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05/06/2017

Olivier Christinat : l’amour des images


Christinat.jpgOlivier Christinat Nouveaux souvenirs », préface de Tatyana Franck, Editions Associations des amis d’Olivier Christinat et art&fiction, Lausanne, 50 chf, 2017.

 

 

 

Christinat 2.pngFaisant suite à l’exposition « Nouveaux souvenirs, album japonais » (EPFL, Rolex Learning Center, Lausanne, 2013) ce livre présente plus de 200 images inédites d’Olivier Christinat (accompagnées textes de Véronique Mauron, Claude Reichler et Marco Costantini). L’ouvrae décline le génie de bien des lieux que le photographe organise avec perfection par différents types de suggestion dont la femme est souvent l’instigatrice. Toutes les photographies ont le mérite d’une précision et une clarté qui reste sous l’effet du réalisme d’une pure fiction. Tout est subtil, immanent. Christinat est un digne héritier de J-L Godard dans la manière de « chiader » (il n’y a pas d’autres mots) ses images. L’ensemble reste éternellement tendre, adolescent sans la moindre mièvrerie.

Christinat 4.jpgL’univers évoque aussi - sans que l’on puisse dire exactement pourquoi – celui de Proust. L’artiste ne sépare jamais la terre et les êtres. La géographie - physique ou amoureuse - engage de belles métonymies hallucinatoires dès qu’apparaît une fille ou une femme venue des hautes montagnes et qui se dirige vers un paysage désert quoiqu’urbain. Tout est parfaitement organisé, équilibré. Un secret demeure là où tout semble donné à voir. Si bien que le réel devient une terre inconnue. Incidemment l’artiste rappelle que l'amour ne peut pas être enfermé dans un atlas aussi grand soit-il. Et ce même si la photographie ne peut se satisfaire de l'amour de l'ailleurs, de l'amour " à la carte ". Il ne s'agit que d'une aventure intérieure. Et une aventure plastique. L’une entoure l’autre. Et vice versa.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:30 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/06/2017

Katharine Cooper Femmes au bord de la crise de nerf

Kooper 2.jpgContrairement à son travail de photo-reportage (d’une qualité plastique rare), avec ses portrais de nu de Katharine Cooper s’amuse. Cequi n’enlève rien à la puissance de feu de ses images. Il existe encore bien des nuits blanches, des marges de clairs obscurs. Mais les corps ne se mêlent pas forcément en une lisière indécise qui se situe entre le réel et le rêve.

Kooper.jpgEn lieu et place d’une langueur ineffable, la femme reste contrainte soit à des absences, soit à des obligations quotidiennes. Les vagues sont parfois impudiques, parfois ironiques. Le corps demeure une flamme posée en buée.

 

 

Kooper 3.jpgTout ce qui tient écarté le voyeur, le mord néanmoins. Il est fixé à l’état de nègre blanc du fantasme ou si l’on préfère son esclave consentant. Katharine Cooper le porte à ce seuil. Quand à la noblesse de la nudité, elle étend son espace, mais en totale indifférence au regard porté sur elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Katharine Kooper, « Nudes ».

Martine Demal : monstres de plénitude

 
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Percevant la sculpture comme une totalité, sachant que l'abstraction existe à cause de la figuration et vice versa, Martine Demal crée un langage obstiné : les formes touchent à une émotion et un épique particuliers. Ancrés sur un socle mais portés vers le ciel, ses hommes debout (en "ribambelle"), plus que d'illustrer une trame narrative, sont des signes de sur-voyance.

 

 

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Martine Demal ose donc une sorte de sublimation. Par le feu des métamorphoses, elle unit et sépare, avance dans l’inconnu, en n’oubliant jamais ce qui manque ou pèse : une autre vie au coeur de la notre. Bride lâchée à l'élan, jaillissent des revenants qu'on a jamais vus et qui vivent à la fois ni fusionnés ni désunis au cœur arrêté de l'agitation. Le dehors les entoure mais aussi s'y comprime.

 

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L'artiste saisit le secret de ces “ doubles” à travers d'illustres prédécesseurs qu'elle ne "copie" jamais mais que son œuvre rappelle: Giacometti et Chavignier. Dans l’âpreté de la matière le secret du souffle émerge en des propositions dressées et mentales. Soudain, l’espace intérieur sans fond prend forme à travers une représentation traitée comme signe et non comme formule essentialiste ou psychologisante. Une fiction qu'on nommera atomique et anatomique jaillit en une unité abstractive où rien n'est séparé du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Martine Demal, "Chemin faisant", Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, Rue Basse du château, juin 2017