpgSon « toucher » qu’il soit du modèle ou de tout autre sujet le prouve. Sa main glisse sous l’élastique d’un slip féminin et laisse apparaître le foisonnement d’une toison. Mais parfois ce n’est pas la fréquentation des nymphes qui suscite un plaisir affriolant. Néanmoins Gette met toujours la main à la pâte… pour dit-il  « apporter sa petite contribution à la mythologie et à l’art ». Il s’extrait des histoires de famille des dieux antiques et préfère dériver sur les déesses et sur la virginité de Diane. Mais chez lui la mythologie n’a rien de marmoréenne : elle est incarnée. Ce qui l’intéresse restent les chairs roses d’une fraise écrasée sur une peau très blanche à proximité de la toison plus avenante que celle qui, jadis, fut d’or.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Paul-Armand Gette, « Le Toucher », Portfolio édité par URDLA, Villeurbanne.