gruyeresuisse

06/03/2019

Scott Nathan : l'image nue

Nathan Bon.jpgScott Nathan pour ses portraits choisit des femmes âgées ou jeunes, grandes ou petites, parfaites comme des mannequins ou imparfaites ("esthétiquement" parlant). Elles sont toujours nues et regardent le regardeur. L'artiste procède toujours de la même façon : il demande à ses modèles parfois célèbres souvent anonymes de s’asseoir et d’être présentes, d’être elles-mêmes pendant dix minutes, tout en les photographiant de façon continue avec des caméras de cinéma numériques RED en son salon avec seulement un morceau de tissu noir sur le mur pour en faire un studio.

Nathan.jpgCe qui est nouveau ici, c’est que le temps observé correspond au temps réel, les femmes sont "ralenties" et magnifiées par leur long et lent passage devant la caméra "passive". L’effet est étrange et puissant et source d'émotion pour les "patientes" elles-mêmes. Les photos sont projetées de telle façon qu'une question se pose : s’agit-il d’une photographie ou d’un film dans de tels tableaux vivants ?

 

 

Nathan 2.jpgDe fait l'artiste ne cesse d’explorer les lisières de la nudité et ce qu'elle suggère pour les protagonistes. Il sait effacer le temps ou le retenir. Existe une magie suprême là où les regards se rassemblent. En dépit de la nudité, une face cachée mais lumineuse d’avalanche ou d’Ascension incarnée se dessine. L’artiste sait comprendre sans s’emparer, traduire sans réduire. Mettre à nu sans déflorer. Dès lors s'engage un processus unique de création. Renaît la lutte entre les corps et le Corps,  entre l'Esprit et les esprits, dans un désir peut-être de réconciliation.Vues et voyeurs sont affectés dans une communauté communicante à  la recherche non du fantasme mais de l'émotion.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.instagram.com/scottnathaneditions/

11:01 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

05/03/2019

Le monde de Camille Scherrer par Françoise Jaunin

FJaunin.jpgrançoise Jaunin, "Entre l'alpestre et le numérique - Conversations avec Camille Scherrer", art&fiction en coéditions avec le CHUV, Lausanne, 2019, 68 p..

Camille Scherrer née en 1984 à Morges a grandi à Château-d’Œx. Elle est devenue une designer suisse majeure et explore les intersections entre le réel, l’art et les nouvelles technologies. En 2008 elle obtient son diplôme de designer à l’ECAL à Lausanne. Elle est aussi professeur en master media design à la HEAD à Genève et ses travaux ont été exposés notamment au MoMA de New-York, à Tokyo, San Francisco, New Orleans, Beyrouth, Paris, Séoul, Istanbul. Ce livre permet de comprendre ses aspirations et ses ambitions.

Jaunin 4.pngS’inspirant des montagnes au pied desquelles elle a grandi elle a créé son propre univers peuplé d’animaux, de télécabines, de sapins et de cartes postales. Elle se consacre aujourd’hui essentiellement à son travail d’artiste designer et trouve son terrain de recherche préféré dans des installations et interventions artistiques pour l’espace public. Ouvertes à diverses techniques et approches ses images retiennent le temps et l'espace tout en proposant par effet de bande une réflexion - parfois avec drôlerie et parfois gravité - sur l’époque.

Jaunin 2.jpgEn ses (re)constructions l’espace est démultiplié. Une confrontation communicante à plusieurs entrées se décline au moyen de l'univers montagnard. Cherchant la sidération et la réflexion, comme le souligne Françoise Jaunin, elle transforme cet univers, le décale. Elle offre le paradoxe d'images "mangées" pour que d’autres images se développent. Un suspens demeure. Il permet de passer de l’illusion subie à l’illusion exaltée par l'art.

 

Jaunin 3.jpgLes créations ne sont pas de simples fenêtres ouvertes sur le monde. Leur découpe renvoie à une obscurité par la luminosité. La création devient même le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse. Grace à François eJaunin elle explique comment ses images deviennent des fables de lieux anachroniques qui - repris - brisent notre façon de voir et de penser. Elles sont ni le propre ni le figuré mais une zone où l'émotion crée moins le songe que la méditation. Jaillit une poésie plastique forte en émulsions par sa puissance occulte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/03/2019

A Cheval avant Dada

Cavalier 1.jpgLe mouvement du "Cavalier bleu" est à l'origine de la révolution esthétique de l'art. Issu du romantisme allemand relayé par le symbolisme et fort d'une mystique de la nature. Il est initié à Munich en 1911 par August Macke, Franz Marc et Kandinsky au milieu des courants ésotériques. Le trio est au fondement de l'abstraction. Macke par elle se veut encore dans le réel et le formel et reste à la recherche du mouvement. Marc est plus abstractionniste abstrait

 

Cavalier 2.jpgIl est sans doute plus mortfère que les deux autres mais les trois recherchent la rédemption d'une nouvelle humanité qui allait piquer du nez au moment du premier conflit mondial et sa boucherie. Mais reste chez eux un éclat d'or de la peinture. Macke comme Kandinsky atteignent l'abstraction absolue. Elle devient une sorte de "coma" transcendantal. Face à la souffrance qui fait pleurer le ciel le groupe aura créé un "almanach" warburgien (en 1911) où sont réunis les images qui comptent pour eux et deux exposition vilipendées par la critique de l'époque.

 

Cavalier 3.jpgNéanmoins le rôle du groupe munichois est capital. Même s'il s'agit déjà pour certains d'un art "dégénéré" avant la lettre. Mais tout l'art moderne était plus qu'en gestation. Les œuvres et les écrits du triumvirat  permettent de comprendre ce virage fantastique de . Même si Macke va disparaître un temps de l'histoire de l'art et si  Mark va devenir instrumentalisé par le nazisme comme une exemple de la germanité avant d'être reposté dans l'art dégénéré, les deux créateurs ont créé une extension d'un univers que la rationnalité officielle refusa et renia. Toutefois la lave poétique des deux oeuvres se détache des miroirs "embrunés". Et les deux artistes continuent de compter.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Franz Marc / August Macke. L'aventure du Cavalier bleu", Musée de l'Orangerie, Exposition du 6 mars au 17 juin 2019