gruyeresuisse

28/10/2018

Christian Gonzenbach : répétitions et variations

Gonzen.jpgChristian Gonzenbach, « Appareil Reproduction », Art Carouge, 3-4 novembre.2018/

Pour Art Carouge Christian Gonzenbach crée une installation monumentale sur la place de Sardaigne. Il s’agit d’une machine/sculpture moins « célibataire » qu’il n’y paraît puisqu’elle permet de fabriquer des sculptures. L’ « Appareil reproducteur » est formé de poutres massives assemblées dans un mécanisme simple. Il permet en la manipulant de transformer le regardeur en créateur selon un travail de manutention qui va à l’encontre de ce que les techniques virtuelles du numérique et des imprimantes 3D proposent.

Gonzen 2.jpgA travers cette énorme structure de bois  ( et l'artiste n'en est pas à son coup d'essai) se produit un retour à des gestes primitifs et jouissifs. Ils permettent de réviser les concepts de création, d’œuvre originale. Le geste que propose cette machine capable de permette la production d’une œuvre unique pose en outre la question de sa valeur. En conséquence Gonzenbach brise bien des rapports admis et mélange des données offertes comme irréductibles. Elles sont redistribuées dans le jeu de la répétition et de la variation ?

Gonzen 3.jpgCe nouveau médium aussi obsessionnel que parfaitement cohérent par sa potentialité recycle en quelque sorte de manière ludique l’histoire des formes. Elles acquièrent un statut original. Plutôt que d’exceller dans le type purement conceptuel, l’artiste propose donc une expérimentation avec des subordonnées multiples. L’œuvre est fascinante, poétique, drôle et intelligente. Se produit un échange avec le public. L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à-peu-près d’un simple actionnisme. Ce qui en sort dégage de l’étroitesse des genres et pourrait faire l’objet d’un magasin de curiosité.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/10/2018

Jacques Cauda ou la joie de peindre au noir

cauda.jpgCauda ramène en ses poèmes vers toutes ses mailles à partir du modèle, « avant apprêt », sans que rien ne soit soustrait à la vue. Et voici à nouveau le bourreau du bitume, « emmailloté dans un beau tablier de cuir d’un légionnaire ». Mais pas n’importe lequel : celui de Piaf, qui aime les femmes toute la nuit et s’empare de leur fruit mûr avec ses pinceaux dressés comme des « boas obscènes ».

cauda 2.jpgAinsi va sa peinture lorsqu’elle entre pénètre les linteaux d’un cadre-lit dont la toile vierge oblige l’adhésion au pacte méphistophélique du maître en félixité. Rien n’arrête ses prises où tout biche puisque ses sirènes se laissent aller à des bains de sièges afin de remonter le courant de la vie où la truite saumonée et le menu fretin frétillent.

 

cauda 3.jpgLe peintre poète offre une belle leçon d’inconduite forcée du haut de son "quoi d’autres sinon la peinture ?". Garance, lapis-lazuli, malachite, terres de Chypre ou de sienne : tout est bon pour les cuisses et les épaules nord et sud des écorchées vives dont le ventre s’anime du thorax au pubis pour le seul exercice digne des vivants et des artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, « Peindre », Tarmac éditions, Nancy, 2018, 72p., 15 e..

 

 

 

 

David Saxe : au coeur du Middle West

 

 

saxe 2.jpgDavid Saxe laisse courir son imaginaire à travers les fêtes foraines où après des journées de travail la population des plaines américaines vient s'amuser comme le font leurs vieux cousins d'Europe. C'est l'occasion pour le photographe d'offrir en gros plans ou par des vues panoramiques un rapport au plaisir traditionnel lié aux technologies du temps.

 

Saxe.jpgExistent l'exhibition des monstres comme l'envolée sur des manèges qui font rêver à une sorte de science-fiction provisoire. Un mixage de formes colorées, simples et spontanées permettent d'introduire au coeur du réel un autre chœur, une autre réalité dans ce qui tient d'émotions passagères et de plaisirs plus ou moins frustres. David Saxe ne le juge pas il se laisse entraîner à la sidération presque sans âge de ce type de plaisirs populaires.

 

saxe 3.jpgPour un temps le quidam est envoyé au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité par des propositions ludiques. Elles proposent des extases provisoires. Il y a là des cliquetis de boules lumineuses, des glissements hors de l'attraction terrestre, des rires, des torpeurs et des avis de tempête aux mateurs et amateurs d'émotions fortes. Des reins éreintés par le travail ruissellent de peurs programmées pour exorciser celles que le réel propose et qu'il s'agit ici d'oublier.

Jean-Paul Gavard-Perret