gruyeresuisse

04/07/2018

Mickalene Thomas : Black memories

Thomas bon.jpgMickalene Black photographie ou peint la femme noire non sans un certain romantisme, une feinte de perversité sous forme de photos ou de peintures de "charme".  L'ensemble défend implicitement la cause des "black magic women" aux coupes afro à la Angela Davis et souvent en costumes traditionnels et coutumiers. Néanmoins l'artiste ne cherche pas à donner une lecture platement politique de ses œuvres.

Thomas 2.jpgSon espace est plus poétique et en dehors d'un pur travail de dénonciation. Un certain baroquisme crée un mixage fiévreux d'une beauté paradoxale qui refuse la décoration d'une côté et le grand n'importe quoi de l'autre. Il faut donc observer son bric-à-brac de couleurs : l'artiste y interroge les conditions d’existence des femmes mais aussi de l’art revisité par une vision féminine et ethnique en jouant des codes de l'érotisme ambiant.

Thomas 3.pngL’artiste reprend toute une mythologie mais de manière décalée. Elle inscrit des traces insidieuses faites d’images obsédantes. Tout se joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Une telle recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination. Cette re-présentation (le tiret est important) ne crée pas du chaos mais un ordre à venir.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/07/2018

Rapprochements et dissociations : Peter Stämpfli

Stampfli.pngDans la lignée des artistes du pop art, de l’art conceptuel et d’un minimalisme particulier, Peter Stämpfli interroge les problèmes de la perception et invite le spectateur à faire par ses propositions des expériences de son « imago » en le confrontant à des dissociations. Elles entraînent à des doubles visions critiques.

 

Stampfli 4.pngL’artiste crée une approche fractale, radicale et systématique des objets. Il développe une approche méthodique du quotidien (l’automobile) en particulier. Néanmoins l’exposition présentée par la galerie GP & N Vallois dévoile un autre pan de l’œuvre : ses peintures de 1963 et 1964 dont certaines n’avaient jamais été montrées et dont certaines - disparues sont présentes sous forme de documents.

Stampfli 3.pngL’artiste à la suite de peintres américains et anglais de l’époque y analyse et propose son approche de l'objet dans la peinture mais écrit-il « d'une façon toute différente de celle qui existait jusqu'alors, en se référant notamment à la photo, à la publicité, aux affiches.» Partant d’une photo ou d’une image Stämpfli peint alors, plus grands que nature,des objets ou des actions : Glacière, Bonjour, Pot-au-feu, Allo Plombier.

Stampfli 2.pngPar une forme de fonction de la réalité de la peinture, l’aristl interroge les concepts de sujet et d’objet, voire de réel et de fantasmagorie. Ces œuvres à la fois transitives et intransitives donnent à l’illusion une autre illusion. Si bien que l’image familière crée une expérience troublante sur le plan perceptif et mental

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Stämpfli ; « Stämpfli Pop (1963-1964) ; Galerie GP et N Vallois, Paris, du 14 septembre au 20 ocrobre 2018.

 

 

15:27 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Gilles Berquet : enrichissement sémantique de l’onirisme

Berquet.jpgPour Berquet le fétiche détient un essentiel et spontané pouvoir de retentissement. Sa valeur n’est plus un repli sur le passé. Le photographe le convoque, l'appelle, non pour la faire retentir du passé mais pour l'assourdir, d'où cette absence-présence continuelle et ce depuis l’origine de l’œuvre dont ce livre présente un ensemble exhaustif. Onfray souligne cet épaississement syntaxique et sémantique du fétiche.

 

 

 

 

BERQUET 3.jpgCelui-ci fait taire le silence où il plonge, pour la faire parler autrement. Néanmoins et chez Berquet le fétiche ne possède rien de l'arbitraire d’un signe. Il s’en sert pour se laisser couler sans réserve dans l'épaississement sémantique de l’éros que l’image « réaliste » ne fait qu’effleurer. De la fonction Imaginaire du fétiche l’artiste ne retient pas que le négatif irrécusable. Il devient une, notion ou plutôt un objet majeur dans l'économie de l'Imaginaire de l'artiste.

Berquet 4.pngSi un retour (potentiel ou rêvé) à la caverne initiale perdure, face à elle le fétiche lui octroie sinon un supplément d’âme du moins une valeur particulière. Et Berquet ne craint en rien les "lapins" qu'il pourrait lever à la fois par sa cohérence fonctionnelle, son dynamisme intrinsèque et son épaississement polysémique précisé ici par Onfray. Parmi les privilèges d’un tel objet d’imagerie l’auteur retient sa capacité à pervertir le discours en s'employant, à l'inverse, à réduire – trop peut-être - les autres puissances qu'il recèle. Reste néanmoins que chez Berquet le fétiche demeure la syntaxe parfaite : il donne à rêver une réalité nouvelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Berquet, Michel Onfray, « Le fétiche est une grammaire », Editions Loco, 2018 ; 240p., 49 E.