gruyeresuisse

21/03/2020

Romana Del Negro : effacements et indices

Del 2.jpgLe travail de la Biennoise Romana Del Negro est subtil : il joue souvent du moindre, du vide. L'artiste entre récupération et vidange invente des images libres, profondes, poétiques. Ne restent que quelques éléments dans l'espace ou sur des toiles "grattées" à la Cy Twombly ou dans une abstraction lyrique pour évoquer le manque et le petit vacarme intérieur.

 

Del 3.jpgL’artiste laisse quelques traces. De l’interrompu jaillit l’espoir du futur. Il se pose dans le moment présent. A la limite de la trace à peine esquissée. C’est un murmure optique, un clin d’œil parfois mais toujours dans un sens d'un cérémonial qui évite toute grandiloquence. 

Del.jpgA l'inverse la déliquescence n'est pas loin mais Romana Del Negro offre une résistance. Elle écume le passé, le secoue avec les images qu’elle met dedans. Elles sont de l’ordre de l’empreinte, de la sur-vivance, du lien. Là où le passé est remisé pour laisser au monde le droit d’être différent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

20/03/2020

Alice Jaquet : fées du logis et autres rêveries

Jaquet.png

Née à Bâle en 1916 et décédée à Genève en 1990, Alice Jaquet fut peintre, dessinatrice et illustratrice dont l'expression se rapproche d'un art volontairement naïf et surréaliste parfois afin de conserver toute la fraicheur aux portraits comme aux natures mortes.

 

Jaquet 2.pngSes femmes sont légères - mais à la manière des nymphes et ses hommes n'ont rien de ces guerriers assis devant une table dressée avant de solliciter, après leur repas, le dessert escompté... En cela l’artiste est l’héritière des sorcières surréalistes. Au besoin elle caresse les chimères, s'amuse , découpe, séduit plus qu'elle n'inquiète.

 

Jaquet 3.pngElle fait abstraction des normes et des convenances dans ses visions et merveilles. Le quotidien devient un petit traité de fantaisie aux images moins dilatées qu'elliptiques. Tout est là de manière crue mais jamais "sexhibitionniste". Les images en leur dé-dire et délire montrent ce que bien d’autres cachent. Elles engendrent des ouvertures et offrent un temps pour le rire, un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer les fées du logis qui ne sont pas réduites à l’état de fantômes au sein d’une révolte féministe implicite et fantaisiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/03/2020

Pascale Lefebvre : poésie et sensations

Lefebvre.jpgA 15 ans  Pascale Lefebvre apprend à Bienne la photographie chez celle (Marguerite Courvoisier) qui lie son art à la philosophie de l'existence. Qu'importe l'antiquité du matériel de prise de vue : au contraire même. Et l'artiste écrit : " rien ne ressemble à un atelier de photo, nous sommes dans un salon privé, presque chez un antiquaire…". Elle se familiarise à la prise, au tirage : "j’apprends également la précieuse alchimie d’anciennes recettes et prépare ces formules magiques pour des papiers argentiques sélectionnés avec soin" ajoute-t-elle. Le tout dans un espace où le mode de vie de son initiatrice est frugal car réduit à l'essentiel.

Levebvre 3.jpgElle aura appris la douceur et la luminosité qui imprègnent ses prises quel qu'en soit le format. S'y retrouve l'essence de la vie sous toutes ses formes. Pascale Lefebvre travaille comme photographe indépendante et a reçu plusieurs prix et distinctions en Suisse et Allemagne . Son livre "Calas" obtint le Prix Kodak à Stuttgart et "SeeLand" le Prix des Plus Beaux Livres du Monde à Leipzig. Elle s'installe à la fin du siècle dernier en Espagne, vit "dans une maison isolée où l’eau et l’électricité arrivent péniblement" et s’initie a à la photographie numérique puis retourne à Bienne en 2014.

Lefebvre 2.jpgPascale Lefebvre transforme les données «objectives» du réel. Tout s'y retrouve lointain et proche. La créatrice casse le piège des contours, crée la débandade des horizons afin de montrer leurs confins pour éviter qu'ils reculent à l'infini. Entre expressionnisme et impressionnisme, ses photos regardent la beauté du monde. Et lorsque la photographe saisit personnages ou objets elle leur redonne des volumes de caresse. Il ne s'agit pas de les emprisonner mais de libèrer les formes de leurs limites et de leurs ombres.

Jean-Paul Gavard-Perret