gruyeresuisse

10/12/2018

Albert Watson : femmes entre elles - mais pas seulement

Watson.jpgPour le nouveau calendrier Pirelli Albert Watson propose un conte autour de quatre femmes déterminées à réaliser leurs différents désirs. Mois après mois, une suite de photogrammes est incarnée par Gigi Hadid, Julia Garner, Misty Copeland, Laetitia Casta et les mâles qui les accompagnent. Pour fêter cet évènement annuel le photographe a présenté au Pirelli HangarBicocca de Milan, 40 clichés en noir et blanc où transparaît sa passion pour le 7ème art. Afin d'aborder le projet du calendrier, Watson s'est demandé comment proposer une autre expérience photographique que celles de ses prédécesseurs. Il a choisi des narrrations plus que de simples portraits. Chaque prise se veut un "arrêt sur image" pour donner une profondeur de vue sur l'existence "objective" de ces quatres modèle.

Watson 2.jpg  Son intention est de réaliser un rêve autant personnel que celui des quatre femmes. Chacune, précise l'artiste "exprime son individualité, le but spécifique vers lequel tend sa vie, sa manière toute personnelle de faire les choses". Gigi Hadid le prouve : séparée depuis peu de son compagnon, elle vit seule dans une tour de verre. Alexander Wang partage en confident sa solitude et sa mélancolie. Julia Garner interprète une jeune photographe avide de nature et aussi d'un autre type de solitude. "Elle incarne une photographe botanique" écrit Watson. Listy Copeland et Laetitia Casta matérialisent d'autres rêves : ceux de la danse pour l'une, de la peinture pour l'autre (ce qui ramène le modèle à sa vraie vie puisqu'elle consacre de plus en plus de temps à ses propres travaux artistiques).

Watson 3.jpgDans un Miami quasi tropical quatre rêves se dessinent mais toujours avec le respect implicite du cahier des charge du calendrier Pirelli : l'érotisme. Il frappe ici par sa fluidité, sa simplicité, sa splendeur. Nous semblons parfois peu éloignés d'un "Rivage des Syrtes" mais où les "Jardins Statuaires" deviennent celui d'un plasticien particulier : il garde toujours la volonté consciente du flux narratif là où le nu reste formellement fondamental.

Jean-Paul Gavard-Perret

Albert Watson : "Dreaming", calendrier Pirelli 2019

08/12/2018

Les portraits suspendus de Jacqueline Devreux

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Jacqueline Devreux poursuit à travers ses peintures, dessins et photographies, la saisie d'ombres féminines. Elles clament leur "je suis". D'autres semblent leur répondre "je ne suis pas". En ce jeu d'apparitions relatives l'artiste s'adresse à la ténèbre pour en sortir ses modèles dont le silence pèse d'un poids nouveau.

 

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Existent du blême et du profond dans la remontée de l'invisible que la créatrice déchiffre. Il y a des jambes sous des bas noirs, des visages parfois partiellement aviardés entre apparitions et retraits. Jacqueline Devreux saisit, retient fait vibrer une beauté troublante plus chaude que le savoir des portraits classiques. L'a créatrice parfois en joue pour mieux les détourner.

 

 

 

Devreux 2.jpgDe telles images ferment et ouvrent à la fois. Ceux qu’on nomme voyeurs ou petits lapins de terre sont remis en quelque sorte à leur place. Au besoin la créatrice s'amuse avec leur attente. Et lorsqu’elle l'érostisme pointe (voire bien plus) Jacqueline Devreux les transforme en égarés provisoires. Ce travail rappelle que - même lorsque le désir traverse de diverses manières - les femmes n'appartiennent qu'à elles-mêmes et non à ceux qui mettent l'oeil dessus. Ce qui n'empêche pas néanmoins pour elles que l'identité reste toujours à chercher dans un monde où elles demeurent des "objets". La créatrice les transforme en sujets. Et si Babylone est entrain de brûler, dans l'espoir de doux rêves les femmes portent sur le corps et leurs visages la suie de l'incendie en cours.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux, "Babylon’s burning", Hôte Gallery, Bruxelles, du 7 au 30 décembre 2018. "Sweet dreams", ne9enpuntne9en, Roeselare (Belgique) jusqu'au 5 janvier 2019

07/12/2018

Les surfaces utiles de Jannis Kounellis

Kounellis.jpgEn guise de quasi conclusion à son oeuvre, Jannis Kounellis a réalisé dans l’atelier Albicocco d'Udine une suite impressionnante de douze grandes gravures. Il s'agit de reliquaires plastiques de pelisses ou plus exactement de manteaux. L'être en est absent mais sa présence rampe comme dans toute l'oeuvre où le plasticien s'est souvent amusé à reproduires des habits (chapeaux, etc.) sans niveaux, ni maîtres.

Kounellis 3.jpgEst mis à l’honneur le caractère typographique étrange lié utilisé aux tactiques de reproduction. À la poursuite des expérimentations plastiques l'artiste propose une fois de plus détournements et détours qui échappent à la voix normative de narration. C’est une forme de pratique brutaliste et poétique dans l’acte de construire un terrain de jeu plus ou moins macabre.

Kounellis 2.jpgL'humour en noir exprime une gravité à grande échelle avec  ruse et parfois en douce. Il est question de jouer entre l’art et la débrouille au moyen des objets les plus triviaux. Mais ils renferme un musée de l'homme dans un parcours qui " pêle-mêle" les grands thèmes de l’histoire de l’art en un nœud de langage plaisant à défaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jannis Kounellis, "Les manteaux", Galerie Lelong & Co, Paris, du 24 janvier au 9 mars 2019. La Galerie Lelong & Co. publie en paralèle un important interview de Kounellis avec Jérôme Sans