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26/07/2015

Chantal Michel : les regards indiscrets et l’envers du libertinage

 

 

 

 

Michel.jpgEn donnant l’impression de ne pas y toucher  et sous couvert d’innocence Chantal Michel joue d’une subtile perversité. Ses femmes sont d’indociles  roses de personnes qui s’intègrent dans des narrations propres à explorer dans divers dédoublements des territoires inconnus. La Bernoise ouvre un espace permissif expérimental où l'être se révèle différent de son quotidien. Le corps lui-même « dénude » les normes, les stéréotypes en une confrontation avec lui-même, les autres, le monde. La sensualité devient complexe, car si la pulsion libidinale induit l’œuvre, la maîtrise technique la nourrit en mêlant le plaisir et l’angoisse.

 

Michel 2.jpgPar le renouvellement du dispositif stratégique des photos et performances Chantal Michel introduit un autre libertinage : il ne joue plus sur la seule séduction de façade. Ce travail traite de la sphère l’intime sans provoquer  une excitation primaire. Un ignoré de l’être est rendu visible. Le corps exposé parle le désir de manière allusive sans que le premier soit proposé dans sa nudité. Tout joue de la suggestion par l’intrusion d’éléments incongrus. Les scénographies surenchérissent l’abolition du mur qui sépare la femme de son image. Nous sommes désormais éloignés du côté "stimuli-réponse" que propose dans sa prétendue vérité la représentation. Elle est trop  souvent "un abus de mémoire...plutôt une mémoire de la main qu'une mémoire du cerveau" (Baudelaire) dans laquelle la sexualité est chosifiée. Décalée de ses codes esthétiques classiques l’image ici traite de la sphère intime afin qu’un ignoré du corps et de la société soit rendu visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/07/2015

Raymond Cauchetier photographe de Jean-Luc Godard

 

 

Chauchetier.JPG« Raymond Cauchetier’s New Wave », James Hyman Gallery, Londres et livre même titre, éditions ACC, 2015.

 

Pour son 95ème anniversaire et au moment où est publié une nouvelle monographie de son œuvre, la galerie James Hyman Gallery présente une exposition d’œuvres souvent inédites de Raymond Cauchetier sélectionnées dans ses archives privées. La Nouvelle Vague y tient le beau rôle avec une mention majeure et spéciale pour Godard et ses interprètes - telle Anna Karina  « pour l'extase et le trouble». Tout reste néanmoins ici pudique et drôle dans le regard bienveillant et amusé sur Godard, Belmondo, Jean Seberg, etc. Il y a là non seulement les traces irréfutables de la Nouvelle Vague mais surtout la force d’images qui entre photos de reportage et d’art sont dépouillées de tout apprêt pour mieux rester au service de leur sujet.

 

Chauchetier 2.JPGLorsque Godard parle à l’oreille de Belmondo ou que ce dernier susurre à celle de l’héroïne d’  « A bout de souffle » surgit un récit poétique. Il permet d’entrer dans le cinéma au moment où il s'arrachait non au néant mais à certains poncifs afin d’atteindre un seuil d’émergence. La photographe en souligne l’importance. Surgit une sorte de hantise de l’époque et de sa magie noire et blanche. Les clichés sont donc plus que des survivances. Un vent frais souffle pour dégager des poussières ou des cendres chromos en forçant la forme cinématographique. Demeure une zone d'existence renouvelée par arrêt sur images dans une lumière rasante. Elle remonte à une époque où le cinéma se voulait sans balise.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17:19 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

23/07/2015

Un homme en mouvement : portrait de l’artiste de Thurgovie Roger Weiss.

 

 

WEISS BON 2.jpg 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le désir de retrouver mon atelier.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je suis encore entrain de les affronter.

 

A quoi avez-vous renoncé ? A tout ce qui n’est pas en état de m’accompagner dans ma direction.

 

D’où venez-vous ? Je suis originaire de Horn, Canton de Thurgovie.

Quelle est la première image qui a frappé votre émotion ? Le visage d’une femme.

 

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? A celles et ceux que je savais qu’ils ne répondraient pas.

 

Que représente pour vous la femme ? Dans la femme je cherche mon totem contemporain, ma forme parfaite, la création capable de contenir le Tout et de distiller l’essence des choses.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? J’ai de la difficulté à identifier et à l’identifier avec les étiquettes, simplement je me situe dans une direction qui est mon parcours et je souhaite que d’autres personnes puissent s’insérer dans mon chemin.

 

Où et comment travaillez-vous ? Dans mon atelier toujours à l’écoute de mes questions.

 

Quel livre aimez-vous relire ? « De Rerum Natura » (de Lucrèce).

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Un homme en mouvement.

 

De quels artistes vous sentez-vous le plus proche ?  Valentina De’ Mathà et Josef Weiss.

 WEISS Bon.jpg

Que voudriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Passer un an loin de ma réalité.

Que défendez-vous ? L’idée que pour une conception plus haute il est possible de toujours nous remettre en jeu.

 

Que pensez-vous de la phrase de Lacan « L’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ? L’amour est une invention de l’homme sur laquelle il est plaisant de jouer.

 

Et de celle de Woody Allen « La réponse est oui mais quelle était la question » ? Que la question était juste évidemment.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Voudriez-vous me faire un portrait pour  « Human Dilatation » ?

 

Entretien réalisé et traduit de l’italien par Jean-Paul Gavard-Perret le 23 juillet 2015.

 

13:14 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)