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21/03/2021

Reto Boller : autonomie de la "peinture"

Boller.jpgReto Boller, «bereit zu tragen», Kunsthalle Arbon (CH), du 28 mars au 16 mais 2021.
 
Le Zurichois Reto Boller explore les possibilités de la peinture en repoussant de plus en plus les frontières de ses deux dimensions dans le tridimensionnel. Il quitte la peinture traditionnelle à mesure que son intérêt pour les objets trouvés et les installations grandit.
 
Boller 2.jpgC'est une manière de sortir de l'espace illusoire du tableau. Dans ce dernier, à partir des années 1990, il mélange toujours de la colle et de la résine synthétique à la peinture et, en la déversant sur le sol ou le mur pour obtenir des effets de relief. Parfois il réinterprète ses espaces  en recouvrant les surfaces de films adhésifs colorés. Mais depuis les années 2000, ses recherches de matières le font recourir à des objets du quotidien :  tuyaux, sièges, sangles de transport ou casques de moto, qu'il intègre dans des compositions plastiques.
 
Boller 3.jpgL'artiste s'intéresse à la transition entre l’image et l’espace, la peinture et l’objet, la matérialité de la peinture et son apparence. Cela fait naître des associations avec la tradition  où le tableau représente la fenêtre et le symbole d'un regard porté sur le monde imaginaire ou réel. Reto Boller ne s'intéresse qu'à la matérialité de la surface, là où le tableau ne fait référence qu’à lui-même en devenant un objet autonome.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

18/03/2021

Ben : Faits railleurs  

Ben 9.jpgBen (Benoit Ben Marchesini), "En liberté", Espace Mora Mora,  Genève, du 23 mars au 24 avril 2021
 
Il existe en Suisse deux Ben. L'un s'est exilé à Nice, l'autre est demeuré dans son pays natal. Né à Nyon en 1968, ancien élève  de l'Ecole des Arts Décoratifs de Genève, 1986-1991 il est graphiste, illustrateur, auteur et dessinateur de presse depuis 1992 et vit et travail à Genève
 
Ben 4.jpgJouant avec l'autorité des règles de la narration, l'auteur les relègue par besoin d’irrévérence ou par un côté mal élevé  mais parfois  pour créer une sorte poésie subtile. Elle permet de rire de tout dans le retournement figural. Le dessin est donc parfois typique de l'iconographie de presse mais parfois ses narrations deviennent plus elliptiques. Car si souvent le travail est appuyé sous l'angle de la caricature,  parfois l'artiste invente d'autres visions.
 
Ben 5.pngCertaines sont habilement fléchées. D'autres pas et participent  la perte des repères  autant des personnages que des spectateurs là où les points d'aboutissement remettent en question ce qu'a été le dessin avant lui car il propose ce qui n'est pas attendu et alimente - au-delà de l'humour - une réflexion sur le monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

17/03/2021

Les assemblages de Laure Marville

Malville 3.jpgLaure Marville, "Je disparais", Ferme de la Chapelle,  Grand-Lancy/Genève
 
Avec leurs murs d'images, les disparitions de Laure Marville sont autant d'apparitions. D'où ces ensembles épars et joints qui traversent l'espace comme les visiteurs le font.  Les chants de la poésie visuelle sont autant de champs de bataille qui permettent à la créatrice comme Don Quichotte s'adressant à sa Dulcinée du Toboso de lancer son : « Rappelle-toi mes joies / Rappelle-toi mes peines ».
 
Malville 2.jpgFace au Grand Ordre  du monde l'artiste impose le sien contre toute formes de disparitions et pour une transhumance. La créatrice crée pour l'amour des regards qui se posent sur ce qu'elle offre et qui l'habite. C'est comme lancer un cri dans l’air acre pour le hanter. La tête chauffe, brûle, le corps suit parfois. Devant les magmas des univers coercitifs et injustes le tout est de tenir par des images et des mots sans se laisser envahir par la mauvaise fièvre d’un fiel qui ne ronge que celle ou celui qui l’éprouve.
 
Malville.jpgDe telle travaux donne lieu à une "re-naisance" avec une certaine violence et en transgressant des frontières par assemblages. "Détruire dit-elle" (comme Duras) mais pour mieux reconstruire une psyché complexe en miroir à celles  de qui reste séduit par langue bavarde et des images phosphoriques que la créatrice reprend en insomniaque rêveuse face à la dureté du monde et la petitesse humaine. Ce qui ne va pas chez elle - peut-être - sans culpabilité et malaise. Mais le pli est pris et l'exposition devient un grand poème plastique et lyrique,  sorte de d’exception et de brèche dans la poésie et l'art du temps.
 

Jean-Paul Gavard-Perret