gruyeresuisse

19/10/2014

Les plénitudes lumineuses de Madeleine Jaccard

 

 

Jaccard.jpgMadeleine Jaccard ne cesse d’inventer selon divers mediums des plans colorés et lumineux. Dans ses installations l’espace se métamorphose par la chorégraphie des formes. L’image plan se dilue dans l’espace ou plutôt l’envahit. La magie de clarté exclut la sentimentalité, la dramaturgie. Les impressions naissent chez le spectateur par les couleurs et leurs mises en scènes. Chaque dispositif crée sa propre trouvaille.

 

Fascinée par la biologie Madeleine Jaccard non seulement observe algues ou protozoaires en leur pullulement mais s'intéresse tout autant aux motifs textiles, aux empilements d’objets dont elle joue dans des travaux ou le phénomène de répétition cet d'entassement engendre de nouvelles figurations où l’objet premier n’est plus reconnaissable : «  Parfois on répète le motif tellement de fois que l’on ne sait plus quel était l’objet de départ. A force de le redessiner, l’original s’en va. Il n’a plus sa raison d’être. Reste la forme en soi qui dit plus, qui dit autre chose » précise l’artiste. En maîtresse de la couleur et de cérémonie elle engendre de fabuleux jeux. Ils n’ont rien de gratuit ou de décoratif.

 

Entre le virtuel et le réel, l’impalpable et l’épaisseur, le microcosme et le macrocosme Madeleine Jaccard crée pour le regardeur bien plus qu’un accompagnement ou une respiration : une ouverture mentale. De l'abîme au célesle un ordre poétique s'impose : celui de l’ellipse à plusieurs foyers à la rencontre de l’invisible par concordance inédite et fluidité. Les noirs de "fond" laissés par la créatrice invectivent avec plus de force les couleurs dégagées des phénomènes réalistes. C'est une manière de solliciter l'imaginaire, de titiller chez tout regardeur le centre inconnu de sa gravité. Une telle fracture rend, la nuit venue, le monde multicolore à la fois doux et dru, préhensible et utopique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

18/10/2014

Gilles Berquet & Mirka Lugosi : La pensée-corps. Le corps de la pensée ?

 

 

 

 

 

Lugosi.jpgGilles Berquet & Mirka Lugosi, Hide and seek

Vasta editions.
Signature aux éditions Loco le 30 octobre.
Disponible sur le site des éditions de la Salle de Bains, exposition « Mauvais Genre » galerie Addict.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Entre l’égérie (Mirka Lugosi) et son amant (Gilles Berquet) se joue un jeu amoureux et plastiqur. Le corps féminin devient lame nue. Il découpe les cohérences trop sages. Sur fond sombre surgissent des pans d’éclats. Le point lumineux est la femme élue. Pour le photographe il s’agit du soleil et ses éclaboussures. Le corps jaillit de la densité d’une force qui illumine et condense.  « Hide and Seek » érotise la plénière épaisseur du féminin.

 


 

Berquet.jpgL’effet d’apparence allume un feu sacré scellé à la chair brûlante mais très douce et connue. Elle est soudain comme en protection rapprochée grâce à l’intention que Berquet lui porte. Une jonction se crée. Le regardeur plonge en l’arène d’un anatomie inatteignable qui assaille subtilement. L’égérie devient l’autre et la même du créateur. Elle se trouve chuchotée optiquement. Son souffle semble accomplir le désir du photographe en une communauté ouverte qui libère de tout manque.  L’hier revient dans le maintenant et maintient le temps d’avant pour le porter vers le futur. Des oiseaux par milliers peuvent encore nicher dans le corps puis s’envoler en une vague majuscule. Belle comme le graal la femme ignore le crépuscule. Dans l’aboi fauve d’un opéra libre et cérémoniel elle poursuit son voyage. Elle invente la naïveté qu’on accorde - à tord - aux temps passés. Elle enseigne encore l’alcool des lendemains, le vin de voluptés non mécaniques La femme rêve de la vitesse des flèches sans curare. Sa pensée claque en son corps qui reste drapeau au vent que Berquet ne cesse d’agiter.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


10:07 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (1)

Les grammages de Doris Hoppe

 

 

 

 

 

Hoppe.jpgDoris Hoppe donne au rêve prétexte et nourriture. Au rêve mais aussi à la réalité. Telle Yadwigha elle règne en maîtresse sur le domaine des ombres et des contours : des présences secrètes ne s’y révèlent que par les clartés furtives. Elles s’accrochent à la saillie ou à la nervure des incisions qui prennent les lueurs d'étain de l’aube ou les accents cuivrés du crépuscule. L’artiste genevoise n’ignore rien de ce qui - fuyant les duretés du jour -  va connaître dans un paradoxal abandon une intense existence. C’est le moment entre tous favorable à l’enchanteresse : se relâchent les mailles de la vigilance, surgissent des fantômes aussi durables que réels. 

 

 

 

Hoppe 2.jpgCréer devient le moyen d'inciser le silence sans pour autant le faire crier. Simplement le regard vacille lorsque la créatrice s'empare des architectures ou des visages. Elle dessine leurs contours ou leur complexion afin que se murmure un secret. Dans chaque visage une foison est possible là où tout est teinté de blessures secrètes. Doris Hoppe concentre l'espace de ses grammages. Ils créent à la fois une fluidité et une complexité. Une vérité poétique singulière  ouvre, incise les masques humains, les lignes d’architectures. Le creusement crée la levée du souffle comme celle du jour. Par grammages et courbes  la verticalité se transforme, le visage semble un treillis. . L’image - la vraie -  rejoint dans la nuit liquide un secret absolu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.