gruyeresuisse

30/08/2019

Francine Auvrouin : le regard de la sculptrice

Auvrouin bon.jpgDans leur intense fixité les corps et les visages des femmes de Francine Auvrouin saisissent. Résine, pierre, terre cuite, bronze - qu'importe les matières - : un expressionnisme suit son cours dans l'abondance, le morcellement, le tatouage des incisions et des reliefs qui poussent un peu plus loin et de manière radicale ce que le surréalisme (Dali entre autres) et l'art brut ont fomenté. De l'obscur jaillit des résurrections - du visage jusqu'aux massifs fessiers. 

Auvrouin 2.pngL'humaine condition est transposée afin de montrer des déchirures que seul le corps peut émettre. Pour le confirmer la sculptrice reprend un phrase de Van Gogh : "J’aime mieux peindre les Hommes plutôt que les cathédrales parce qu’il y a dans les yeux des hommes des choses qui ne sont pas dans les cathédrales si imposantes et majestueuses soient-elles". Demeurant immobile la sculpture est toutefois irradiante, signifiante et énigmatique par toutes les forces contradictoires qu'elle retient. Elle rend l'éloquence de la créatrice inépuisable et sans le moindre bluff.

Auvrouin.pngLes formes des corps imposent leur nature impénétrable. Le langage de l'artiste le perce. Ils deviennent presque (le mot "presque" est important) des blessures qui sont aussi des parures. Les frémissements de "cassures", tantôt rendus à la sérénité, tantôt secoués par des tremblements sourds, créent des rencontres qui touchent au plus profond. Agglutinés ou solitaires les visages deviennent un langage inédit. D'où la puissance d'une oeuvre qui ne réduit jamais son sujet à un objet. La femme porte en elle et par ses stigmates des valeurs symboliques où jouent des forces antagonistes d'Eros et de Thanatos. Sous l'apparence de la jeunesse transparaissent souvent les risques d'une mort annoncée mais surtout les amorces du dur désir d'exister et sa poussée. Sort des matières une la(r)me de fond dans les zébrures  subtilement modelées en la masse de la stéatite, l'albâtre, le marbre ou les coulées du bronze.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L'oeuvre sera présentée dans un nouveau lieu en octobre 2019 : la Maison Forte de Magland dans la vallée de l'Arve (Haute-Savoie)

 

29/08/2019

Voyages, Voyages : Franz Ackermann

Ackerman bon.jpgFranz Ackermann est né en 1963 à Neumarkt en Allemagne. Il a étudié à l'Académie des Beaux Arts de Munich puis de Hambourg. Il profita de ses études aux Beaux-Arts pour visiter New-York, Londres, Rome et Copenhague. Il se rendit ensuite à Hong-Kong et y découvrit un langage formel original et différent du modèle occidental.

 

Ackerman 2.pngIl définit l’expérience du voyage comme le centre de son travail et propose dans ses travaux une cartographie subjective où se croisent des images complexes d’environnement, de paysage et de ville. Les espaces créés sont enchevêtrés et forment des concentrations de visions bariolées. L'artiste travaille longuement sur place pour créer un rapport entre son oeuvre et l’endroit visité.

Ackerman 3.pngIl utilise de multiples techniques - comme le prouve cette exposition - même si la peinture reste au coeur de son oeuvre. Sa vision postmoderne est celle d’un monde livré aux ondes de choc du tourisme et autres invasions. Le quadrillage imaginaire des villes traversées permet la création de "Mental Maps" originales et pleines de force en une approche qui refuse la vision classique issue de la Renaissance. L'artiste propose une vision alternative, mouvante faite d'assemblages et superpositions, une vision d'abîme aux couleurs vives en des ensembles tourbillonnants, concentriques où le réel - tel qu'il est - est sans cesse dévié. Ackermann reste à ce titre un des principaux représentants d’un renouveau de la peinture en Allemagne. Et ailleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Franz Ackermann, "Our Houses", Templon, Bruxelles, du 5 septembre au 19 octobre 2019.

28/08/2019

"Les contemplations" selon Franklin Chow

Chow bon.jpgFranklin Chow, "Mosaïques", Galerie Anton Meier, Genève, du 19 septembre au 9 novembre 2919.

 

Franklin Chow est issu d'une famille réputée depuis des siècles pour la maîtrise du style Gonghi. Initié très tôt à la peinture à l’encre de Chine, il s’intéresse aussi à la culture occidentale via son père négociant en relation avec les marchands et collectionneurs occidentaux. La révolution chinoise oblige la famille à s’installer à Hong-Kong. Intéressé par le cinéma le jeune artiste part à Londres aux studios Shepperton puis se rend à Paris et s’oriente vers l’abstraction. Ses parents quittent Hong Kong et s’installent à Genève. Chow travaille dans plusieurs entreprises européennes comme directeur artistique. Il se remet sérieusement à son travail de peintre à la fin des années 80 et installe son atelier à Sainte-Croix dans le Jura suisse.

 

Chow.jpgChow entreprend d'abord la série Visuals Journals avec des commentaires sur les situations sociales. Mais à côté de ces œuvres politiquement engagées il produit des toiles abstraites dans lesquelles il utilise un mélange d’encre de Chine et de peinture à l’huile. L’essentiel de son art se loge dans la qualité de cette abstraction originale qui lie les arts du passé aux recherches post-modernes par le mouchetage, la craquelure et le jeu des variations. Dans un exercice de sobriété le chromatisme se réduit à la gamme des gris et au noir entre autres dans des céramiques que la galerie genevoise expose.

 

Elles prolongent les toiles miroirs qui suggèrent un monde diffracté ou un égouttement. Les aspérités et motifs semblent résorbés par la surface lisse où "s'incisent" les traces du temps. Cette mise en espace crée abîmes ou vertiges. Ils sont propices à la contemplation, au rêve comme à la réflexion devant des sortes de murailles ou de cribles au sein d'une identification impossible mais aussi l'espoir de se retrouver dans une luminosité enténébrée qui échappe à l'atmosphère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret