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29/07/2017

René Groebli roi de Provence

Groebli 2.jpgLe « Festival des Nuits Photographiques de Pierrevert » - village des Alpes-de-Haute-Provence avec ses douze expositions dans lieux publics, chapelles et caves viticoles - a pour parrain cette année René Groebli. Manière de redonner au photographe suisse toute son importance.

Mêlant l’éphémère, l’intime, le sensuel l’intemporel, René Groebli reste un créateur original qui a su créer un formalisme éloigné de l’école documentariste américaine. Sa poésie est bien différente.

 

groebli 3.jpgEn dépit du caractère intimiste de son travail il reste moins le photographe des êtres que celui de leur perception. Avec un regard de peintre, par effet de surface il sait isoler les détails qui permettent de voir ce qui se cache derrière les apparences avec précision et évanescence.

Ses photographies se dégagent du décor pour créer un dialogue entre le sujet et celui qui le capte. Mais le regardeur se sent plus témoin que voyeur. La cristallisation de l’émotion passe du côté des murs à celui des êtres. Ils ne sont pas idéalisés mais trouve une vérité consubstantielle au créateur lui-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/07/2017

Lucy Einna : flexions et extensions

Einna.jpgCeux qui se disent photographes répondent souvent à une sorte d'utilitarisme en fournissant notre société en images qui répondent à un “objectivisme” philosophique à la mode. Ils laissent le monde aussi désolé et convenu en leur praxis communicationnelle et l'enrobe sous forme de discours savants. Ils se défendent souvent en disant se libérer de formes anciennes et périmées. Voire... Einna 3.jpgA l’inverse Lucy Einna sait que pour être "neuve" la photographie n'a pas forcément besoin de célébrer l'avènement d'une nouvelle galaxie. Cette conception est un pur fantasme qui fait retomber dans le goût du simulacre et un formalisme légiférant et décidant de tout.

Lucy Einna préfère s’attacher aux “choses” simples : son propre corps ou des paysages en déliquescence et parfois lugubres mais qu’elle rehausse de couleurs. A travers de telles prises elle prouve qu'une extension de la photographie reste toujours possible. Ses oeuvres ne sont pas des “objets” sans aspérités ni surprises mais elles sont là pour faire parler le silence. Les marques du débordement, du franchissement restent nombreuses mais discrètes. Einna 4.jpgElles saisissent en créant des transformations d’essence plastique (postures, couleurs, compositions) sans pour autant tomber en un pur formalisme. A bout portant le corps en cette extrême aimantation appelle respect et retrait. Tendu ou replié il modèle une forme d’immatérialité et presque une abstraction confondante. Plus qu’épice visuel il devient vertige, interrogation dont la belle captive émerge ou se retire. Comme elle le fait du monde pour en extraire des reliques.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’étrange fabrique des images de Michel Vachey

Vachey.jpgIconoclaste, depuis les débuts des années 1970, Michel Vachey n’a cessé de faire bouger les lignes dans l’esprit de Burroughs et de l’école de San Francisco. Trouvant néanmoins une voie originale ce travail (complété par celui de poète et d’essayiste) est resté confidentiel. Sans doute par ce que ce travail était trop radical, inassimilable. Entre autres dans la pratique du caviardage et de la « cuttérisation ». Son influence demeure néanmoins grande chez les créateurs plus ou moins undergrounds.

 

Vachey 2.jpgSon livre « Trous gris » est constitué de deux suites inédites de dessins. S’y mêlent collages, tampons, peinture, perforation, etc.. Il date de 1978 et les éditions Adverse les présentent enfin. Une forme avénementielle de la sérialité est mise en scène autour de motifs suspendus en équilibre sur le fil ténu séparant l’abstraction de la figuration. En offrant une face à la fois radiante et retirée, l’imae prend corps de manière aérienne, conjonctive loin de tout souci représentation. L’acrobatie tient d’une débandade (ou d’une contorsion) programmée de piqûres.

Vachey 3.jpgMichel Vachey crée ses propres lois logiques en parallèle à celles qu’on a coutume d’appréhender ou de respecter. D’autres versants sont proposés dans ce qui devient grille et matrice et béance contrariée. Bref l’image bouge. L’art n’a plus comme but une vision subalterne du désir mais des sections spéciales l’imaginaire dans ce qui tient du fractionnement plus que de l’alignement par la force d’éclipses et où tout est neuf. Existe une ouverture loin de trémolos ou d’images de songe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Vachey, « Trous gris », Editions Adverse, Paris, 40 p., 10 €, 2017.

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