gruyeresuisse

03/06/2018

Portraits baroques et bruts – Rebecca Campeau

Campeau 3.pngRebecca Campeau cherche les métamorphoses du portrait par l’éclosion d’une forme de fantasmagorie parfois monstrueuse mais le plus souvent baroque. Proche de l’art brut sa figuration est tamisée en bonne distance entre le rêve et le réel. Tout devient drôle ou inquiétant.

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En primitive du futur la créatrice imagine qu’elle ne doit son salut qu’en sombrant dans une schizophrénique visuelle pour faire face à un monde lui-même mentalement et psychiquement affecté. Au leurre répond le simulacre. L’artiste coud, dessine, assemble, découpe, modèle, peint, surpique, empiète sur le passé.

 

Campeau.pngChaque modèle incarne au mieux le pire, le monstre grâce à l’alchimie de la création. Elle pousse la folie plus loin comme si le corps y est engagé de manière frontale. Tout est captivant, fantastique. L’univers de « Delicatessen » n’est jamais loin mais en bien plus onirique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rebacca Campeau, « Trognes & Creatures », Coll . « Séries d’artistes », Editions L’œil de la femme à barbe, 96 p., 2018.

 

L’origine du monde selon Pierre-Olivier Arnaud

Arnaud.jpgPierre-Olivier Arnaud, « Premiers matériaux », Skopia, Genève, du 17 mai au 30 juin 2018

Le Lyonnais Pierre-Olivier Arnaud a exposé son travail dans divers lieux où l’art est en marche comme « Le Magasin » de Grenoble, le Mamco de Genève, la Kunstakademie de Stuttgart et aujourd’hui à la galerie Skopia. C’est l’occasion de découvrir un concept-art d’un genre particulier où se découvrent les pratiques et les modalités d’éléments parfois non identifiables et dont la localisation reste fluctuante.

Arnaud 3.jpgQuoique photographe, Pierre-Olivier Arnaud se présente tel un artiste qui réfléchit par le moyen de la photographie. Ses œuvres questionnent inlassablement leur nature, sens, essence, production, mode de diffusion et de consommation. Fidèle à ce que Walter Benjamin pensait d’un art dévalué par sa possibilité de reproduction, l’artiste cherche à leur donner une aura par diverses manipulations : dénaturation, recadrage, floutage, dissémination, compactage, présence du négatif pour en tordre leur aspect vernaculaire.

Arnaud 2.jpgL’artiste ne travaille souvent qu’une couleur, le gris : « un gris optique, indifférencié » dit-il. C’est pour lui une manière à la fois de biffer leur fonction première de copie (plus ou moins douteuse) du réel et de les transformer en une hantise du réel et des lieux. Après un long temps à l’attrait des détails, l’artiste s’intéresse de plus en plus à des visions plus larges et à la couleur. Il ne photographie plus seulement dans les espaces urbains désaffectés mais d’une certaine manière affectés. Si bien que d’une image a priori sans qualité l’artiste crée un univers très particulier qui fluctue entre la marchandise et l’originalité.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/06/2018

Carla van de Puttelaar : transparence de la volupté

Puttelaar.jpgCarla Van Puttelaar associe nus et portraits de jeunes femmes à d’autres éléments. Fleurs et femmes, femmes fleurs se transforment en « paysages » étranges et familiers là où tout est « luxe, calme et volupté », affaire de délicatesse, de vulnérabilité et de fragilité dans un monde entre chien et loup.

 

Puttelaar 3.jpg

 

Le nu prend un aspect pictural et mystique. Il est chimère et densité. Il se caresse du regard. La femme y demeure aussi réelle que fantomatique entre sainteté et abandon programmé là où la photographe insère un leurre dans le leurre : le corps joue des ambiguïtés cause/effet, essence/apparence.

 

 

Puttelaar 2.jpgModèles aux peaux diaphanes ou aux peaux noires créent une présence de l’infra mince. Le but reste d’atteindre ce qui échappe dans l’immobilité programmée des silhouettes vives. Existe un cheminement vibrant mais silencieux. Il permet le saut au-delà des apparences. D’un côté quelque chose de minimaliste et de croqué, de l’autre subtile sophistication qui accorde à chaque personnage ou fleur à la fois une valeur de buée mais aussi un champ de gravité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carla van de Puttelaar, « Adornments »,